Cannes 2013: Alejandro Jodorowsky

« Le cinéma permet de changer nos souvenirs. » 

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Après 23 ans d’absence, le réalisateur franco-chilien Alejandro Jodorowsky revient au cinéma avec La Danse de la réalité, une évocation magique de son enfance chaotique, présenté à la Quinzaine des réalisateurs.

 

Salué à Cannes comme « le dernier roi du cinéma » par Nicolas Winding Refn (Drive, Only god forgives), le réalisateur culte de Fando et Lis et La montagne magique livre un film autobiographique et fellinien en forme d’exorcisme familial : « J’ai quitté le Chili à 23 ans pour fuir mes parents, je ne les ai jamais revus. J’ai appris la mort de mon père par la presse. J’ai fait ce film pour me réconcilier avec eux. Pour réaliser leurs rêves. Mon père était communiste, il aurait voulu assassiner Allende ; ma mère aurait voulu être chanteuse d’opéra. Ils n’ont rien été de tout cela. C’est moi qui l’ai inventé. Mais tout le reste est vrai Le cinéma permet de changer nos souvenirs. »

 

« Jodo » nous trimballe donc dans le Chili de son enfance, entre un père violent fan de Staline et une mère névrotique vendeuse de sous-vêtements. Qui soigne son père de la peste en lui pissant dessus, ou qui danse nue devant son fils couverte de cirage noir. Utilisant la pellicule comme la psycho-magie qu’il affectionne « Jodo » exorcise ses démons familiaux et cinématographiques.

 

Si le film se perd un peu dans ses évocations mystiques, il se regarde pourtant comme le dernier testament d’un cinéaste libre. « Je suis un artiste, pas un business man. J’ai toujours travaillé contre l’industrie. Le cinéma et moi, c’est David contre Goliath. Mais je m’en fous. J’ai 700 000 fans sur twitter ! »

Adulé par la nouvelle vague du cinéma moderne (de Nicolas Winding Refn à Gaspard Noé), « Jodo » fait l’objet sur la Croisette d’un documentaire sur son grand projet avorté, l’adaptation du roman SF Dune de Frank Herbert (avec des décors de l’illustrateur Moebius disparu en 2012) – finalement réalisé par David Lynch. Réalisé par le new-yorkais Frank Pavich, le film Jodorowsky’s Dune est aussi présenté à la Quinzaine.

 

« Le film de Lynch était mauvais, mais c’est pas de sa faute. C’est le producteur De Laurentiis qui a tout gâché. Un jour j’aimerais bien faire un film d’animation sur Dune, à partir des dessins de Moebius, mais sa femme nous emmerde pour les droits. » lâche-t-il.

 

Mais ce ne sont pas les regrets qui rongent le réalisateur de 84 ans, qui vit aujourd’huià Paris : « Je n’ai aucun regret. Seul le présent compte. J’ai fait des erreurs dans la vie. Mais j’ai toujours cherché à les réparer. Avec mes fils au début j’ai été un mauvais père. Mais maintenant notre lien est indestructible. Nous sommes un clan. Et mes trois fils sont devenus des créateurs. » La preuve avec ce film baroque et délirant réalisé en famille, avec Adam à la musique et Brontis dans le rôle du père d’Alejandro.

 

Bande annonce – La danse de la réalité

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