Coupe du Monde – Putain, douze ans!

Absente d'une grande compétition depuis 2002, l'équipe belge dispose, selon les anciens, du potentiel pour égaler au Brésil l'exploit mexicain de 1986. Revue des troupes, des adversaires et des meilleurs plans pour ne pas en rater une miette.

1119214

Les Diables et nous, on en est restés là: en juin 2002, les Diables Rouges quittent la Coupe du monde japonaise après une défaite 2-0 en huitièmes de finale face au Brésil alors qu'un but de Marc Wilmots, l’actuel sélectionneur, a été annulé par l’arbitre jamaïcain Peter Prendergast pour une faute peu évidente alors que le score était encore de 0-0. On ne le savait pas encore mais derrière l'amertume, on pouvait déjà percevoir un goût d'eau de boudin: on ne reverrait plus notre équipe nationale en phase finale d’une grande compétition avant douze ans.

Pourquoi? Pour une fois, la relève de cette valeureuse équipe arrivée en fin de cycle n'était pas prête. Pire, tandis que le niveau du championnat de Belgique plongeait, et la qualité de nos talents avec lui, l'Union belge s'enferrait dans ses erreurs, alignant par exemple les choix les plus inconséquents en matière de sélectionneurs. Mais, heureusement, alors que le peuple des supporters hurlait sa famine de grands rendez-vous – et qu'un public de moins en moins nombreux se déplaçait pour voir les Diables partager l'enjeu avec le Kazakhstan ou le Luxembourg -, le blé germait.

En 2007, notre équipe nationale Espoirs disputait les demi-finales du Championnat d’Europe aux Pays-Bas et se qualifiait pour les Jeux Olympiques 2008 à Pékin, où elle atteignit également les demi-finales (en étant la meilleure équipe européenne du tournoi). En cette même année 2007, le Championnat d’Europe U17 était organisé à Tournai, en Belgique. Là aussi, les "Diablotins" atteignirent les demi-finales (éliminés par l’Espagne). Dans les 23 joueurs sélectionnés  pour la Coupe du monde 2014 au Brésil, on en retrouve onze qui ont participé aux J.O. 2008: Ciman, Defour, Dembele, Fellaini, Kompany, Lombaerts, Mirallas, Vanden Borre, Vermaelen, Vertonghen et Witsel (plus Pocognoli, qui se tient en stand-by parmi les six réservistes). Et dans l’équipe U17 demi-finaliste du Championnat d’Europe, il y avait un certain Eden Hazard (plus Christian Benteke, qui loupera le rendez-vous brésilien à cause d’une blessure).

Il fallait "simplement" attendre que cette génération dorée et le petit génie de Chelsea arrivent à maturité. Le point de départ des Diables Rouges actuels, il se situe là, en 2007. Mais dans une certaine continuité. Trois joueurs majeurs de l’équipe nationale 2002 ont arrêté leur carrière au retour du Japon: Gert Verheyen est aujourd’hui le sélectionneur des U19, Johan Walem, celui des U21 et Marc Wilmots, celui des Diables Rouges. Cela non plus, ce n’est sans doute pas un hasard.

Robert Waseige: "Se prémunir contre l’autosatisfaction"

Le sélectionneur, au Japon, était Robert Waseige. Peut-il comparer l’équipe de l’époque à celle d’aujourd’hui? "Non, pas du tout, affirme-t-il. En 2002, la majorité des joueurs évoluaient encore dans des clubs belges. Aujourd’hui, c’est l’inverse et il y a plus de qualité intrinsèque dans le groupe actuel, là où il y a douze ans, on s’appuyait surtout sur un collectif fort. La Belgique est désormais la dixième nation mondiale, si l’on se fie au classement de la Fifa. Cela signifie que l’on entamera la Coupe du monde dans la peau d’un favori, alors qu’autrefois on était des outsiders."

C'est que dans les rangs des Diables Rouges, on trouve désormais à profusion du talent technique et créatif, alors que jadis, le prototype du footballeur belge était plutôt du style laborieux. Comment expliquer cette évolution? "Les clubs n’hésitent plus à s’ouvrir à la jeunesse sauvage, à aller chercher des pépites dans des quartiers défavorisés de la capitale ou d’ailleurs, constate Waseige. La multiculturalité de l’équipe joue aussi un rôle. Le football belge s’ouvre aux joueurs d’origine maghrébine ou africaine en général. Et ceux-ci ont pris conscience que le football pouvait leur ouvrir des horizons. Ils osent s’affirmer, ce qui était plus rarement le cas dans le passé."

Waseige est parfois considéré comme le père spirituel de Marc Wilmots, Quels sont les mérites du sélectionneur dans la réussite actuelle? "Wilmots a surtout apporté de la clarté,estime Waseige.Il parle vrai, ses discours ne sont pas ambigus. C’est apprécié par les joueurs. Il ose aussi annoncer la couleur: il ne va pas nécessairement sélectionner les 23 meilleurs joueurs, mais ceux qui forment un bloc solide et homogène. Et il ose trancher. Wilmots sait que le chemin le plus court pour atteindre un objectif est la ligne droite. Enfin, surtout, tout ce que les joueurs s’apprêtent à vivre, il l’a vécu lui-même." Un petit bémol, toutefois, dans la bouche de l'ancien sélectionneur liégeois: "Ce dont je me méfierais, c’est d’un sentiment d’autosatisfaction qui pourrait les gagner. Mais on peut compter sur Wilmots pour remettre tout le monde les pieds sur terre."

Daniel Van Buyten: "Régler directement les petits soucis"

Suite à la non-sélection de Timmy Simons, Daniel Van Buyten – qui vient de publier une autobiographie intitulée Big Dan à la Renaissance du Livre – est le seul des 23 Diables "brésiliens" à avoir déjà vécu une Coupe du monde, en 2002. "J’étais encore jeune à l’époque, se souvient-il. Aujourd’hui, je suis le plus ancien du groupe. J’espère que mon expérience pourra être utile à mes coéquipiers. Lorsqu’on part pour une Coupe du monde, on sait qu’on va devoir vivre trois, quatre ou cinq semaines ensemble. Lorsqu’on décèle un petit souci, il faut directement intervenir pour éviter qu’il ne grandisse. Il y a 23 joueurs dans le groupe. Tous ont envie de jouer. Mais à chaque match, il n’y en a que onze (quatorze au maximum avec les remplacements) qui auront cette chance. Si les réservistes guettent l’erreur d’un titulaire pour prendre sa place, on est mal parti."

Heureusement, Big Dan ne constate aucune attitude de ce genre au sein de ce groupe-ci. Un groupe qui, de l’avis quasi général, possède aussi plus de qualités que celui de 2002. "Il y a sans doute plus de jeunes talents, effectivement,admet Big Dan. Leur relatif manque d’expérience est compensé par le fait qu’ils évoluent tous dans de grands championnats. En 2002, on avait un peu de tout: des anciens qui vivaient leur dernier grand tournoi et des jeunes qui découvraient le haut niveau. C’était un bon amalgame et l’ambiance était bonne, c’est ce qui faisait notre force."

Jan Ceulemans: "Eviter le scénario de 1990"

Jan Ceulemans est le recordman des sélections en équipe nationale belge, avec 96 "capes". Il fut l’un des héros de Mexico 86. "La Coupe du monde avait très mal commencé pour nous, se souvient-il. Le premier tour fut difficile, il y avait des tensions dans le groupe. Personne ne pouvait prévoir une issue aussi heureuse. Certains estiment que la meilleure génération de tous les temps – jusqu’à l’actuelle – était celle de 1990. Et c’est vrai qu’au niveau du jeu, elle était sans doute supérieure à celle de 1986. Seulement voilà: elle a été éliminée en huitièmes de finale par l’Angleterre dans les conditions que l’on connaît (le but de David Platt à la 120eminute – NDLR). Or, au final, on ne retient que le résultat."

Que peut-on attendre de nos Diables actuels au Brésil? "On peut s’appuyer sur une très bonne génération, mais l’issue d’une Coupe du monde est très compliquée à prévoir, estime Ceulemans. On peut briller au premier tour, puis tomber contre l’Allemagne ou le Portugal en huitièmes de finale et connaître un scénario similaire à celui de 1990. Même si plusieurs joueurs ont disputé la Ligue des Champions, ils doivent savoir que ce sera très différent. Et certains joueurs n’ont pas eu beaucoup de temps de jeu dans leur club, cela peut aussi se ressentir à un moment donné."

Georges Grün: "Des gars doués qui s’entendent bien"

Si l’épopée mexicaine fut rendue possible, c’est grâce à Georges Grün. Le 20 novembre 1985, l’actuel consultant de RTL avait offert la qualification d’un coup de tête qui élimina les Pays-Bas à Rotterdam. "J’étais l’un des jeunes du groupe, se souvient-il. Avec Enzo Scifo, j’avais intégré la sélection un an plus tôt, lors du Championnat d’Europe 1984 en France. L’équipe de Mexico 86 était un mix de jeunes et d’anciens qui avaient déjà une expérience des grands tournois, comme l’Euro 80 où la Belgique fut finaliste et le Mundial 82."

Comme tout le monde, le beau Georges admet que la génération actuelle est beaucoup plus douée que la sienne. "Et elle a aussi beaucoup plus d’expérience du football international… sauf qu’elle n’a jamais participé à une Coupe du monde. L’encadrement est aussi beaucoup plus professionnel. Marc Wilmots s’appuie sur tout un staff: entraîneurs adjoints, kinés, physiothérapeutes, etc. Le groupe est composé de bons petits gars. Il n’y a pas de fortes têtes, ni de joueurs caractériels. Ils donnent l’impression de bien s’entendre. De plus, ils ont l’habitude de vivre loin de chez eux." On se souvient que "ceux de 1986" étaient beaucoup plus casaniers. A l’hôtel, beaucoup s’étaient ennuyés ou ressentaient le mal du pays, et leurs familles leur manquaient. "Mais aujourd’hui, avec Internet, les réseaux sociaux et la technologie moderne, le contact est plus facile à établir."

Pour Grün, les éloges au sujet des Diables Rouges sont justifiés. "A l’étranger aussi, on admire nos joueurs. Dans son groupe, la Belgique sera l’équipe à battre. Jadis, nous avions peur de tout le monde et nous nous adaptions à l’adversaire. Aujourd’hui, c’est le contraire." Pour autant, Grün – pas plus que les autres – n’ose se risquer à un pronostic. "C’est beaucoup trop aléatoire. Mais si l’on passe l’écueil des huitièmes de finale, on peut aller loin."

Toutes les informations, le poster, les interviews, les analyses dans le dossier Coupe du Monde de Moustique ce 11 juin 2014

Sur le même sujet
Plus d'actualité