Compétition Cannes : Marguerite et Julien, amours incestuelles

Valérie Donzelli ose un conte amoral sur les amours interdites d’un frère et une sœur. La réalisatrice française fait son entrée en Compétition avec ce scénario écrit pour François Truffaut. Ça donne quoi ?

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Ils sont frère et sœur et s’aiment d’un amour « trop grave ». C’est l’histoire de Marguerite et Julien de Ravalet (Anaïs Demoustier et Jérémie Elkaïm), exécutés pour inceste en 1603 sur la place de Grève. Valérie Donzelli (La guerre est déclarée) reprend un scénario de Jean Gruault (scénariste célèbre de la Nouvelle vague), écrit en pleine libération sexuelle pour François Truffaut, mais resté inachevé. L’histoire donc d’un frère et d’une sœur de la noblesse française, transposée dans une France d’Ancien régime imaginaire, truffée d’anachronismes poétiques qui rappellent Peau d’Âne de Jacques Demy (l’hélicoptère et les micros dans le château des Ravalet à Tourlaville en Normandie).

L’histoire nous est racontée par le biais d’une jeune gouvernante de pension pour jeunes filles de bonne famille (Esther Garrel, sœur de Louis). Marguerite a « une grâce mélancolique qui lui donne beaucoup d’attrait », et son jeu favori est de jouer à « oreille frisson » ou à « pied malin » avec son frère adoré. Devant la gravité de cet amour interdit (l’inceste reste un crime en France jusqu’à Napoléon), les parents de Marguerite et Julien décident de les séparer. Et de marier Marguerite. Mais derrière chaque donjon, Marguerite imagine Julien, et n’attend qu’une chose : qu’il vienne la délivrer de cet amour qui les déchire. On se souvient de Delphine Seyrig, bonne fée du Peau d’Âne de Demy, qui chantait « mon enfant, on n’épouse jamais ses parents ». Donzelli pousse le fantasme de l’inceste à son paroxysme, et se livre à une belle exploration du « désir du même », dont elle assume toute l’attraction, à la fois fatale et désuète.

Elle pourra énerver certains, être taxée de maniérisme ou de prétention, Valérie Donzelli a du style. A travers un hommage certain à la Nouvelle vague (raffinement du montage, inserts photographiques sur musique électro-pop (du musicien Yuksek), convocation d’acteurs vintage, de Sami Frey à Géraldine Chaplin – tous deux très bons), son film se révèle une exploration libre et passionnée du désir et de la beauté. Elle assume aussi cette histoire très française, faite de guillotine tragique, de dress code aristo-chic et de morale libertine. On a surtout été touchés par la flamboyance de l’amour viscéral qu’elle décrit, et qui semble la libérer même de ses références, jusqu’à cette fin en guise de poème expérimental, en ode à la liberté d’aimer. Truffaut n’aurait pas renié.

 

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