Cannes 2013 Jour 7 : La Grande Belleza, un grand film cynique et une déclaration d’amour à Rome

A 44 ans, Paolo Sorrentino, le réalisateur italien le plus virtuose de sa génération raconte la grande mascarade de la vie (« après tout, la vie n’est qu’un truc »), dans un film d’une beauté visuelle à couper le souffle.

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A travers le personnage de Gep Gambardella, un écrivain mondain qui a perdu l’inspiration (génial Toni Servillo), Sorrentino nous fait pénétrer dans les fêtes décadentes de Rome, où ne brille que la vacuité de la vie.

 

Citant Flaubert, d’Annuzio, Moravia, Proust ou Céline, le personnage de Gep nous réjouit par son cynisme (« je ne voulais pas seulement être le roi des soirées, je voulais avoir le pouvoir de les gâcher), et sa férocité pour juger la nature humaine.

 

Peuplé de personnages fous, felliniens (une éditrice naine à cheveux bleus, une performeuse qui se jette la tête contre les murs, une enfant star qui peint de grandes toiles en jetant des pots de peinture qu’elle étale, une mère Thérésa centenaire au sourire mortel, une strip-teaseuse malade, un cardinal mondain), le film se regarde comme une grande satire de la société-spectacle. L’art contemporain, comme la religion ou même les liens familiaux, ne proposent que des fausses pistes.

 

Seule la beauté subsiste. Troué de visions esthétiques et baroques (visages des statues de la Renaissance dans les ruines de Rome, présence d’animaux rares, girafes ou flamants roses en migration sur fond de musique d’opéra, visions nocturnes du Colisée…), le film se perd parfois dans les digressions ; mais réussit à ne jamais perdre le point de vue de Gep, grand personnage cynique au cœur de la grande mascarade.

 

Après Il Divo et This Must be the place, Sorrentino est assurément en lice pour la Palme d’or de la mise en scène.

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