Comment dire stop à la clope?

Un Belge sur quatre fume encore. Comment aider ceux qui veulent arrêter? Comment déjouer les manigances des fabricants? La clope électronique est-elle une bonne alternative? On fait le point sur ce qui fonctionne, ou pas... en attendant d'ultimes avancées de la science.

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"Quand est-ce que tu arrêtes?" Cette question, vous l’avez formulée ou entendue des dizaines, voire des centaines de fois. Elle s’adressait à vous, à votre conjoint qui a une haleine de cendrier, à votre mère qui tousse comme une charbonnière ou à votre fiston de 12 ans qui crapote déjà avec sa bande de potes. Cette question, qui est en réalité un reproche déguisé, insupporte ceux qui assument leur statut de fumeurs, nouveaux parias de la société bien-pensante. Mais elle angoisse aussi ceux qui aimeraient se défaire de cette dépendance et qui n’en ont pas encore trouvé la force.

Chance, ce 31 mai, c’est la journée sans tabac. Un combat toujours d'actualité: en Belgique, on compte aujourd’hui 2.800.000 fumeurs de cigarettes, de cigares et ou de pipes – un quart de la population! – et plus de 1.600.000 repentis (19 %). A priori, une bonne nouvelle: ces chiffres placent en effet notre pays légèrement en dessous de la moyenne européenne qui avoisine les 30 %. Mieux: depuis 1982, notre consommation de tabac n’a presque jamais cessé de diminuer. Le combat contre le tabac serait-il en passe d'être gagné? Pas sûr. Ces dernières années, les chiffres ont plutôt tendance à stagner… Et rappellent que si les fumeurs déjà bien installés dans leurs habitudes se montrent de plus en plus réceptifs aux arguments des professionnels de la santé, il y a toujours suffisamment de nouveaux jeunes adeptes pour venir remplir le réservoir. Pour preuve: le nombre de fumeurs âgés de 15 à 30 ans. Il dépasse de 10 % la moyenne observée pour les autres tranches d’âge. Une étude menée par le Centre de recherche et d'information des consommateurs (Crioc) met en lumière cette fracture entre les générations. Alors que 35 % des fumeurs adultes envisagent sérieusement d'arrêter de fumer dans un futur proche, la moitié des ados de 15 ans avouent avoir déjà tiré leur première "taffe". Juste pour essayer, disent-ils. Mais combien d’entre eux entreront dans le cercle vicieux?

Dix cents de plus en juillet

Ces chiffres ne font que confirmer ce que l’on sait déjà: notre société n’est pas prête à dire adieu à la nicotine. Mais pourquoi est-ce si dur de casser cette satanée clope? Une vaste étude sur les attitudes des Européens face à la cigarette, publiée en 2007, nous apprend que six fumeurs sur dix ont déjà essayé d’arrêter, dont un sur cinq récemment. Malgré tout, il faut encore compter entre cinq et sept tentatives en moyenne avant de parvenir à décrocher définitivement. Pas facile donc. D'autant qu'on peut vouloir stopper la clope pour diverses raisons. D'après cet eurobaromètre, la santé est la première des motivations. Mais la moitié des répondant estiment que le discours de leurs familles et leurs amis n'est pas étranger à ce processus de réflexion. D’autres encore avouent qu’aussi agaçants soient-ils, les donneurs de leçons tels que les médecins, les militants antitabac ou les autorités publiques qui ont banni la sèche du milieu du travail et du secteur Horeca, sont tout de même parvenus à leurs fins. Enfin… Il y a le prix. Un consommateur sur deux y est très sensible. Or, on sait que ce sont parmi les populations les plus précarisées et les jeunes, souvent fauchés, que l’on retrouve aujourd’hui le plus de fumeurs. Des consommateurs qui ne seront pas ravis d’apprendre que dès juillet prochain, le paquet leur coûtera dix centimes de plus.

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Deux ou trois choses à savoir avant de décider de ne pas arrêter…

– La cigarette du matin (grillée les cinq premières minutes après réveil) décuple les risques de cancers.

– Avec ses six millions de décès par an dans le monde, le tabac tue plus que le paludisme, la tuberculose et le sida réunis. Rien qu’en Belgique, il est responsable de 18.600 décès.

– Les femmes sont de plus en plus atteintes. Fin 2013, les décès dus au cancer du poumon auront baissé de 6 % chez les hommes par rapport à 2009, mais augmenté de 7 % chez les femmes. Le cancer du poumon devrait bientôt détrôner celui du sein, jusqu'ici le plus répandu chez les femmes. C'est déjà la cas en Angleterre et en Pologne.

– Si le cancer du poumon est très meurtrier, c'est notamment parce que ses symptômes sont légers. Bien souvent, lorsque la maladie est enfin diagnostiquée, les métastases se sont déjà installées. A l’avenir, une simple prise de sang pourrait toutefois permettre d’identifier les patients atteints. 

– Pour ceux qui l'auraient oublié, le tabac favorise aussi le développement de cancers du foie, du sein, de la vessie, du rein, du col de l’utérus et du sang.

Dossier complet dans le Moustique du 29 mai.

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