Cannes 2013: On a vu Suzanne (ouverture Semaine de la Critique)

Séance de rattrapage pour Suzanne, qui a ouvert la Semaine de la Critique le 18 mai. Parce qu’il le vaut bien.

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Parce que derrière une histoire qui aurait pu touiller jusqu’à l’os la soupe miteuse du misérabilisme, Suzanne reste un film solaire, léger, plein d’espérance. Et subtil.

 

Parce que cette histoire de famille, eh bien, c’est un peu la nôtre.

 

Il y a un père qui rame pour éduquer ses deux gamines, depuis la disparition  de la mère. Suzanne et Maria, les deux frangines, s’entendent comme les meilleurs doigts de la main, ceux qui se serrent très fort l’un contre l’autre pour mieux résister aux intempéries de la vie. Comme le bébé qui pousse dans le ventre de Suzanne. Ce qui a l’art de mettre son père, un papa si gauche, mais si aimant, dans tous ses états. 

 

Quillévéré regarde vivre cette famille avec la tendresse infinie et la pudeur des gens vraiment beaux à l’intérieur. Le père dépassé gifle sa fille, Suzanne s’enchaîne au premier amour jusqu’à perdre pied, Maria la jeune et incandescente Maria ne reconnaît plus sa sœur ; mais pas un instant la réalisatrice ne pose de jugement sur ses personnages. Elle les aime et nous les fait aimer, sans la moindre manipulation. Son regard est naturaliste. Sa caméra capte avec la même vérité les moments de complicité et de rire que les douleurs intimes.

 

Usant d’ellipses qui renforcent notre implication dans l’histoire, la cinéaste touche souvent juste. A nous de remplir les trous du récit… et de participer à la vie de famille.

 

Chronique sociale et récit romanesque étalé sur deux décennies, Suzanne permet à Sara Forestier de nous éblouir, aussi crédible en fille-mère de 16 ans qu’en Bonnie frenchie de 28 ans scotchée à la vie à la mort à son Julien/Clyde.  Damiens quant à lui n’a sans doute jamais été aussi bon dans le registre dramatique.  Adèle Haenel, elle, crève l’écran à chacune de ses apparitions.
Un beau petit film!

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