Chez Gino: Le parrain, une fois

José Garcia dans un film boiteux mais délirant. Mélange de parodie et d'hommage appuyé au cinéma italien.

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S'il lorgnait vers Jim Jarmusch dans le plaisant J'ai toujours rêvé d'être un gangster, Samuel Benchetrit rend aujourd'hui un hommage déjanté au cinéma italien (Comencini, Fellini, Scola). Un film qui vibre, qui respire, qui sent la vie, qui fait tordre de rire parfois. Malgré ses imperfections. C'est l'histoire de Gino Roma, pizzaïolo ringard (José Garcia, excentrique, absurde et finalement gracieux) qui s'invente une vie de mafieux à Bruxelles pour hériter d'un oncle italien. Il engage d'ailleurs une équipe de cinéma (des bras cassés belges) pour réaliser un faux documentaire sur lui à la manière du Parrain de Coppola. Film qu'ils n'ont même pas vu! Dès lors, tous les délires sont permis, les plus trash comme les plus émouvants.

Il y a en fait deux films dans Chez Gino. D'abord, une suite de scènes parodiques parfois grandioses (fausses scènes de racket et de guerre des gangs à pizza avec un Sergi Lopez délirant). Ensuite, il y a les flash-back oniriques inspirés par le grand cinéma italien. La première scène est un sublime court métrage en soi, baignée d'une lumière sépia diffuse, qui révèle le traumatisme d'une enfance mafieuse (où le petit Gino assiste au meurtre de sa famille). La deuxième scène de flash-back en noir et blanc nous replonge dans le cinéma néoréaliste, avec la délirante Anna Mouglalis, caricaturale, légère et joyeusement extravagante.

Si le film a du mal à reprendre son souffle entre des ruptures de ton parfois abruptes, il réussit le pari d'être à la fois branché (il est quand même dédié à Jean-Baptiste Mondino), poétique, trash et bouleversant. Chez Gino est un film qui fait rire, qui émeut même quelquefois. Tout ça en ne sachant jamais sur quel pied danser. Du cinéma artisanal, élevé à la quatre fromages. Fait main et avec le cœur plus qu'avec le cerveau. Forcément, ça nous a plu!

Chez Gino
Réalisé par Samuel Benchetrit (2010). Avec José Garcia, Anna Mouglalis, Samuel Benchetrit et Sergi Lopez – 100'.

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