Conversation avec Bob Dylan

Dans sa première interview en trois ans, l'éternel troubadour évoque son nouvel album de chansons en mode crooner, son amour de Sinatra et sa vie de septuagénaire. Bref, du Dylan comme vous ne le connaissez pas...

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Pour un homme qui a constamment vécu sous les projecteurs durant ces cinquante dernières années, Bob Dylan reste un grand mystère. Que savons-nous vraiment de lui? Que fait-il lorsqu'il ne donne pas des concerts (une centaine par an en moyenne) et qu'il n'est pas en studio? Depuis qu'il s'est lancé en 1988 dans son Never Ending Tour ("la tournée qui ne s'arrête jamais"), il a toujours privilégié l'anonymat et la discrétion une fois qu'il descendait de scène.

Mais pour la première fois depuis trois ans, Bob Dylan a accepté de se confier à un magazine. Et pas n'importe lequel: AARP The Magazine est un bimensuel américain qui s'adresse aux seniors et possède pas moins de 35 millions de lecteurs. A son tour, AARP The Magazine a choisi Moustique pour assurer la diffusion de cet entretien en Belgique francophone. L'interview a eu lieu au mois d'octobre dernier dans un hôtel de San Francisco Bay alors que Bob Dylan venait de terminer l'enregistrement de son 36ealbum studio, "Shadows In The Night". Sur ce disque, enregistré dans des conditions live avec un groupe de cinq musiciens, le troubadour septuagénaire revisite dix chansons composées entre 1920 et 1960 qui font partie de ce qu'on appelle communément "The Great American Songbook". Il s'agit de grands standards américains issus du patrimoine musical de l'oncle Sam comme Autumn Leaves, That Lucky Old Sun ou encore Stay With Me.

Qu'est-ce qui vous a motivé après toutes ces années à enregistrer ces chansons qui ont bercé votre enfance?

Bob Dylan – C'était le bon moment. J'y pensais depuis la fin des années 70, lorsque j'avais entendu "Stardust", l'album de reprises de Willie Nelson (star de la country qui a, lui aussi, consacré un disque à ces chansons populaires – NDLR). D'autres artistes ont interprété également ces morceaux ces dernières années et ça ne faisait que me motiver à les enregistrer à mon tour, mais d'une manière qui ne ressemble en rien à ce qui a déjà été fait.

Pensez-vous qu'il s'agira d'une surprise pour vos fans traditionnels?

B.D. – Non, ils ne devraient pas être trop surpris. Ils doivent avoir l'habitude. Ils m'ont déjà entendu interpréter certaines de ces chansons sur scène. Je les connais pratiquement toutes depuis mon enfance et lorsque j'entends un bon morceau, je ne l'oublie pas.

Vous restez très respectueux dans la manière de chanter ces classiques, beaucoup plus même que lorsque vous interprétez sur scène vos propres morceaux.

B.D. – J'aime profondément ces chansons et en aucun cas, je ne veux leur manquer de respect. Massacrer ces morceaux s'assimilerait à un sacrilège. Et nous avons tous déjà entendu suffisamment des horribles versions de ces standards pour en ajouter encore d'autres.

Outre le fait d'être des classiques de la musique populaire américaine, ces dix chansons ont pour point commun celui d'avoir toutes été enregistrées par Frank Sinatra. Avez-vous pensé à lui quand vous étiez en studio?

B.D. – Quand vous souhaitez vous attaquer à un tel répertoire, vous ne pouvez pas faire autrement. Parce que Frank Sinatra est incontournable. Parce que c'est une montagne et que vous devez escalader cette montagne, même si vous savez très bien que vous n'arriverez jamais au sommet. Et puis, il faut bien reconnaître que c'est difficile de trouver une grande chanson que Sinatra n'ait pas enregistrée au cours de sa carrière. Oui, il est incontournable.

La suite de l'interview dans le Moustique du 11 février 2015

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