Contre toi: joue contre joue

Une femme médecin, bien sous tous rapports et célibataire, se fait kidnapper par Yann, un jeune déséquilibré. Pendant plusieurs jours, il va l'enfermer, l'humilier, essayer de la détruire. Mais par le "hasard" d'une porte restée ouverte, elle parvient à s'échapper.

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Une femme médecin, bien sous tous rapports et célibataire, se fait kidnapper par Yann, un jeune déséquilibré. Pendant plusieurs jours, il va l’enfermer, l’humilier, essayer de la détruire. Mais par le « hasard » d’une porte restée ouverte, elle parvient à s’échapper.

Toutefois, le souvenir du jeune homme reste obsédant. Peut-on aimer l’homme qui vous a séquestrée? Le syndrome de Stockholm, soit la relation trouble qui se tisse entre le bourreau et sa victime, est une source de fantasme inépuisable pour le cinéma. Il a notamment inspiré à Liliana Cavani le terrible Portier de nuit, avec Charlotte Rampling et Dirk Bogarde, l’un des sommets du genre, sur fond de nazisme.

 Sur cette trame somme toute classique, la très douée Lola Doillon signe un second film intemporel et étonnant de maîtrise, de rage et de désir inavoués. « J’ai voulu parler du sentiment que peut avoir une femme pour son bourreau. C’est la personne qui vous enlève à votre vie, et en même temps c’est la seule personne qui vous relie à la vie. Ça m’intriguait énormément. J’avais envie de distendre le sentiment amoureux dans une situation normalement inacceptable », confie la fille de Jacques Doillon.

 La réussite du film tient beaucoup à la construction psychologique des personnages. Il frappe et humilie, habille, nourrit et soigne; elle résiste. Ils se bouleversent. Les rapports de force vont peu à peu s’inverser, puisqu’elle devra punir à son tour, et le film déroule alors avec une cadence sourde ce qu’il porte depuis le début, soit la naissance d’un sentiment. Pour incarner ses personnages, Lola Doillon a vu juste. Kristin Scott Thomas, froide et passionnée comme elle seule sait l’être, à la fois cérébrale et physique, dont chaque pulsation fait vibrer l’écran. Et Pio Marmaï, sous ses airs de Patrick Dewaere, révélation aussi à l’aise dans le jeu des mots que du mouvement. Enfin, charme vicieux mais précieux, les scènes de violence sont filmées comme des scènes d’amour, chargées d’émotion jusqu’à la gueule. On regrette presque le trop-plein de musique finale, qui pourrait faire passer pour un mélo ce huis clos obsédant. – J.G.

Contre toi
Réalisé par Lola Doillon (2010). Avec Kristin Scott Thomas et Pio Marmaï.
Sortie le 02/02 – 85′.
Notre avis: 3 étoiles

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