Cannes: A perdre la raison: Mal de mère

Joachim Lafosse bouleverse la Croisette avec une chronique sociale inspirée de l'affaire Lhermitte et du quintuple infanticide de Nivelles. Magistral.

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Allongée sur un lit d'hôpital, intubée, une jeune femme murmure : « Au Maroc, il faut les enterrer au Maroc ».

Le plan d'après, quatre petits cercueils blancs sont chargés dans un avion. Comment en est-on arrivé là ? Le film reconstitue l'itinéraire mental féroce qui a mené une jeune femme au crime ultime, au meurtre de ses propres enfants.

L'histoire d'une jeune amoureuse, devenue mère trop vite, et trop souvent, peu à peu étouffée par la situation perverse dans laquelle elle vit, entre son mari et son médecin généraliste qui les héberge et les manipule. Face à face, un trio d'acteurs au cordeau. Deux acteurs d'Audiard (Tahar Rahim et Niels Arestrup) et une Emilie Dequenne véritablement transcendée par son rôle de mère perdue, entre l'état de grâce, l'abandon total et la folie pure.

Quatorze ans après Rosetta, elle livre une performance exceptionnelle à nouveau digne du prix d'interprétation cannois.

Au delà des polémiques autour de l'adaptation du fait divers atroce qui a traumatisé la Belgique en 2007, il faut dire que Joachim Lafosse signe son meilleur film et livre l'un des chocs du festival. Après Nue propriété et Elève libre (qui traitaient aussi de la perversion et de la manipulation), l'un des plus talentueux réalisateurs belges est enfin arrivé à maturité pour s'emparer d'un sujet aussi difficile que l'infanticide. Un choc émotionnel et moral, une magistrale leçon de mise en scène, une oeuvre quasi mythique dont on ne ressort pas indemne. JG

Sortie en salles le 30 mai.

A perdre la raison
réalisé par Joachim Lafosse (2012). avec Emilie Dequenne, Tahar Rahim, Niels Arestrup.

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