Cascadeur, la classe tous risques

Toujours casqué mais moins seul, Alexandre Longo offre un numéro de haute voltige pop avec "Ghost Surfer".

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 Projet solitaire et artisanal lancé en 2005 par le Français Alexandre Longo, Cascadeur a tourné longtemps en orbite avant de toucher sa cible. Boosté par la mini-symphonie Walker, son premier album "The Human Octopus" (2010) révélait un chant en apesanteur, un piano atmosphérique, une pop minimaliste et un artiste tentaculaire se dissimulant sous un casque non intégral et une combinaison cheap achetée au rayon bricolage d'un Auchan local. Avec "Ghost Surfer", copieuse suite (quatorze morceaux pour soixante minutes de musique), Longo poursuit ses acrobaties mélodiques de haute voltige et convie dans son banquet spatial les fantômes de The Korgis, Air, Buggles, Klaus Nomi et Erik Satie.

"Tant sur un plan physique qu'émotionnel, j'ai vécu des choses très fortes ces deux dernières années , nous confie-t-il. Au propre comme au figuré, je me suis transformé en vrai cascadeur. Je devais parcourir seul dans ma voiture de longues distances entre les lieux de concerts. Je prenais des risques. Toujours sur la route, toujours sur le fil, entre des périodes de grande solitude et des moments d'exaltation avec le public. Comme artiste, je sentais que j'étais à la frontière entre l'underground et le populaire. Mais malgré cette reconnaissance, je remarquais aussi qu'il y avait des gens qui mettaient en doute la crédibilité de mon projet, ne voyant dans mon déguisement qu'un gimmick marketing."

 

Entre certitudes et doutes, ombre et lumière, jour et nuit, terre ferme et espace, réalité et rêve, "Ghost Surfer" se nourrit de tous les contrastes. Mais on se rassure, Alexandre Longo et son double Cascadeur ne sont pourtant qu'une même personne. Dans la chanson Scarface, il chante "j'ai peur qu'on me reconnaisse". "J'assume mes paradoxes. Le casque, c'est pour me protéger mais aussi pour qu'on me remarque. Finalement, mon accoutrement permet de me dévoiler tel que je suis, avec toutes mes faiblesses et ma fragilité." A bord du vaisseau Cascadeur, des passagers venus de divers horizons viennent apporter leur conception de la beauté. Des Américains de Midlake à la chanteuse soprano belge Anne-Catherine Gillet en passant par Stuart Staples (la voix de Tindersticks) qui nous fait frissonner sur The Crossing, le casting impose sa classe et toute sa singularité. "Mon premier album "Human Octopus" était plus intime dans son propos, je l'avais conçu un peu comme de la musique de chambre. Avec "Ghost Surfer", je sors de mon territoire. Pour composer, je me suis beaucoup inspiré de l'Odyssée d'Homère. J'ai demandé aux différents protagonistes de rentrer dans la peau d'un personnage: fantôme, sirène, monstre…"

En conviant le Christophe des Mots bleus sur le magique Collector qui clôture – en français – son album, Cascadeur réalise un vieux rêve. "Bien avant mon projet Cascadeur, les gens à qui je faisais écouter ma musique évoquaient le nom de Christophe. Sans l'avoir écrite en pensant à lui, Collector lui va comme un gant. Cette chanson évoque le collectionneur qu'il est dans la vie, son obsession pour le monde de la nuit et sa passion cinématographique. En fait, ce n'est pas une chanson, c'est une mise en abyme."

Le 16/5 aux Nuits Botanique.

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