Colin Farrell: « Question biceps, impossible de comparer »

Etonnant contre-pied de Schwarzenegger dans le remake de Total Recall, l'ex-enfant terrible de Hollywood n'en revient toujours pas du jouet auquel il s'est agrippé.

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Quand on reprend un rôle aussi emblématique, les comparaisons restent pourtant inévitables…
Colin Farrell – Oui, mais il ne faut juste pas se mettre la pression à cause de ça. L’art du remake est un genre casse-gueule. Soit les critiques hurlent au plagiat parce que l’on ne s’éloigne pas assez du modèle original. Soit les fans hardcore vous clouent au pilori parce que vous manquez de fidélité. Personnellement, je trouve que ce Total Recall version 2012 arrive au bon compromis.

Sequels, prequels, remakes… On croirait presque l’imagination morte et enterrée à Hollywood…
En fait, quand on regarde les chiffres de près, Hollywood doit à peu près produire 10 % de suites, adaptations et autres remakes par an. Mais c’est de ces films-là que l’on parle le plus, et sur lesquels les studios mettent le plus de moyens publicitaires. Votre perception du marché est donc biaisée par le marketing. Ici, soyons francs, Total Recall est un blockbuster juste calibré pour le divertissement. Mais il existe des exemples de films qui misent sur des titres connus et arrivent à déployer une vision d’auteur en même temps.

Lesquels, par exemple?
Les trois Batman de Christopher Nolan. Ou l’adaptation de la série télé Miami Vice par Michael Mann, qui m’a d’ailleurs valu d’être enfin reconnu par le grand public.

Vous qui la jouez volontiers désinvolte, cela vous importe donc quand même d’être reconnu?
Reconnu pour mon travail, oui. Parce que c’est la garantie de bien gagner ma vie et de pouvoir jouer dans des films moins attendus sans m’inquiéter de la santé de mon compte en banque. Vous ne croyez quand même pas que j’ai signé pour Daredevil (2003) en me disant "Chouette, quelle œuvre d’art en perspective!". Mais c’est l’argent gagné là qui m’a permis de passer du temps pas très rentable sur Le Nouveau Monde (2005) de Terrence Malick. Et de n’être pas payé du tout la même année pour Demande à la poussière, adaptation d’un roman essentiel de John Fante dans laquelle je voulais absolument jouer, même si je savais qu’elle ne serait pas vue par grand monde. Idem pour Ondine (2009), un film superbe mais un plantage retentissant signé Neil Jordan. Bref, je fonctionne sur le rythme de l’éternelle équation blockbusters alimentaires et films plus intéressants.

Et ce Total Recall? Ce n’est pas un blockbuster "intéressant" par ailleurs?
Je le répète et j’assume: c’est du pur fun. Mais bien construit, direct et brutal. Bref, pas intéressant au niveau du message, mais qui ne prend pas pour autant le spectateur pour un imbécile. Par contre, pour revenir à la question initiale de la reconnaissance: être reconnu dans la rue, je m’en fous. Et je ne prête aucune attention à l’image que la presse véhicule de moi. De toute façon, il ne faut pas exagérer l’importance des comédiens. Nous ne sommes que des saltimbanques de luxe.

Comme dans cette réplique du film passée à la postérité, vous iriez jusqu’à dire de vous-même "Je ne suis personne"?
Je n’irais pas jusque-là, mais je dirais en tout cas que je ne sais pas qui je suis. Comme tout le monde, finalement. Par contre, pour continuer à jouer au jeu des analogies entre mon personnage de Douglas Quaid dans Total Recall et ma propre existence, je vis aussi bel et bien dans un monde irréel qui s’appelle Hollywood. Mener la grande vie ici, à Los Angeles, me donne en fait le même sentiment qui m’avait envahi lorsque j’avais obtenu mon permis de conduire. Cette impression de liberté totale, d’avoir accompli quelque chose hors du commun. (Il rit.) Eh oui, les palaces, les menus room service hors de prix et les jets privés m’impressionnent toujours autant. Au risque de passer pour une midinette, j’avoue: j’aime cette existence.

Au point d’éprouver des difficultés si vous deviez revenir dans le monde réel?
Cela représenterait effectivement un vrai défi. Mais à l’inverse de mon personnage de Douglas Quaid, je ne souhaite pas changer de vie, moi.

Total Recall: mémoires programmées
Réalisé par Len Wiseman (2011). Avec Colin Farrell, Kate Beckinsale, Jessica Biel – 121’.

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