Chaque semaine, le compte rendu d’un festival: Fête de la Musique

De belles notes mais aussi des bémols

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Dire que nous avons vibré tout au long de ce week-end de Fête de la Musique serait mentir. En passant d'une ambiance euphorique à une assistance indifférente,  d'une salle archi-bourrée à une esplanade déserte, on a connu  les émotions les plus extrêmes. On est ainsi resté sans voix pendant la prestation de Mélanie De Biasio, mais on a eu aussi presque pitié pour Montevideo et un peu mal pour La Grande Sophie.

La météo maussade et le déménagement de dernière minute de la Place du Palais au Cinquantenaire d'un plateau qui devait constituer l'un des grands moments du week-end n'expliquent pas tout.  Une affiche misant sur la qualité et la quantité, aussi gratuite soit elle,  n'est pas toujours synonyme de succès populaire. 

A l'occasion de son trentième anniversaire qu'elle fêtera l'année prochaine,  la Fête de la Musique doit absolument imposer un vrai nom fédérateur à Bruxelles pour reprendre des couleurs… Ce n'est qu'à ce prix (de plus en cher à payer, il est vrai) que la foule répondra massivement à l'invitation, pluie ou pluie…

Le prix de la critique et du public. Mélanie De Biasio

Tout comme Roscoe et la nouvelle égérie -un peu surfaite- de David Lynch, Chrysta Bell,  Mélanie De Biasio se produisait  à Flagey dans le cadre d'une soirée de créations mise conjointement sur pied par la Fête de la Musique et le Brussels Film Festival. Plus que les projections (des nuages, des particules microscopiques, …), c'est la prestation live de la chanteuse qui nous a bluffés. Dès les premières notes, Mélanie est habitée par sa musique. Une gestuelle bien à elle,   une oreille et une voix en parfaite osmose avec les sons feutrés produits par ses musiciens,  de la grâce et de la retenue dans sa manière d'évoluer sur sène, de la chaleur dans son interprétation  et surtout un style qui n'appartient qu'à elle. Du jazz, elle oublie tout ce qui nous énerve (la prouesse technique, l'élitisme snob). De la soul et du blues, elle ne garde que les contours les plus flous pour imposer au final des compositions originales. Enchaînant ses morceaux comme on raconte une histoire, lançant ici un sourire qui en dit long, là un clin d'oeil à Nick Cave dont elle écoute assidument le dernier album en format vinyle, elle a captivé l'assistance. Un grand moment…. On a la reverra encore beaucoup (le 17/7 aux Francos, le 3/8 à Esperanzah!, le 18/8 au BSF, le 31/8 au Rivirienhof dans le cadre d'une PiaS Nites, le 22/12 à l'A.B.) et c'est une bonne nouvelle.

Le prix de la malchance: Montévideo

Tout à -mal- commencé pour eux à l'Esplanade du Cinquantenaire sur le coup de 17 heures.  Présents au rendez-vous: la pluie, le vent, la grisaille. Absent au rendez-vous: le public. Pourtant Montevideo assure sur scène, garde le sourire et la niaque du combattant. On ne comprend toujours pas pourquoi Jean, le chanteur, s'adresse en anglais aux spectateurs, mais les morceaux sont là. Entêtants, mélodiques et enrichis d'une solide dose d'énergie par rapport aux versions de l'album "Personal Space" paru l'automne dernier.  C'est déjà ça. Après son set, le groupe file à Namur (tout comme La Chiva Gantiva) où il doit se produire sur la place d'Armes en fin de soirée. Leur concert se déroulera une nouvelle fois devant des parapluies , le maigre public présent désertant carrément les lieux lorsque le déluge s'abattra pendant la prestation de La Chiva Gantiva. Comme le chantait Christophe, il y a des jours comme ça "rien ne va".

Le prix de la combativité: La Grande Sophie

La classe! Elle est arrivée sous la drache, elle a vu les spectateurs qui couraient dans tous les sens pour s'abriter sous les arcades ou les arbres du Parc du Cinquantenaire (et le plus souvent pour ne plus revenir), mais elle a tenu bon. "J'ai connu pire à Montréal où nous avons joué pendant une tornade, alors  on ne s'en fait pas. C'est la Fête après tout", a-t-elle déclaré en substance.   Oui, la classe…

Photos: Bernard Babette

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