Cabu: « Quand je sens pointer le Beauf en moi »

Triste coïncidence de calendrier, cette interview de Cabu, réalisée quelques jours est parue dans le Moustique le même jour que ce funeste mercredi. Il nous parlait de l'intégrale du "Beauf" et de... Dorothée.

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Raciste, râleur et bas de plafond, le Beauf est son personnage culte. L'intégrale vient de paraître.

Quel a été votre modèle pour inventer le personnage du Beauf? Y a-t-il un beauf initiatique?

Oui. Le patron du Café du marché à Châlons-sur-Marne, là où je suis né. Plus tard, je suis retourné avec une équipe télé dans ce bistrot qui était tenu par le fils du patron et quand on lui a dit que son père avait inspiré le Beauf, il a répondu: "Le quoi?" C'est là que je me suis aperçu que les beaufs ne savent pas qu'ils sont des beaufs…

Et dans votre famille? Il y a du beauf? Votre père? Votre beau-frère?

Non, mais un lointain cousin qui était vraiment bête et arrogant.

Est-ce que dans la société française, il y a eu un âge d'or du beauf?

(Rire.) L'âge d'or, malheureusement, ce serait plutôt aujourd'hui. J'ai l'impression qu'il y en a de plus en plus, on les voit et on les entend plus car ils osent dire ce qu'ils n'osaient pas dire il y a vingt ou trente ans. Dans le registre de la xénophobie, ils n'osaient pas vraiment dire tout haut qu'ils n'aimaient pas les Roms ou les Arabes. Maintenant, ils se lâchent.

Le beauf est-il une spécialité française?

Non, le beauf est international. J'ai voyagé au Japon, en Chine et j'ai vu des beaufs. En Chine, par exemple, ce sont les parvenus, les nouveaux milliardaires. En France, ils appartiennent surtout à la classe moyenne.

Le beauf serait donc l'espéranto de la connerie…

(Rire.) C'est vrai.

Quel est le beauf ultime? Le beauf d'or?

Jean-Marie Le Pen. Même s'il parle un peu trop bien, mais ses idées quand même sont celles d'un beauf.

Sommes-nous tous le beauf de quelqu'un?

Oui. Moi-même, si je conduisais, je serais un beauf au volant. Et puis quand on parle avec énervement, par phrases toutes faites, on peut facilement être beauf…

A force de le dessiner, n'avez-vous quand même pas un peu de sympathie pour votre beauf?

Peut-être, oui, mais j'essaie quand même de me rapprocher d'un autre de mes personnages, le Grand Duduche. Quand je sens le Beauf pointer en moi, je me rapproche du Grand Duduche.  

Le Grand Duduche que vous dessiniez dans Récré A2, l'émission de Dorothée. Vous la voyez encore, Dorothée?

Oui, au moins deux fois par an. Elle s'est retirée en Normandie, elle ne fait plus rien. Quand elle est passée d'Antenne 2 à TF1, je n'ai pas voulu la suivre car je devinais que sur TF1 ça allait être dur. Et puis il y avait trop de pubs. 

L'INTEGRALE BEAUF, Cabu, Michel Lafon, 320 p.

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