Coldplay: La vie en couleurs

Guitares électriques à fond et bombes de graffeur à la main, ils passent le cap d'une époque pleine de paradoxes. Rencontre dans leur studio londonien.

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Brian Eno cosigne la majorité des chansons de l’album. Quelle a été son intervention cette fois-ci?
Guy Berryman – Quand nous avons terminé "Viva la vida" avec lui, Brian nous a dit: "C’est super, mais on peut faire mieux". C’est donc lui qui a relancé la machine pour ce disque et nous a mis sur la voie. Contrairement à "Viva la vida", où il était le producteur, il s’est cette fois joint à nous dès le début du projet, dès la phase d’écriture. Il n’est resté que pendant quelques semaines, mais nous a aidés à "semer des graines", comme il dit. Démarrer des projets, c’est le genre de choses qu’il aime faire. C’est un "motivateur d’idées". Brian nous a aidés à tester de nouvelles choses.

La guitare tient une place bien plus importante que précédemment. Comment s’est imposée cette idée?
G.B. – Quand nous avons débuté ce disque, nous avions en tête l’idée de faire un album acoustique très calme. Nous avons beaucoup évolué depuis lors, même si nous avons conservé quelques-unes de ces chansons très éloignées du résultat final. Car nous avons réalisé à quel point nous aimons jouer live, à quel point nous adorons l’énergie des instruments électriques et les différentes techniques de production que nous offraient les gens avec qui nous avons travaillé. Nous avons petit à petit abandonné l’idée de l’album acoustique pour mettre notre guitariste Jonny en avant, monter le volume de son instrument.

Will Champion Jonny a toujours été l’arme secrète du groupe. On a trouvé qu’il était plus que temps que les gens réalisent quel formidable guitariste il est. On a tous eu envie de le mettre en avant cette fois.

La chanson Every Teardrop Is A Waterfall, avec son sample d’un vieux tube disco, est presque de la dance. Avez-vous été surpris vous-mêmes de vous essayer à ça?
G.B. – Nous avons résolument intégré l’influence de la dance ou des musiques urbaines, du hip-hop… En fait, nous sommes entourés d’un environnement musical complètement différent aujourd’hui et il est impossible que tout ça n’ait aucune influence sur nous.

Cet été dans les festivals, notamment à Werchter, vous avez commencé vos concerts par de nouvelles chansons. Pour quelle raison?
W.C. – C’était une manière d’affirmer une intention. Nous n’avions plus joué dans ces festivals depuis quelques années et nous avions en vue la sortie de cet album pour octobre. L’idée de revenir et de ne jouer que des chansons anciennes ne nous paraissait pas très excitante. On voulait de la fraîcheur. Commencer et terminer les concerts avec de nouvelles chansons nous a séduits. Parce que c’est ce dont les gens se souviennent lorsqu’ils sortent du concert: d’un chouette nouveau morceau qu’ils se réjouissent de découvrir sur l’album. On voulait donner une idée forte de ce qui allait arriver.

Vous citez l’art graffiti des années 70 comme une de vos influences de votre nouvel album. Quel lien faites-vous avec votre musique?
G.B – Le graffiti est une forme d’art universelle. C’est quelque chose que chaque individu qui a envie de s’exprimer peut faire. Ce qui nous touche, ce sont les couleurs et les vibrations que peut procurer une peinture urbaine. Pas uniquement celle d’un seul artiste mais les différentes couches superposées que l’on voit dans les villes. Nous adorons vraiment cette esthétique. Et puis, pour nous, la musique doit être très visuelle et nous avons toujours essayé de la lier à cet art graphique.
W.C. – C’est pour ça que nous avons réalisé nous-mêmes la pochette de l’album. Nous avons passé une semaine à peindre, taguer, ajouter des bouts de mails, des mots, des textes de chansons, des inscriptions diverses pour créer notre propre œuvre murale. C’était très physique et très excitant. Souvent, on voit les graffitis dans des endroits très gris et ce sont de véritables explosions de couleurs dans notre environnement. C'est une belle métaphore par rapport à notre musique qui est colorée et touchante.

Etiez-vous en proie au doute lorsqu’il a fallu apporter une suite à "Viva la vida", qui reste l'un des plus gros succès des années 2000?
G.B. – Chacun des albums de Coldplay nous a appris énormément de choses sur nous-mêmes. "X&Y", par exemple, n’a pas été un disque simple à concevoir, mais il nous a permis de nous remettre en question et de pouvoir accoucher de "Viva la vida". Nous avons eu une chance incroyable de vivre tout ça en à peine douze ans et surtout d’être restés si proches. Nous sommes toujours des amis et restons très soudés. C’est ce qui nous importe le plus. Nous sommes fiers d’être restés si proches après toutes ces années.

Le 18/12 au Sportpaleis d'Anvers. Complet.

Découverte de l'album et extraits de l'interview réalisée par Bernard Dobbeleer sur Classic 21 le vendredi 21 octobre.

Paradise

Moving To Mars

Major Minus

Every Teardrop Is A Waterfall

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