Comment ça va bien!, Stéphane Bern?

De châteaux en moments d'histoire, de talk-show en instants de radio, l'animateur cartonne, encore et toujours. Sans berner personne! Interview.

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L’histoire passionne de plus en plus les foules comme en témoigne le succès de Secrets d’histoire. Pourquoi?
Stéphane Bern Avec la crise et le sentiment que la société part à la dérive, les gens ont besoin de retrouver une identité, des racines fortes, d’avoir des amarres solides. Ils veulent comprendre d’où ils viennent. L’histoire est tellement mal enseignée de nos jours qu’il faut prendre des cours de rattrapage à la télévision.

Vos profs étaient bons?
J’ai eu la chance d’avoir des enseignants intéressants! Leur vision très politisée m’amusait beaucoup, je prenais systématiquement le contrepied de ce qu’ils racontaient. Et ils me respectaient. Ça a affûté mon esprit critique: quand on m’assène une vérité, j’aime à la contester. C’est ce que je fais dans mes émissions, quitte à énerver certaines personnes.

Que pensent les historiens de votre travail?
Ils l’ont accueilli avec beaucoup de réticences et d’agacement. Puis quand ils ont compris que mes émissions fédéraient plus de 4 millions de personnes et permettaient de vendre leurs livres, puisqu’ils y étaient cités, ils ont comme par hasard considéré que je faisais œuvre utile. J’ai eu l’humilité de ne jamais me présenter comme un historien, mais comme un raconteur d’histoires. Quelqu’un habile de ses doigts n’a pas à se prétendre chirurgien, idem pour moi.

Lorànt Deutsch les agace aussi, critiqué pour ses "interprétations du passé" dans Métronome. Avec raison?
Laurent est un garçon passionné. Il ne prétend pas non plus être historien. Son vrai métier, c’est curieux professionnel. Il donne envie de découvrir. Le seul problème, c’est qu’un élu communiste inconnu au bataillon et en mal de dons est venu reprocher des "interprétations". Il a voulu se faire une notoriété facile sur le dos d’une célébrité, mais il est surtout jaloux des 2 millions d’exemplaires vendus par Lorànt Deutsch. Le public ne s’y est pas trompé. En histoire, la vraie objectivité n’existe pas. Ce qu’on raconte est forcément influencé par notre vision actuelle des choses… Et donc forcément critiqué. 

C’est pour ça que vous n’abordez pratiquement jamais l’histoire contemporaine?
Il y a de ça. Une bonne histoire est une histoire dont les témoins sont morts, il faut être honnête. Dès qu’une personne a une version des choses différente de la vôtre, ça déclenche des polémiques sans fin. Je ne suis pas là pour ça, mais pour permettre aux gens de redécouvrir des pans entier de leur passé.

Que vous suggère la monarchie belge?
Respect, déférence et admiration. Mais je ne  comprends pas pourquoi l’institution la plus stable et la plus efficace de votre royaume est aussi la plus contestée par des personnes qui veulent mettre à bas la famille royale et la monarchie et que la Belgique s’effondre.

Vous avez forcément entendu parler de Frédéric Deborsu et de son livre Question(s) royale(s)…
Deborsu s’est pris à son propre piège. Voilà un garçon qui s’est complètement déconsidéré. Le public se détourne de lui: il y a tellement de faussetés, de balivernes et de ragots dans son récit. Il accuse carrément le prince Philippe d’être gay! Et puis on n’attaque pas le roi de cette manière. Les gens sont attachés à leur souverain, je me souviens qu’à la mort de Baudouin en 1993, les Belges sont descendus dans la rue. L’immense majorité de vos concitoyens est très attachée à la monarchie. Si monsieur Bart De Wever, qui va certainement se planter à Anvers et ce sera bien fait pour lui, veut absolument quitter la Belgique, qu’il le fasse et fonde un pays nommé Flandre. C’est le nom Belgique qui a une force. C’est un vrai label.

Tout ça ne vous inspirerait pas un sujet?
Si, absolument! Je veux défendre l’histoire du Plat Pays. Quand j’ai présenté l’Ommegang en juillet dernier, certes affublé d’un costume d’arlequin, j’ai été très ému par la Brabançonne et voir la reine Fabiola au balcon sur la Grand-Place et 10.000 personnes qui applaudissent, c’est fort. Il faut arrêter cette surenchère antibelge.

Côtoyer la monarchie, c’est faire preuve de beaucoup de complaisance. Ce côté pompeux ne vous lasse jamais?
Il y a une étiquette, des rites, de la bienséance, du savoir-vivre… C’est vrai, mais ce sont des gens très bien élevés, et ça change, surtout du milieu de la télévision. Ils sont respectueux de la parole donnée, ne vous trahissent pas, et vous parlent gentiment. En 25 ans je n’y ai rencontré que des gens bien élevés.

Ce n’est pas le cas dans le monde people?
Oh non, c’est le bal des ego. Ils ne pensent qu’à eux-mêmes et ils manquent singulièrement d’autodérision. C’est moins faux dans la monarchie. La famille royale belge a bien plus d’humour. Même la reine Fabiola fait des blagues! Pareil à Monaco. Le problème, c’est leur entourage, les attachés de presse par exemple, et leur zèle ridicule.

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Quel est le plus beau compliment qu’on puisse vous faire?
J’aime quand mes amis me disent que je suis resté le même, ou quand des gens dans la rue m’affirment que je suis aussi gentil qu’à la télé. En bref, j’aime qu’il n’y ait pas de dichotomie entre l’image que je donne et la réalité.

Comment ca va bien!
Du lundi au vendredi: France 2 15H10

A la bonne heure
Du lundi au vendredi: RTL France 11H00-12H30

Secrets d’histoire
Coffret 2012. 11 Dvd France Télévisions

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