Cette extrême droite qui tue

Les attentats norvégiens visaient à secouer les masses face à la "colonisation islamique". Des motivations ethniques qui ont déjà, par le passé, engendré de trop nombreux crimes. Passage en revue. La Norvège et l’Europe tout entière ont-elles sous-estimé la menace?

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L’horreur n’est pas venue des extrémistes islamistes, ni de l’extrême gauche. "Même si ces groupes ont été accusés, au fil du temps, d’être les ennemis de notre "mode de vie"", dénonçait dimanche dernier Aslak Sira Myhre, directeur de la Maison de la littérature d’Oslo. L’horreur a surgi de la démence meurtrière, minutieusement préparée, d’un homme qui rêvait, à en juger par la lecture (partielle) de son fumeux manifeste de 1.500 pages, de débarrasser l’Europe du "Marxisme culturel" et de la "colonisation islamique".

Anders Behring Breivik, le suspect en aveux des attentats norvégiens du 22 juillet, désirait même "reformer" une sorte d’ordre des Templiers, dont le but aurait été de "se saisir du contrôle politique et militaire des pays d’Europe occidentale et de mettre en place un agenda politique conservateur". Le "projet" aurait été discuté en 2002 avec huit organisations extrémistes européennes. Dément ou non, Breivik baignait bel et bien dans une idéologie d’extrême droite et s’il n’a pas visé directement les musulmans, il s’en est pris aux travaillistes, coupables, à ses yeux, de tolérer autre chose que les Norvégiens de souche.

Dans les heures qui ont suivi le drame norvégien, les commentateurs ont jugé que l’Europe venait de vivre son moment "Oklahoma". En 1995, Timothy McVeigh, avec l’aide d’un complice, Terry Nichols, faisait exploser une camionnette bourrée d’explosifs au pied d’un building de l’administration fédérale. Avec 168 morts et 500 blessés, il s’agissait, avant les attentats du 11 septembre, de l’attaque terroriste la plus meurtrière de l’histoire des Etats-Unis.

Ancien de la guerre du Golfe, McVeigh entretenait des liens avec les milices néonazies et abhorrait l’Etat américain, qu’il assimilait à une "bête". Cette haine du gouvernement et de l’establishment politique se retrouve aussi dans les écrits d’Anders Behring Breivik. Rapidement après les attentats norvégiens, de nombreux médias ont soulevé une question: la Norvège et l’Europe tout entière ont-elles sous-estimé la menace de l’extrême droite?

Les loups passent aux actes

Il y a deux ans, des responsables du contre-terrorisme britannique prévenaient d’une menace grandissante des "loups solitaires" d’extrême droite. La tactique du "loup solitaire", développée par un Américain, Joseph Tommasi, fondateur du Front de libération national-socialiste (1974), veut qu’un individu opère seul lors d'une action terroriste. Ceci afin d’éviter toute trahison, toute fuite, ou simplement parce qu’il n’appartient à aucun mouvement spécifique. Aujourd’hui, Anders Behring Breivik est qualifié de "loup solitaire", mais il compte, en Europe, quelques funestes prédécesseurs partageant ses penchants idéologiques.

En 1999, David Copeland, un néonazi anglais, ancien membre du British National Party, adoptait cette tactique et posait des bombes à clous dans des communautés gay, noires et bangladaises de Londres, tuant trois personnes et en blessant 129 autres. Quelques années auparavant, Franz Fuchs, un Autrichien engagé dans une campagne contre les étrangers, tuait quatre personnes et en blessait quinze autres avec trois bombes artisanales et une vague de colis piégés.

Plus récemment, en novembre 2010, la police suédoise arrêtait un tireur (surnommé le laserman, en référence à un autre criminel du même type ayant sévi au début des années 90) qui visait, la nuit, des habitants issus de l’immigration, dans les quartiers multiculturels de Malmö. L’homme a été inculpé pour meurtre et sept autres tentatives de meurtre, dans un contexte politique où l’extrême droite venait de glaner 20 sièges au parlement.

L’immigration comme cible

À côté des "loups solitaires", éparpillés dans le temps et dont les liens avec des groupuscules sont plus ou moins forts, des mouvements d’extrême droite se sont distingués, ces derniers mois, par leur usage de la violence. Pour rappel, après plusieurs revers lors d’élections municipales du British National Party, des dizaines d’activistes du mouvement ont délibérément attaqué des rassemblements de syndicalistes ou d’organisations antiracistes. Leur méthode: balancer du verre, des blocs de ciment et des pierres sur la foule.

Autre exemple: au début du mois de mai, dans une Athènes en proie à la crise financière, l’organisation nationaliste grecque Chrysi Avyi a saccagé des magasins et des maisons appartenant à des immigrants, tuant un homme au passage. En Belgique, il y a quatre ans, des militaires belges, flirtant avec des groupes néonazis, étaient arrêtés alors qu’ils préparaient des attentats pour déstabiliser les institutions du pays.

En 2009, le rapport sur le terrorisme d’Europol signalait qu’en Europe, le nombre d’actes criminels commis par des extrémistes de droite demeurait "important" et que les "minorités ethniques" constituaient des cibles de premier plan. En Hongrie, quatre attentats visant des membres du parti au pouvoir ont été fomentés (puis déjoués par la police ou abandonnés) par les "Flèches hongroises". Ce rapport signalait également de nombreuses attaques (avec des morts à la clé) commises contre des romanichels en Hongrie et en République tchèque.

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