Dans la tête d’un… Supporter du Standard

Ils ne vivent pas comme nous. Mais ils ont leur histoire et acceptent de la raconter. Cette semaine, Francis Martin, fan inconditionnel des Rouches depuis plus de 40 ans, et collectionneur compulsif. 

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Vous êtes né à Sclessin, donc vous n'avez pas vraiment choisi le Standard. Vous êtes "tombé dans le chaudron" quand vous étiez petit…
Francis Martin – On ne choisit pas. On va une fois au stade et on y reste pour toujours. Mon premier match, c'est ma mère qui m'y a emmené. La finale de la Coupe de Belgique 1966 à Bruxelles, j'avais 6 ans. On avait gagné 1-0.

Vous jouez au foot vous-même?
J'ai joué quatre ans au Standard, de mes huit à mes douze ans. Mais à treize, j'ai commencé à travailler. Dans le bâtiment.

Vous auriez voulu être footballeur?
Oui, avec l'argent qu'ils gagnent (rire). Ça a l'air d'être une belle vie.

Vous ne trouvez pas qu'ils se comportent parfois en enfants gâtés? Ils ont 22 ans, une Porsche et font n'importe quoi.
Oui, certains joueurs… La qualité, ils l'ont, mais le cerveau ne suit pas. Au Standard, je connais tout le monde: de la madame pipi au président. Donc les joueurs, je parle avec eux. Et je sais dire lesquels sont intelligents. Mais ils sont rares. C'est vrai qu'il y en a qui se la pètent et qui n'ont encore rien prouvé.

Selon vous, qui est le meilleur Rouche de tous les temps?
Il y en a tellement… Mais Christian Piot, c'est vraiment un personnage. Il est déjà venu à la maison, c'est l'homme en lui-même que j'apprécie. A son époque, être footballeur, c'était un métier normal. Quand le Standard a joué contre l'Inter de Milan en quart de finale de la Coupe des Champions (en 1972 – NDLR), ils avaient 30.000 francs belges de prime. Pas des dizaines de milliers d'euros. Et pourtant, c'est eux qui méritaient le plus. Ils faisaient bien leur boulot. Et ils se battaient pour l'emblème. C'est ça qui compte, pour nous autres, les supporters, c'est l'écusson.

Après un match, vous êtes fatigué?
Oui, c'est épuisant. Mais bon, je fais quand même la fête jusqu'à 6-7 heures du matin. J'aime bien m'amuser. Pour les deux derniers titres, j'ai fait la fête pendant une semaine.

Est-ce qu'une victoire ou une défaite du Standard influence votre moral?
Quand j'étais jeune, oui. Il me fallait au moins une semaine ou quinze jours pour me remettre d'une défaite. Je n'étais pas bien. Pas au point de me foutre en maladie, mais pas bien. Aujourd'hui encore, quand je me réveille le lendemain, ma première pensée, c'est "On a été battus". Je gère mieux qu'avant, mais ça me fait mal quand même.

"On a été battus"? Ce n'est pas l'équipe qui était sur le terrain, c'est vraiment vous aussi, les supporters?
Tout à fait. Les supporters qui se cassent la tête pour aller au stade. Le football, c'est un luxe. Cette année, par chance, je suis invité en tribune d'honneur grâce à mon musée. Mais un abonnement, rien qu'au Standard, c'est 500 € pour la saison. Et il faut encore manger, boire un verre. Parce que moi, quand le Standard gagne, j'aime bien sortir. Et je vais là où les joueurs vont, à l'Alhambra ou au Barroco, vous connaissez? En déplacement, entre le ticket, le car, le restau et les boissons, on est facilement à 100 € la soirée. Au minimum.

Comme vous assistez à une trentaine de matches par saison, ça vous fait un budget de plusieurs milliers d'euros par an!
Je ne vais pas parler d'argent parce que ça me rend malade (rire). C'est un gros budget, mais on ne s'en rend pas compte.

Votre musée, c'est aussi un budget?
Ce qui est sûr, c'est que je ne peux pas sortir de la boutique du Standard les mains vides. Il me faut toujours quelque chose, même une bêtise, un porte-clés ou quoi. Quand vous êtes collectionneur, vous êtes attiré. Parfois, ma femme me dit "Calme-toi quand même". Mais attention, on ne se prive de rien, même si c'est vrai que sans le musée, on serait peut-être partis plus souvent en vacances.

Pourquoi allez-vous au stade? Pour le résultat, pour l'ambiance?
Pour tout. Il faut que j'aille au Standard, il n'y a rien à faire. Quand j'étais jeune, ça m'est arrivé d'aller au stade avec 39 de fièvre. Aujourd'hui, je me suis calmé. Si je ne peux pas y aller, je le regarde à la télé ou je l'enregistre… Je connais des supporters qui ont fait déplacer la date de mariage de leur fille ou de leur fils parce que ça tombait un jour de match. Moi, non! Ma fille s'est mariée en 2009, c'était Standard-Anderlecht en Super-Coupe, mais je suis allé à son mariage. J'ai bien un peu regardé le match sur mon iPhone, mais c'est tout. Je n'aurais jamais raté le mariage de ma fille!

Vous imaginez-vous un jour changer de club?
Jamais! Vous, si vous aimez un homme, vous n'allez pas en changer, si?

Sauf s'il me trahit ou me déçoit au point qu'il me devienne insupportable…
Mais il y a des choses qui m'ont déçu! Quand il y a eu l'affaire… de Waterschei (la corruption de cinq joueurs pour assurer au Standard le titre de champion de Belgique en 1982 – NDLR), ça m'a énormément déçu. Je suis même tombé en pleurs.

Même un match truqué ne pourrait pas vous détourner du Standard?
J'ai fait l'impasse sur tout ça. Je vais au Standard pour le club, pour l'écusson et c'est tout. Quand le Standard gagne, le Standard gagne.

En tant que supporter, vous avez l'impression d'être écouté par la direction du club?
On n'a rien à dire. C'est frustrant parce qu'un club ne vit pas sans supporters. Même quand on est restés 25 ans sans être champions, les 25.000 supporters ont toujours été là. Si ça c'était passé à Anderlecht, il n'y aurait plus que 2.000-3.000 personnes!

Etre pour le Standard, ça veut forcément dire être anti-Anderlecht?
Moi, c'est surtout le FC Liège que je ne supporte pas. Je refuse qu'on me dise que je suis Liégeois. Moi, je suis Standardman. Par exemple, je ne conçois pas qu'un supporter de Liège vienne soutenir le Standard.

Vous ne lui serreriez pas la main?
Jamais!

[…]

Interview complète dans le Moustique du 29 mai.

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