Dan Lacksman: Le tonton flingueur du synthé

De Daft Punk à ZZ Top en passant par la nouvelle scène belge, tout le monde reconnaît l'influence du fondateur de Telex. A soixante-trois ans, il présente son nouvel album solo sur la scène du BSF.

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A soixante-trois ans, Dan Lacksman s'est enfin décidé à quitter ses studios d'enregistrement Synsound, à Jette, pour présenter son nouvel album solo "Electric Dreams" en live. Après un concert de présentation aux Nuits Botanique, il sera sur la scène du Brussels Summer Festival ce 12 août.

Fondateur du trio Telex avec Marc Moulin et Michel Moers, auteur de l'un des gimmicks disco les plus célèbres (Born To Be Alive de Patrick Hernandez), réalisateur pour Lio, Deep Forest ou Vive La Fête, il bénéficie ces dernières années d'un nouveau crédit auprès d'une jeune génération. De Daft Punk à Justice, en passant par Soldout pour qui il vient de faire un remix à Great Mountain Fire qui l'a invité sur scène, son influence est plus que palpable. "Je ne l'ai pas fait exprès, souligne-t-il avec la modestie qui le caractérise. J'ai acheté mon premier synthé, un EMS VCS3, en 1970. J'étais le premier à en posséder un en Belgique et je l'utilise toujours aujourd'hui. Il se trouve que le vocabulaire sonore que j'ai développé dans les années septante revient très à la mode dans les productions actuelles. Des jeunes DJ redécouvrent Telex comme d'autres redécouvrent Giorgio Moroder grâce à Daft Punk."

Qu'est-ce qui vous a poussé à sortir un nouvel album à l'âge de 63 ans?

Dan Lacksman – Ce sont mes enfants Caroline, Alice (qui coproduit "Electric Dreams" – NDLR) et Oscar qui m'ont encouragé à quitter mon studio pour présenter mes compositions. Avant de fonder Telex en 1978, j'avais déjà sorti plusieurs albums solo. Parallèlement à mon job de producteur et d'ingénieur du son, j'ai toujours continué à bidouiller des trucs dans mon studio. Mais si mes enfants ne m'avaient pas poussé, je n'aurais sans doute jamais sorti "Electric Dreams".

Quel est le point commun entre "Electric Dreams" et les albums de votre groupe Telex?

D.A. – Si point commun il y a, il est moins à chercher dans la musique que dans le second degré. C'est ce fameux humour surréaliste à la belge qui fait notre réputation à l'étranger. Avec Telex, on prenait toujours le contrepied de ce qui se faisait à l'époque. Fin des années septante, l'électro était soit très froide et sérieuse, soit elle était jouée par des gens qui gesticulaient dans tous les sens. Nous, on composait des mélodies joyeuses et dans nos clips, on bougeait et on souriait le moins possible. Sur "Electric Dreams", on retrouve ce côté décalé, notamment dans la chanson Monsieur Hulot que m'a écrite Jacques Duvall ou dans Mac Or PC.

Quand vous écoutez les albums de Daft Punk, vous reconnaissez l'influence de Telex?
D.L. – Oui, mais c'est normal. J'ai toujours été un grand fan de Giorgio Moroder, comme l'est aussi Daft Punk. Techniquement, Daft Punk a fait usage du système de compression sonore dès son premier album "Homework". Telex avait déjà utilisé la compression sur "Twist à Saint-Tropez" en 1978. Je sais qu'ils ont écouté nos disques. J'ai rencontré Thomas Bangalter (moitié de Daft Punk, NDLR) quand il devait avoir 17 ou 18 ans… dans les coulisses d'un concert de Will Tura. Il accompagnait son père, Daniel Vangarde, qui était compositeur et producteur pour Ottawan et Gibson Brothers. Thomas était déjà fasciné par le son et les machines, il m'avait posé beaucoup de questions.

Quel est l'endroit le plus improbable où vous avez entendu une chanson de Telex?
D.L. – Billy Gibbons, le guitariste du trio texan ZZ Top est le plus grand fan de Telex. Il a découvert notre premier 45 tours Twist à Saint-Tropez en 1978 alors qu'il était dans une boîte de nuit de Monte-Carlo et il a commencé à nous envoyer des lettres d'admiration, des invitations à des concerts et même des casquettes. Pendant de longues années, ZZ Top a eu l'habitude de terminer ses concerts en mettant comme musique de fond notre morceau Exercice Is Good For You. Notez que c'était peut-être pour que leurs fans quittent plus vite la salle…

Votre album s'intitule "Electric Dreams". Vous en avez encore, des rêves électriques? D.L. – Oui, bien sûr. Mon plus grand rêve serait d'enregistrer un jour avec Paul McCartney, dont je suis le plus grand admirateur. J'ai déjà eu l'occasion de l'interviewer pour Radio Nostalgie. Mais bosser avec lui en studio, ce serait le pied.

Luc Lorfèvre

Le 12/8 au Brussels Summer Festival, Bruxelles. www.bsf.be

Dan Lacksman Electric Dreams  [3*]

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