Cirkus Colombia: Tournez manèges!

Danis Tanovic peut être percutant. La preuve avec ce Cirkus Columbia, histoire d'amour délicieusement féroce.

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No Man’s land (oscar du meilleur film étranger en 2001) était un récit de guerre désespéré, Cirkus Columbia serait plutôt une histoire d’amour avec espérance", explique le réalisateur belge d’origine bosniaque. Résumant parfaitement le ton de cette chronique clochemerlesque qui rappelle le ton à la fois cocasse et pathétique du Chat noir, Chat blanc de Kusturica. Où, à partir de personnages truculents et d’amourettes insouciantes, Tanovic tire le portrait d’un village yougoslave qui porte en germe la situation future de tout le pays. Avec une partie des habitants restés fidèles à l'idée d'une Yougoslavie qui mélangerait joyeusement des gens d’origines et de religions différentes. Et une autre qui ne pense qu’à la sécession.

"J’avais 23 ans au moment où a éclaté le conflit. Et j’ai vécu ses prémices. Comment expliquer qu'un ami avec qui j’ai fait les quatre cents coups prenne tout à coup un fusil et me poursuive avec? J’ai vu le visage de la haine, marqué par une soif d’extermination de la différence", explique celui qui s’est engagé dans l’armée bosniaque en 1992 pour y organiser les Archives du film des Forces bosniaques, avant de filer deux ans plus tard vers Bruxelles pour y étudier le cinéma. "Cirkus Columbia fait rire, mais ne prend pas la guerre à la légère pour autant. Je considère ce film comme une lettre d’amour à mon pays et une lettre amère à la génération de mes parents. Responsable de cette boucherie qui a brisé des millions de vies." Comme celles des deux amants de Cirkus Columbia qui, suspendus hors du temps dans une scène finale tourbillonnante, s’offrent un dernier tour de manège avant liquidation.

Cirkus Columbia
Réalisé par Danis Tanovic (2010). Avec Miki Manojlovic, Mira Furlan, Boris Ler – 113’.

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