Chômage, la fin des cadeaux?

En Belgique, chômer serait un art de vivre, encouragé par des allocations accordées ad vitam. Cela pourrait changer. Et pas nécessairement pour les bonnes raisons…

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Le patronat, la Commission européenne, les marchés, la droite, la Flandre… N'en jetez plus, les critiques adressées à notre généreux système social fusent de toutes parts. Il ne devrait d'ailleurs pas sortir indemne de cette année 2011. Sous la houlette d'Elio Di Rupo, les négociateurs discutent budget avec un objectif clair: trouver 11,3 milliards d'économies pour 2012. Une cure d'amaigrissement qui pourrait ne pas épargner les allocations sociales, celles du chômage notamment. Elles seront vraisemblablement plus dégressives: plus ça va, moins on reçoit. Et qui sait si on ne touchera pas à cette exception sociale belge: partout ailleurs en Europe, le versement d'allocations de chômage ne dépasse pas 4 ans (au Danemark). Chez nous, il est, sauf exceptions, illimité.

Aussi révolutionnaires puissent-elles paraître, ces mesures attendues ne devraient pas pour autant créer d'émeutes dans le bon peuple. Si on en croit un sondage de la société de travail intérimaire Tempo-Team, la moitié (49 %) des Belges estiment que nos indemnités actuelles sont trop élevées. Et 78 % accepteraient une diminution de celles-ci quand l'inactivité se prolonge. Après tout, nos voisins ont déjà réagi en ce sens avant nous. L'Allemagne a diminué ses indemnités, l'Espagne a procédé à la suppression des allocations de longue durée et le Portugal a plafonné ses aides sociales. Sans parler de la Roumanie qui a décrété tout d'un coup une coupe sombre de 15 % dans ses allocations de chômage.

Le capital trinque, les chômeurs paient la note

Cruelle ironie: quand les marchés fonctionnent, on taxe les revenus du travail en épargnant le capital. Quand ils dévissent, ce sont les chômeurs qui paient les pots cassés. Pour justifier cela, certains clichés ont force de loi. L'un d'eux veut, par exemple, que plus le droit au chômage se prolonge, plus le chômeur s'y complaît. C'est oublier cet autre constat, beaucoup moins commenté: dans les pays où les indemnités sont fortement limitées dans le temps, les demandeurs d'emploi sont souvent forcés d'accepter le premier job venu. Alors que, sur le long terme, le système belge permet de retrouver des emplois de meilleure qualité.

Un autre cliché souvent brandi dans le débat associe le chômage, surtout francophone, au profitariat. Or, le nombre de sanctions appliquées au nom du principe de suivi des chômeurs a triplé en dix ans. Et on punit désormais deux fois plus dans la partie francophone du pays qu'au nord.

Quant à l'argument du piège à l'emploi que représenterait l'indemnité de chômage – trop élevée, elle dissuaderait de trouver un job, à peine mieux payé -, il ignore que les indemnités perçues par les chômeurs belges dans les premiers mois sont sensiblement moins élevées que dans d'autres pays. C'est d'ailleurs le cas de la plupart des allocations versées en Belgique: elles ne permettent pas à leurs bénéficiaires de surnager au-dessus du seuil de pauvreté, à savoir 973 €/mois pour un isolé. Bon à savoir pour les chômeurs belges qui passeront peut-être bientôt d'un guichet à l'autre, d'un système d'assurance à un régime d'assistance, ou plus symboliquement des marges du marché du travail aux marges de la société tout entière.

Pour 500.000 jobs de plus

Cependant, vu au ras des statistiques, certains des reproches adressés (notamment par le patronat) à notre système d'assurance chômage semblent justifiés. Alors que les systèmes européens voient les allocations baisser de 40 %, les nôtres ne se tassent que de 10 %. En plus de son statut de championne d'Europe (loin devant le Danemark) des parts de PIB consacrées à indemniser les chômeurs, la Belgique ne se distingue pas par un dynamisme particulier, s'agissant de les former ou de leur permettre de (ré)intégrer le marché de l'emploi. Le recours aux prépensions, sport national belge, indique d'ailleurs à quel point notre système s'accommode de l'inactivité.

De même, les efforts consentis pour la formation ou le recyclage des demandeurs d'emploi sont, chez nous, très en deçà des initiatives prises par nos voisins. Les budgets affectés, en Belgique, à ces missions se situent encore sous la moyenne européenne. Ils sont même trois fois inférieurs à ceux investis au Royaume-Uni ou aux Pays-Bas. Alors que des milliers d'emplois sont disponibles, notamment en Flandre, le taux d'emploi belge, en particulier chez les jeunes, est l'un des plus faibles d'Europe. La preuve par l'absurde: récemment, une étude de la KUL indiquait que durant la période 2010-2015, 500.000 postes de travail seraient libérés par les départs à la retraite dus au soudain vieillissement de la population engendré par le papy-boom.

Sur le papier, ce genre d'annonce prend des allures de panacée pour réduire définitivement le chômage, puisque celui-ci, en 2011, tourne précisément autour des 500.000 demandeurs d'emploi. Sauf que, dans les entreprises, personne ne se fait trop d'illusions. En Flandre, notamment, on craint même de graves pénuries de main-d'œuvre dans les années à venir, notamment dans les secteurs des services sociaux, des soins de santé, de l’informatique, des services aux entreprises et de l’horeca.

Comme le soulignent souvent les syndicats, les employeurs, du moins ceux qui veulent bien engager (pour les autres, c'est trop cher), affichent parfois des exigences objectivement trop élevées au moment de recruter. L'écart entre le niveau et la nature de la formation des demandeurs d'emploi et les attentes des employeurs reste un mal typiquement belge.

En attendant, une autre statistique, elle aussi basée sur des projections démographiques, fait frémir: à Bruxelles, en raison d'une natalité annoncée comme galopante, si on ne crée pas 10.000 emplois par an d'ici 2020, la Région comptera 224.000 demandeurs d'emploi. Soit trois fois plus qu'aujourd'hui…

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