Correspondants à Paris: Bienvenue dans la jungle!

Ils vivent au rythme de l'actu hexagonale, et pas seulement quand la France se choisit un président. Croyez-les: c'est un métier!

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Christophe Giltay pour RTL-TVI, Pierre Marlet pour la RTBF… En ce moment, il ne se déroule pas un JT ou une édition spéciale sans qu'on voie leur visage, face caméra, en train de nous livrer les derniers échos de la la campagne présidentielle française.

Pour l'instant, un boulot de dingue. Mais comment ces correspondants à Pèèèèris survivent-ils à la furia électorale? "C'est de la pure folie, confie Christophe Giltay. On est clairement dans une autre dimension que tout ce qu'on peut connaître en Belgique."

"Chez nous, on a plutôt l'habitude de travailler de façon artisanale. En France, c'est la grande industrie", confirme Jean-Pierre Jacqmin. Habituellement collé à son bureau bruxellois, le directeur de l'information de la RTBF a aussi gagné la capitale française pour suivre la présidentielle.

Il y aide son équipe à prendre les décisions, à réagir vite et à obtenir des contacts efficaces pour ses correspondants permanents. Parmi ces derniers, Pierre Marlet. Le journaliste, ancien cocréateur du magazine Questions à la une, est parti habiter à Paris en février afin d'être au cœur de l'événement. Un déménagement qui a résolument changé sa façon de travailler.

"Les moyens mis en œuvre sont plus vastes, et les chemins d'accès vers les personnalités plus longs. Est-ce un métier différent pour autant? Non, mais il faut être plus patient pour faire partie des meubles."

Connaître… et être reconnu

Se faire connaître et être reconnu: tous les correspondants belges vous le diront, c'est l'incontournable première étape. Pas facile, car contrairement à ce qu'on pourrait croire, ni RTL-TVI ni la RTBF n'ont de "permanence" assurée à Paris.

C'est donc à coups d'allers-retours qu'il faut se forger un nom dans le labyrinthe médiatique. "Je reviendrai habiter à Bruxelles après l'élection, précise ainsi Pierre Marlet. Je ne suis qu'un correspondant semi-permanent. Comme nous sommes seulement à deux heures de la capitale française, nous pouvons n'y aller que lorsque c'est nécessaire. Le reste du temps, quand je suis en Belgique, c'est surtout pour faire du travail de coordination."

Mais comment dompter Paris quand on vient du plat pays? En s'adaptant, tout simplement. "Non, je vous rassure, il ne faut pas courir les dîners en ville. Juste s'incruster petit à petit, en allant aux conférences de presse, aux réunions, etc. La grande différence par rapport à chez nous, c'est qu'il faut toujours envoyer un mail avant d'établir un contact verbal. Les portes s'ouvrent moins facilement et moins vite qu'avec nos ministres ou nos directeurs, c'est sûr. Il faut ensuite s'habituer à la bagarre médiatique qui fait rage sur certains événements."

Une difficulté également rencontrée par Christophe Giltay, pour RTL-TVI. "Je couvre l'élection présidentielle depuis 1988, mais pour les journalistes, c'est de plus en plus ardu. La multiplication des chaînes tout infos et des web-télés a clairement changé la donne. Et quand on arrive dans les meetings, on a parfois l'impression d'assister à un concert des Rolling Stones, avec un public de 100.000 partisans filmés par une soixantaine de caméras…"

Merci Poelvoorde

Heureusement, nos correspondants ont quelques maîtres atouts. Dont celui de ne pas être français, tout simplement.. L'air de rien, le Belge "sympa et branché" continue à faire son petit effet chez nos voisins. Merci Marie Gillain, Benoît Poelvoorde ou Strip-tease.

Pour couvrir la cérémonie des Césars, c'est évidemment un immense avantage: "Nos confrères français sont toujours un peu jaloux lorsque les comédiens belges viennent d'abord vers nous" sourit Pierre Marlet.

"Bien sûr, quand on est dans une élection présidentielle, c'est différent: il est clair que les grosses chaînes françaises ont toujours priorité. Et obtenir des interviews est un parcours du combattant. Mais notre travail, à ce moment-là, consiste à traiter un sujet avec un regard décalé et notre vision belge des choses. En plus, comme on n'a qu'une seule équipe sur place, on ne peut pas vraiment prendre de risques." Un reportage qui manque et c'est toute l'actualité française qui s'en trouve dépeuplée.

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