Cannes 2013: On a vu: Ma vie avec Liberace de Soderbergh

Ma vie avec Liberace a été projeté sur la Croisette mardi, mais il est intéressant de l’évoquer au moment où le tapis rouge accueille le merveilleux La vie d’Adèle de Kechiche, tant les deux films se répondent de part et d’autre de l’Atlantique.

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L’un, français, le meilleur, Palme d’or sinon palme du cœur (tant c’est un déchirement que de le quitter après trois trop petites heures de projo !), parle d’amour et de sexe entre filles sur une période de quelques années.

 

Le présent Beyond the Candelabra évoque les dernières années – durant les seventies – du pianiste excentrique Liberace  et sa relation amoureuse avec un beau jeune benêt blond (Damon au top!) qui ne tardera pas à devenir son confident, son ami, son secrétaire, son sex-toy puis son amour,  sa muse.

 

Soderbergh, pas tout à fait réchappé de sa patte clinquante Ocean’sEleven filme cette relation interdite (pour se cacher, Liberace s’inventait les conquêtes féminines les plus farfelues) comme un hold-up amoureux à Las Vegas. Ça scintille, ça brille de mille paillettes, c’est léger, futile, mais pas tant que ça. Car grâce à ses deux acteurs qui n’hésitent pas une seconde à y casser leur image de beaux mâles hollywoodiens puissamment hétéros, son faux biopic dépasse vite le cadre de la vacuité apparente de Liberace.

 

Lequel est présenté sous toutes ses facettes, sans oublier sa part d’ombre de roi absolu régnant sans partage  sur son palais rococo. Ce showman invétéré qui arrivait sur scène dans une Rolls Royce dorée, ce personnage plus grand que nature dont l’excentricité allait influencer les Elton John, Madonna et Lady Gaga d’aujourd’hui, est interprété avec une gourmandise rare par un Douglas trop content de « mettre un doigt à ces vertueux crétins qui sont parvenus à empêcher le film de sortir aux Etats-Unis », comme il dit.

 

Anti-La Cage aux folles malgré de très nombreux moments d’humour et des dialogues à casser sa biscotte de rire, le film transcende largement son étiquette étriquée de « gay movie », même s’il nous invite dans le lit et le jacuzzi de ses deux amants. Il évite aussi les balises lourdingues des films militants façon Harvey Milk pour se centrer quasi exclusivement sur l’histoire amoureuse et les vicissitudes de la vie de couple.

 

Ma vie avec Liberace, c’est  la bulle d’air de cette compétition officielle. Et qui dit bulle dit champagne, Cannes, légèreté. Mais sous le vernis des paillettes et d’un monde si superficiel et léger, toujours la solitude, cette insondable solitude.

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