Confessions d’un homme battu

Humilié et torturé par sa conjointe pendant 17 mois, le Français Maxime Gaget sort de l’ombre avec Ma compagne, mon bourreau, un livre et une histoire extrême, pour briser le tabou des hommes battus au quotidien.

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En France, un homme mourait sous les coups de sa conjointe tous les 13 jours. Maxime Gaget, informaticien charentais parti s’installer à Paris par amour, aurait pu être l’un d’entre eux. Très vite, l’élue de son cœur, Nadia, s'est révélée manipulatrice, avide d’argent et particulièrement violente à son égard. Par peur, et surtout par honte, l’homme s'est muré dans un long silence proche de l’abîme.

En Belgique, un homme sur vingt serait victime de violences conjugales, pour une femme sur dix. Voilà pourquoinotre pays verra bientôt son premier refuge pour hommes battus ouvrir ses portes – Maxime, lui, a été confronté à l’absence d’institutions spécialisées et à l’incompréhension générale. Aujourd’hui, il relate son histoire – extrême – pour ne plus être une victime incomprise dans une société où les schémas pourtant si dépassés de "l’homme fort" et de "la femme faible" subsistent.

Comment cette histoire a-t-elle démarré?

Maxime Gaget – Je sortais péniblement d’une déception amoureuse quand nous nous sommes rencontrés sur un site web dont j’étais le modérateur. J’habitais en Charente, elle à Paris. Nous avons développé notre relation online avant de nous rencontrer physiquement quelques semaines plus tard. Je ne pourrai jamais expliquer ce qui m’a attiré vers elle: elle ne me plaisait pas et un sentiment étrange me soufflait de m’en méfier. Pourtant, elle exerçait déjà sur moi un certain pouvoir. Quelques mois plus tard, j’obtenais mon diplôme d’informaticien et j’emménageais chez elle.

Dès les premiers jours, votre conjointe vous agresse verbalement, vous agresse sexuellement la nuit et vous assène des salves de gifles sans raison. Pourtant, vous ne réagissez pas. Vous ne réagirez d’ailleurs jamais. Comment vous l’expliquez-vous?

M.G. – Sous une allure petite et ronde se cachait une personnalité dominante. J’aurais peut-être pu me défendre si elle n’avait pas exercé sur moi cette emprise psychologique puissante. J’étais parti dans l’optique qu’il pouvait y avoir des hauts et des bas dans tout couple, que ces premiers gestes agressifs devaient être des exceptions et que, quoi qu’il advienne, on ne frappe pas une femme. Au début, la violence était encore "modérée" et espacée. Je ne réagissais pas en pensant qu’il valait mieux calmer le jeu, pour moi, pour elle, pour ses enfants avec qui nous vivions. Ce fut ma plus grande erreur car a suivi une escalade de violence sans fin. Parallèlement, plus je perdais le contrôle, plus sa brutalité s’intensifiait: elle utilisait des couteaux, des objets lourds, des cigarettes allumées… pour me blesser. Dix-sept mois plus tard, je suis rentré chez moi le visage tuméfié, le cartilage central du nez détruit, huit phalanges des mains sur dix brisées, le crâne lacéré, les dents cassées, barbe et cheveux brûlés, et j’en passe.

Qu’est-ce qui vous empêchait d’en parler avec votre famille, vos amis, ou même la police?

M.G. – Les premières semaines, j’étais aveuglé par mes sentiments pour Nadia. Ensuite, lorsqu’il m’est clairement apparu qu’elle ne m’aimait pas et qu’elle se servait de moi, il était déjà trop tard: elle me menaçait de m’accuser d’attouchements sur ses enfants, ou de reporter sa violence sur eux. Je me trouvais dans une ville inconnue mais qu’elle-même connaissait bien: elle fréquentait des flics du quartier à qui elle "accordait ses faveurs" et en qui je n’avais donc pas confiance. J’étais également privé de tous mes moyens de communication et de mes effets personnels, détruits ou confisqués par Nadia dès les premiers jours. Et puis… J’avais honte, tout simplement! En tant qu’homme, il m’était difficile d’avouer à quelqu’un m’être "écrasé" devant une femme. Ma virilité en prenait un coup.

 

La suite de l'interview dans le Moustique du 4/03/2015.

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