Clint Eastwood: Rencontre autour de J. Edgar

Féru de politique (nommé au conseil national de la culture sous Nixon et maire de sa petite ville de Carmel by-the-Sea dans le comté de Monterey où il habite toujours), Eastwood est un républicain historique.

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Il a soutenu Eisenhower, Nixon, Reagan. Mais pas Bush. Aujourd'hui, il avoue être "fiscalement conservateur mais avant tout libertarien". Une philo politique prônant la liberté individuelle. Rencontre autour de J. Edgar.

Gran Torino, Invictus, Au-delà, vos derniers films traitent de sujets fort différents. Pourquoi aujourd'hui vous intéresser à la personne de J. Edgar Hoover?
Clint Eastwood – Parce qu'à mon âge, je n'ai plus du tout envie de me répéter. Et c'était passionnant pour moi de me plonger dans l'histoire d'un homme dont j'avais entendu parler toute ma vie sans jamais savoir qui il était vraiment. Ma curiosité a été éveillée par l'histoire d'un homme, patriote au plus profond de lui et qui a succombé aux excès du pouvoir.

Vous avez côtoyé le pouvoir de très près. Et dans le film, il y a une phrase très forte: "Même les grands hommes peuvent être corrompus". Vous pouvez développer?
Oui, c'est la clé de ce film: le pouvoir absolu corrompt absolument. Je l'ai souvent vu dans la vie. Tout homme qui reste trop longtemps à la tête d'une société devient dangereux. Trop de dossiers, trop de vieilles rancunes, trop de haine. Que ce soit en politique, à la tête d'un studio de cinéma, d'un journal, d'une télévision, d'une société en général.

Après Gran Torino, vous avez laissé entendre que c'était votre dernier grand rôle devant la caméra. Pourtant, vous tournerez bientôt dans Trouble With The Curve. Pourquoi?
Vous savez, ça doit faire quarante ans que je veux être réalisateur à temps plein. C'est une décision que j'ai prise en 1970 lorsque j'ai fait mon premier film (Un frisson dans la nuit). Mais je n'y suis jamais arrivé! Il y a toujours eu un mec quelque part qui m'a proposé un rôle impossible à refuser. C'est le cas de ce film où je jouerai un ex-joueur de base-ball qui part sur les routes d'Amérique avec sa fille. Vous savez, on n'écrit pas beaucoup de bons scripts à Hollywood pour les vieillards de quatre-vingts ans.

Et vous allez tout de suite rempiler avec Une star est née dans lequel vous mettrez en scène Beyoncé?
Oui, il faut rester constamment occupé. Si vous vous maintenez mentalement en forme, le reste suit. Vous savez, j'ai de bons gènes. Ma mère est morte à 97 ans. Et mon père disait tout le temps: "Tu dois constamment apprendre, sinon tu déclines". J'ai toujours adhéré à cette idée.

Quel est le secret d'une carrière aussi longue et riche que la vôtre?
Avoir fait ce que l'on n'attendait pas de moi. Si j'étais revenu d'Italie dans les années soixante dans l'idée de refaire quelques westerns de plus, je me serais fait sortir du business. Mais j'ai pris une autre option. Celle de changer, de me renouveler, de chercher. C'est le secret de la longévité. Il faut savoir se disperser. Mais avec rigueur.

Est-ce que votre éthique de travail a changé durant toutes ces années?
Dans les années cinquante et soixante, j'étais obsédé par mon travail. S'il y a un seul truc qui est bien dans le fait de vieillir, c'est que l'on perd ces obsessions stupides et que l'on accepte avec plaisir de passer plus de temps en famille. Jusqu'ici, j'accepte bien la vieillesse. Beaucoup de gens vivent dans le regret et refusent de vieillir car nous vivons dans une société qui glorifie la jeunesse. Mais je me fous de tout ça. Je vois qu'en Europe, les gens s'inquiètent du recul de l'âge de la pension. Pas moi.

Vous semblez encore hyper-occupé mais que faites-vous de vos loisirs?
Je joue au golf presque chaque jour et j'adore encore descendre une bonne Budweiser. Mais le truc est que je reste totalement passionné par mon travail. Ça garde mon esprit actif et frais. C'est l'idéal à mon âge.

Bruno Lester – IFA
Traduction et adaptation: Jérôme Colin

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