A Bruxelles avec Freddy Thielemans (PS)

Comment un candidat bourgmestre vit-il ses derniers jours de campagne? On en a suivi quatre à la culotte. 

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À 68 ans, le bourgmestre socialiste reste hyper-populaire, des Marolles à la rue Dansaert. Son rêve d’un troisième mandat sera-t-il exaucé? À Bruxelles-Ville, le jeu des coalitions est plus ouvert que jamais…

Gros ceinturon de cuir et bottines aux airs de santiags restent bien planqués sous le costume trois pièces. Ce dimanche midi, Freddy Thielemans se la joue moins complice des motards que maïeur d’envergure européenne. Au Vieux Saint-Martin, resto snob du Sablon, il s’enfile un américain-frites entouré des maires de Rotterdam et de Vienne, socialistes venus soutenir leur ami. Laurette Onkelinx, vice-Première au fédéral et candidate schaerbeekoise, débarque à son tour, tout sourire pour doper elle aussi le capital électoral de l’ami Freddy. L’opération de séduction a commencé: dès leur sortie de table, la bande est accueillie par un ballet de caméras et de photographes. L’espiègle moustachu saisit l’épaule de son alter ego rotterdamois: "Je vous présente le plus gros port d’Europe!"

Baudouin Remy du JT de la RTBF est d’humeur moins légère: "Vous ne trouvez pas ça indécent de déjeuner dans la brasserie la plus chic du quartier, alors que plus loin se tient une manifestation contre l’austérité?" Un scud que feint d’ignorer le candidat pressé. A deux pas, dans le préau d’une école, l’attendent deux cents militants et sympathisants réunis en meeting. Objectif: les remonter à bloc pour la dernière ligne droite.

L’Internationale retentit. Tout en nous répondant, Nicolas Dassonville, porte-parole du bourgmestre, garde les yeux scotchés sur la scène. "En dix minutes, il a parlé sept langues différentes. Ça, ça continue à m’épater. Bon sinon, je le connais par cœur. Quand il commence une phrase, je sais comment il va la terminer." Pourtant, le boss ne lit pas de discours. Le texte qu’on lui prépare lui sert juste de fil conducteur. "Parler à la presse, c’est un exercice délicat, confie le candidat entre deux accolades avec des camarades ravis. La moindre erreur peut prendre des proportions incroyables. Alors, je reste d’une prudence de Sioux sans verser dans la langue de bois, parce qu’il faut oser dire ce qu’on pense." Il ne croit pas si bien dire…

Bad buzz

Le lendemain matin, il fait involontairement le (bad) buzz à travers tout le royaume. Quelques jours plus tôt, lors d’un débat public, il s’est dit favorable à une réflexion sur le boom démographique dans la capitale. Dans une campagne assez morne jusque-là, surgit l’image explosive – bien qu’inexacte – d’un bourgmestre adepte d’une législation à la chinoise pour limiter les naissances avec, comme cible à peine voilée, les familles d’origine étrangère. Thielemans, chantre de la tolérance et de la liberté, a beau crier à la déformation outrancière de ses propos, la machine est lancée. "C’est un malin, le Freddy. Il l’a fait exprès pour caresser les électeurs des libéraux dans le sens du poil", pense dur comme fer ce journaliste aguerri. Un autre, plus clément, estime que "même si l’affaire a ouvert un boulevard aux autres candidats, elle s’est transformée en vrai sujet journalistique sur le défi démographique".

Cette affaire, qui interfère dangereusement dans la campagne, s’invite à la session de "chat" à laquelle la tête de liste PS se prête lundi midi à la rédaction de La Libre Belgique. Malgré la pression, Thielemans ne se laisse pas démonter. "Il gère plutôt bien", confirme Christian Laporte, journaliste venu interviewer l’homme du jour en plein débat avec les internautes. Et pourtant, Dieu sait qu’il n’aime pas ça. "Le contact avec les citoyens par internet, je n’adore pas, ça déshumanise."

La carte nostalgie

On le retrouve donc plus à l’aise, mercredi après-midi, dans une opération de porte-à-porte auprès des commerçants de la rue Marie-Christine, artère hyper-populaire au cœur de Laeken. "C’est le serrage de mains comme sport de combat", résume l’un des accompagnateurs. Sous le crachin, Thielemans fait son Freddy, jouant habilement la carte de la nostalgie. "C’est ici que je suis né et je n’arrive pas à me faire au centre-ville. Avec ma femme, on se demande si on ne va pas se réinstaller dans le coin", confie-t-il à un boucher tout sourire, avant de poser avec lui pour une photo souvenir. "Cet exercice me met parfois mal à l’aise, parce que c’est un peu artificiel. Mais bon, ça fait partie du jeu", lâche-t-il avant de s’engouffrer dans sa grosse berline allemande.

Direction une autre étape obligée: les plateaux de télé. Hier midi, il participait à Qui sera le maïeur? sur La Une, en compagnie des têtes de liste rivales. Le voilà ce soir de retour à la RTBF pour un grand débat mélangeant les villes et les enjeux. Dans l’espace VIP où la concentration de ténors au mètre carré donne le tournis, Freddy Thielemans semble anxieux et coincé. "Il n’est pas tendu, il est crevé", rectifie son fidèle Nicolas. Sauf qu’à l’antenne, il est bien plus serein. Fin du débat. Le conseiller en communication part féliciter son boss. "Au boulevard de l’Empereur, ils t’ont trouvé super."

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