Ce soir sur Arte: Lagerfeld confidentiel

L'homme impressionne. Port altier, look de dandy rock, éternels verres noirs masquant le regard et répliques sans concession, rendues plus tranchantes encore par son inimitable phrasé.

20019

L’homme impressionne. Port altier, look de dandy rock, éternels verres noirs masquant le regard et répliques sans concession, rendues plus tranchantes encore par son inimitable phrasé.

Entreprendre un portrait de Karl Lagerfeld était donc un projet pour le moins casse-gueule… Mais le jeune réalisateur Rodolphe Marconi ne s’est pas dégonflé. Sans cacher son admiration pour son sujet, il a fait du temps son principal allié.

Durant plus de deux ans, il a suivi le créateur dans tous ses déplacements, s’est immiscé dans son quotidien, jusqu’à faire oublier sa présence à cet homme solitaire et farouchement indépendant. Le document qu’il a tiré de ses quelque trois cents heures de rushes – rediffusé ce soir à l’occasion de la Fashion Week de Paris – réussit ainsi l’exploit d’approcher l’intime d’une personnalité complexe et secrète. La confiance, la complicité même, qu’il a su instaurer avec Lagerfeld est palpable.

Bien sûr, le directeur artistique de Chanel ne donne à voir que ce qu’il veut bien montrer. Aucune voix off, aucun témoignage ne vient dévoiler une vérité qu’il ne dirait pas lui-même. Mais il joue le jeu, s’amusant des tentatives du réalisateur de capter son regard lorsqu’il déchausse ses lunettes noires. Surtout, Lagerfeld assume tout: son enfance gâtée, sa prétention, son choix de s’en tenir à la surface des êtres, son implacable détermination.

L’homme ne fait pas de quartier. Qu’on le déçoive une fois et le voici qui se sépare sans ambages d’un collaborateur de trente ans. Le pardon ne fait pas partie de sa religion. Son credo, hérité de sa mère, se résume à un sens aigu de la responsabilité. Une philosophie de vie qui fait de Lagerfeld un bourreau de travail que l’on devine aisément odieux, refusant de s’embarrasser de sentiments inutiles. Ce principe semble avoir forgé un individu résolu à ne compter que sur lui. Un esprit en perpétuel mouvement, résolument tourné vers l’avenir. Pas de nostalgie ni de repos pour cet homme qui ne considère rien comme acquis.

Lagerfeld méprise toute forme de laisser-aller, comme dans cette scène tournée lors d’un vol Tokyo-Paris où, mi-moqueur, mi-consterné, il observe ses collaborateurs abandonnés au sommeil. Lui, ne se départ jamais de sa classe légendaire. L’armure se confond-elle avec l’homme ou vient-elle le protéger de quelque démon intérieur? Sur ce point, le doute demeure. « Il vaut mieux survoler avec bienveillance qu’essayer de mettre le doigt sur des choses qui ne vous regardent pas », assène le maître. Mais le survol offre déjà un bien bel éclairage.
Anne-Claire Préfol

4 mars: 20h40 ARTE Lagerfeld confidentiel

Sur le même sujet
Plus d'actualité