Compétition, Sils Maria : face à face brumeux entre Juliette Binoche et Kristen Stewart.

C’est sur une idée de Binoche que le réalisateur français Olivier Assayas revient à Cannes. Un film élégant mais artificiel sur le vertige d’une actrice face au temps qui passe.

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Après Clean (qui avait valu à Maggie Cheung le prix d’interprétation à Cannes en 2004),

le réalisateur français Olivier Assayas (Carlos) distribue trois rôles féminins à un très hype trio d’actrices dont les carrières ressemblent étrangement aux rôles qu’elles endossent. Juliette Binoche interprète Maria Enders, une actrice célèbre mais aigrie qui accepte à contre cœur de reprendre le rôle d’Helena dans la pièce qui l’avait révélée trente ans plus tôt avec le rôle de la jeune Sigrid. Kristen Stewart (vraiment sortie de Twilight et bluffante de naturel en jean et baskets) joue Val, l’assistante intello de Maria, qui la protège du « monde réel » tout en essayant de se protéger elle des caprices de la star. Et enfin Chloë Grace Moretz, 17 ans, (Carrie), dans le rôle de Jo-Ann Ellis, une jeune actrice arriviste qui reprend le rôle de Sigrid que tenait Maria jeune. Au cœur des Alpes suisses, près du « col du serpent » où les nuages s’enfilent comme un reptile, Val et Maria vont se mettre à répéter les rôles d’Helena et Sigrid. Quitte à se dresser l’une contre l’autre.

 

Outre cette trame un peu trop voyante et arty (tous ces prénoms germaniques) sur les effets miroirs et les projections entre les actrices et leurs rôles, Assayas se lance dans une dénonciation trop démonstrative du show business et du carriérisme à l’heure de la « pipeulisation » des acteurs. Maria ne comprend rien à internet (elle est quand même un peu cruche), alors Val lui explique tout. Youtube, la presse people, celle « dont on ne veut pas » (la réplique est-elle là pour flatter le journaliste cannois qui ne se prend pas pour un paparazzi ?). On a aussi droit au point de vue de Val sur les films avec des filles qui ont des « super pouvoirs » – rires dans la salle de ceux qui s’amusent d’entendre Kristen parler de son rôle dans Twilight. Mais surtout, Val va démontrer à Maria qu’elle se trompe dans l’approche de son rôle. Et qu’elle devrait peut-être apprendre à passer comme Jo-Ann (et comme Chloë Grace) d’un film à gros budget à un film d’auteur (remarquons que Chloë Grace vient de signer The Fifth wave, une grosse production Sony à la Hunger Games, après s’être essayée sur les planches à Broadway avec Soderbegh)

C’est là que le film devient intéressant, dans la métamorphose des actrices vers leur personnage, Maria devenant enfin Helena (la Maria garçonne de la fin ne ressemble plus en rien à la Maria trop apprêtée du début), Jo-Ann devenant Sigrid, et Val qui sert de révélateur à une Maria passée sous l’emprise la jeune femme. Assayas boucle la boucle avec la scène réelle des nuages qui passent dans le col. Artificiel, pas assez viscéral, le film manque de ventre. Gena Rowlands (chez Cassavetes, avec Opening Night) ou Romy Schneider (chez Zulawski avec L’important c’est d’aimer) n’avaient pas besoin de décors suisses ni de scénarios nuageux pour raconter le vertige de l’actrice.

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