Compétition- Léviathan : Superbe chronique familiale russe en forme de parabole.

Entrée magistrale en Compétition pour le jeune réalisateur russe Andrey Zvyagintsev, qui ose un extraordinaire mélodrame sur la Russie contemporaine.

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Dans certains films, le lieu fait déjà tout.Léviathan se situe dans une petite ville du nord de la Russie, sur la mer de Barents. Paysages rocailleux et millénaires traversés de baleines, où viennent se fracasser les vagues. En bord de mer, une maison fait l’objet d’un conflit ouvert entre son propriétaire Kolia, marié à Lilia (sublime Elena Lyadova), une femme très belle et plus jeune que lui qui élève son fils né d’un premier mariage, et le maire corrompu du village. Aidé par Dimitri, un jeune et brillant avocat de Moscou, Kolia va tenter de faire face à l’adversité, tandis que Lilia s’éprend de Dimitri.

A partir de cette trame sociale et très réaliste, Zvyagintsev compose un film ample, au ton résolument libre, et dresse un portrait contrasté de la Russie de Vladimir Poutine. Tout en se faisant héritier des grands cinéastes paysagistes russes.

Zvyagintsev fustige la corruption (fabuleux personnage de maire véreux, alcoolique et sans scrupule), les faiblesses humaines (l’alcoolisme de Kolia, l’arrivisme de Dimitri) tout en préservant la solitude humaine (superbe portrait de Lilia, femme blessée attirée par le vide) et en osant une vraie satire des difficultés de son pays. Ainsi cette extraordinaire scène de chasse et de beuverie où les cibles sont les portraits des chefs de l’état russe, de Lénine à Brejnev en passant par Gorbatchev – « T’as pas les derniers ? » demande Dimitri, « Pas encore » répond son pote. Manquent Elstine « pas à la hauteur » ou Poutine « on n’a pas le recul historique ». Le tout noyé dans la vodka.

Des vagues qui se brisent encore sur les rochers. Une baleine échouée déliant son squelette – Léviathan devant la détresse du fils de Kolia. Cinéaste des paysages comme des âmes, Zvyagintsev clôture son film comme il l’a ouvert. Dans une certaine mystique digne des maîtres du cinéma russe, passant d’un registre à l’autre (de la satire au drame) avec une aisance rare qui lui permet de dire son amour de l’âme russe sous toutes ses formes, mais aussi toute sa pitié pour la destinée humaine. Puissant.

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