[CANNES – Compétition] Saint Laurent de Bertrand Bonello

Au rayon biopics, cette année cinéma a été placée sous le signe d'Yves Saint Laurent. Une première fois il y a quelques mois avec le film de Jalil Lespert, dans le quel Pierre Niney interprétait le rôle du couturier et Guillaume Galienne, celui de son amour de toute une vie Pierre Berger. Et puis, aujourd'hui en compétition au festival de Cannes.

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 Avec le film de Bertrand Bonello (Le Pornographe, L'Apollonide) mettant en scène un autre duo de choc: Gaspard Ulliel et notre Jérémie Renier national dans les rôles principaux, auxquels il faut ajouter la présence de Léa Seydoux dans un personnage très en recul (Loulou) mais parfaitement maitrisé.

Accueilli moyennement ici à Cannes (quelques applaudissements nourris mais pas l'ovation à laquelle on était en droit de s'attendre), le film de Bonello diffère largement de celui de Lespert (nous avons clairement préféré celui-ci, moins en surface, plus tortueux, plus torturé). Car Bonello, s'il rend hommage à ce génie créatif qu'était Yves Saint Laurent, il n'hésite pas non plus à égratiner cet homme qui cherchait par tous les moyens à s'extirper du ici et maintenant: à travers le travail bien entendu. Mais aussi les drogues, l'alcool, la nuit, et des histoires d'amour aussi anxiogènes que passagères.

Situé en plein coeur des années septante, le film de Bonello montre donc le génie fulgurant de Saint Laurent, son obsession pour la "nouvelle" femme alors en train de naître. Mais appuie aussi trop sur ses diverses dépendances, particulièrement à la drogue, aux médicaments et à l'alcool. Des scènes sulfureuses auxquelles on s'attendait avec Bonello, on n'a finalement rien vu. Si ce n'est une scène qui restera d'anthologie: Ulliel (Saint Laurent) s'avançant totalement nu, le sexe à l'air, vers Pierre Berger en véritable Apollon. Youtube chauffera, c'est certain. Saint Laurent s'affiche donc dans la solitude au cours des deux heures et demie de film (il aurait pu être plus court), disant d'ailleurs: "Je n'ai plus de concurrence, c'est bien mon drame. J'ai créé un monstre et maintenant, je dois vivre avec."  Décadence d'une décennie folle, doutes, obsession, on retiendra du film une réelle noblesse cinématographique, une longueur inutile, des répétitions trop appuyées. mais aussi une bande son cinq étoiles (Velvet, Screamin Jay Hawkins), l'hommage rendu aux couturières et aux petites mains derrière le génie et une performance hallucinante de Gaspard Ulliel qui franchit ici un nouveau plateau. Le mot de la fin va à Saint Laurent: "J'ai mené le combat de l'élégance et de la beauté. Et pour cela, je suis passé par bien des angoisses…"

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