Dan Gagnon « Je ne veux surtout pas faire du Arthur! »

Le plus canadien des animateurs belges débarque avec son tout premier Late Show sur La Deux. Tabernacle!

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Avec un débit de parole proche de celui d'Eminem et son accent chantant tout droit venu de la "Belle Province", Dan Gagnon s'apprête à se lancer dans l'aventure du Late Show, format télévisuel qui cartonne aux Etats-Unis avec des présentateurs superstars comme Jimmy Fallon ou David Letterman. Et il a une idée très précise de ce qu'il veut faire! C'est qu'à tout juste trente ans, le gaillard a déjà relevé pas mal de défis. Animateur sur NRJ, journaliste en presse écrite, pro du stand-up, chroniqueur dans Sans Chichis et coorganisateur au Kings of Comedy Club à Ixelles. C'est là qu'il nous a donné rendez-vous. "C'est un endroit que j'affectionne à titre personnel et professionnel, c'est une logique très stand-up à l'américaine, les gens qui ont créé le lieu ont été à New York voir comment ça fonctionnait. Idéal pour tester les nouveaux sketches de mon futur spectacle."

Qu'est-ce qui vous a amené en Belgique?

Dan Gagnon – Une fille (Myriam Leroy – NDLR). Je l'ai rencontrée quand elle était en Erasmus. J'avais fini mes études, pas elle. J'avais envie de voyager, pas elle. Et donc je suis venu la rejoindre.

C'est aussi elle qui vous a fait rester?

D.G. – Oui! Nous sommes restés ensemble pendant neuf ans. Et là nous sommes séparés depuis un an, mais c'est la vie. J'ai eu le temps de découvrir la Belgique. J'ai aimé et là j'ai fait ma demande de nationalisation belge. J'attends une réponse. J'aurai enfin le plaisir d'avoir peur à chaque élection d'être nommé assesseur!

L'humour belge, ça vous parle?

D.G. – Pas sur scène. L'humour belge au cinéma ou dans la BD par contre, je suis fan. Mais c'est vrai que je n'affectionne pas beaucoup vos sports non plus. Le football, c'est comme du jardinage pour moi. C'est une question de culture, je suis bien plus friand du hockey sur glace ou du MMA (le free fight).

En 2012, vous aviez loué le Cirque Royal pour y présenter votre premier spectacle. Il fallait oser…

D.G. – Je n'attends pas qu'on me donne la permission avant de faire quelque chose. Ce coup-là m'a stressé, mais la peur n'est pas une raison suffisante pour s'interdire de faire des choses. La peur est un signal que ton corps t'envoie parce que tu es sans doute en train de faire quelque chose d'important. L'avantage, c'est que je ne suis pas dans mon pays. J'ai un filet de sûreté: si je me plante ici, je peux toujours retourner au Canada. Là, personne ne pensera que je suis un raté. Je repartirai à zéro, pas à moins mille.

Le Dan Late Show, c'est aussi un projet clef sur porte que vous proposez à la RTBF. Pourquoi?

D.G. – Ça fait pratiquement deux ans qu'on planche dessus de notre côté. La RTBF s'est embarquée dans l'idée, ils étaient partants mais il fallait trouver des financements. Et puis je ne voulais pas entendre: "O.K., l'idée est bien mais il va falloir changer ça, ça et ça pour que ça passe à l'antenne", et donc que ça n'ait plus aucune saveur. Ça ne devait pas être une émission générée par la peur. La peur de déplaire aux Belges, la peur que le présentateur ne soit pas assez connu… D'où le contrôle sur la fabrication. Si les gens trouvent ça nase, ce sera de ma faute. On ne joue pas au foot pour attendre sur le banc que son équipe gagne.

Présenter un late show, c'était un fantasme?

D.G. – J'ai assisté à un enregistrement de David Letterman il y a 7-8 ans à New York. J'ai abandonné tous mes potes pour y aller. Ma mère m'enregistrait des VHS des late shows pour que je puisse les voir en Belgique. Etc. Je suis un vrai fan. Pour arriver à faire ce genre d'émissions, il faut pouvoir faire du stand-up, des interviews et de l'animation. Tout ça, je l'ai fait. J'ai l'impression que mes dix années en Belgique ont été un entraînement à cette émission. Et puis, j'ai trente ans. La plupart de mes idoles ont commencé à ce moment-là. Je pourrais accepter tout ce que la RTBF me propose, mais ça ne m'intéresse pas. Je ne suis pas un animateur passe-partout, si je fais quelque chose que je n'aime pas, je suis mauvais. Si j'avais dû interviewer les candidats dans The Voice, j'aurais tout foiré.

Vous avez cette culture du talk-show. Mais est-ce que le public belge est prêt pour ce genre de programme?

D.G. – Oui, bien sûr! Vérino disait que pour la plupart des gens, le stand-up c'était un truc d'Arabes qui racontent des trucs d'Arabes. C'est complètement faux. C'est un style d'humour qu'il faut s'approprier.

A quoi peut-on s'attendre avec cette émission?

D.G. – En fait, quand je travaillais pour NRJ et que je faisais des interviews des grosses stars comme Rihanna, de politiciens ou de réalisateurs, mes amis me demandaient toujours la même chose: ils sont comment en vrai? C'est ça que je veux montrer. Il ne s'agit pas de parler promo, mais de parler vrai. Il ne faut pas essayer d'être drôle, juste de causer normalement. Ce sera en deux temps. Je ne veux surtout pas faire du Arthur! Je présenterai de nouveaux humoristes, j'inviterai également des gens qui ont eu une minute de gloire en passant à la télé pour savoir ce que ça a changé pour eux, quelles ont été les réactions.

David Letterman ou Jimmy Fallon reçoivent des grosses pointures dans leurs late shows. Comment allez-vous faire pour pallier le manque de people en Belgique? Votre premier invité c'est Philippe Lambillon, le Bourlingueur!

D.G. – La base du late night, c'est d'avoir des conversations libérées à une heure où il n'y a pas spécialement beaucoup d'audience pour ne pas avoir de pression. C'est comme ça que les Américains ont commencé. Je vais donc suivre ce même chemin. Dans toutes les autres émissions, les gens ont l'air stressés, l'animateur a limite envie de mettre un coussin péteur en dessous de la chaise de l'invité pour qu'il se passe quelque chose. Ici, le but c'est d'être relax et d'apprendre des choses. Alors même si Jay-Z et Obama ne viennent pas sur le plateau, ça risque d'être très intéressant quand même.

Qui aimeriez-vous recevoir comme invité?

D.G. – Katsuni, l'ex-actrice de films X par exemple. Elle se focalise maintenant sur l'écriture mais continue de faire des shows. J'ai envie de lui demander: "Comment les gens te draguent? Comment tu fais pour avoir une vie normale après avoir fait du porno?" Je ne cherche pas à ce que mon invité nous fasse des révélations. Il n'y a rien de pire que quelqu'un qui tente de faire du buzz à tout prix. C'est un peu pathétique. On va essayer de faire marrer et ce sera déjà pas mal. Tout ce que je voudrais, c'est que les gens qui regardent l'émission de chez eux aient l'impression d'avoir rencontré une chouette nouvelle personne.

Est-ce qu'on peut vous qualifier d'hyperactif?

D.G. – De passionné! Pour dire la vérité, il n'y a rien qui me fait plus plaisir que d'être posé chez moi en pyjama. Si j'ai une sortie prévue le samedi soir et que mes amis annulent, je n'aurai jamais été aussi heureux de toute ma vie (rire). Mais j'ai de la chance. Je ne peux pas dire le contraire.

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