« Bruxelles? Pas comme sur des roulettes »

Sale, mal conçue, moche: les critiques pleuvent sur la Belgique et Bruxelles. Depuis un incident entre François Colinet, un jeune journaliste en fauteuil et Eurostar, elle serait, en plus, discriminante envers les handicapés. Le point avec l'intéressé.

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En voyant François qui nous accueille sur le pas de sa porte, on ne peut être que d’accord avec cette maxime. La veille, il s’est fait percuter par une voiture…

Qu’est-ce qui s’est passé hier soir?
François Colinet – Depuis sept ans, je me déplace en fauteuil roulant électrique, un petit scooter trois roues, qui me permet d’aller de chez moi à mon boulot, ou chez mes parents. Et là, dans chacun des lieux que je fréquente, j’ai des chaises roulantes manuelles qui m’attendent. C’est la seule solution… Avant, je prenais les transports en commun et je pourrais vous raconter toutes les difficultés que j’ai eues: faire accepter aux chauffeurs que je prenais le bus tout seul, demander aux gens de m’aider à monter ou à en descendre parce que le chauffeur n’est pas autorisé à le faire. Evidemment, les trams avec les barres derrière les portes, ce n’était pas possible, la plupart des stations de métro n’étaient pas adaptées…

Et donc vous vous êtes mis au scooter.
Au départ, je n’en voulais pas: je trouvais ça très stigmatisant, ça faisait fort "je suis handicapé". Mais face aux difficultés, j’ai dû m’y résoudre. Et j’ai bien fait: quelle liberté! Donc, du point de vue du code de la route, je suis considéré comme un cycliste: je ne peux pas rouler sur les trottoirs et je dois emprunter les pistes cyclables, là où il y en a. Et là où il n’y en a pas, j’emprunte la route. Et hier à un carrefour, j’étais clairement engagé lorsqu’une voiture a surgi sur la droite et m’a chopé à l’arrière de mon scooter à au moins 60 km/h, je dirais. J’ai fait un vol plané et j’ai atterri sur le sol, l’arrière de mon scooter est complètement détruit. Et le miracle, c’est que je n’ai rien eu à part une plaie à la tête, des égratignures et une grande frayeur a posteriori.

Bruxelles, du point de vue des handicapés, c’est comment?
Si vous m’aviez posé la question il y a dix ans, je vous aurais dit: l’enfer! Les pavés, les graviers, les bordures, les métros et les trams qui n’étaient absolument pas accessibles, les taxis qui étaient une horreur et qui restent une horreur même si maintenant il y a 40 taxis adaptés… Quand on appelle et que l’on demande un taxi pour dans une heure, on vous répond: "On sera là entre 15 minutes et deux heures". Ce n’est pas faisable. Ça reste très problématique. Mais Bruxelles est contrastée, parce que ça a bien bougé: maintenant 35 % des stations de métro sont adaptées. Au niveau des endroits culturels, il y a un vrai travail qui a été fait. A l’AB, on est bien reçus, à Forest National, on est bien reçus, au Cirque Royal on est bien reçus, aux Halles de Schaerbeek, maintenant, ça va… Par contre, les cinémas, c’est une catastrophe, comme les bars et restos où les toilettes sont généralement aux sous-sols…

Y a-t-il des règlements en la matière, ne doit-on pas aménager ces lieux destinés au public en les rendant accessibles à tous?
Oui, bien sûr, il y a la loi fédérale sur les "aménagements raisonnables" promulguée en 2001 dans le cadre des lois antidiscrimination qui obligent les personnes qui rénovent ou qui construisent des bâtiments destinés à abriter des activités fréquentées par le public à les rendre accessibles à tous. Ce sont de très belles lois, traduites par ailleurs dans les législations régionales. Mais qui a le temps, l’énergie et l’argent pour les faire respecter?

Elles ne sont donc pas respectées?
Ah, mais non, bien sûr que non… UGC vient de rénover ses cinémas dans la galerie Toison d’Or. Et je peux vous dire que la majorité des salles ne sont pas accessibles… Si je voulais, je pourrais les attaquer en justice…

Vous n’avez pas envie de le faire?
Envie, oui. Mais ce genre de combat est épuisant. Ce que j’ai fait par rapport à Eurostar, créer le buzz, coécrire un article, donner quelques coups de fil pour dénoncer le fait qu’un handicapé ne peut pas voyager, etc., ça peut paraître simple, mais c’est épuisant. Surtout nerveusement. Parce que c’est prendre une claque d’abord, puis c’est réagir et ensuite s’exposer. Et s’exposer en chaise roulante, ce n’est pas quelque chose qui est forcement agréable. Je voudrais en faire plus et j’en ai déjà fait pas mal. Mais je ne veux pas être réduit à ces combats, je ne veux pas être le "chieur de service". Avant tout, je suis un homme, un journaliste, un fils, vous voyez? Et pas "le handicapé qui emmerde son monde". Mais qui a des relais comme moi dans la presse? Vous savez, il y a des milliers de personnes qui vivent cloîtrées chez elles…

[…]

Article complet dans le Moustique du 5 juin.

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