BRNS, les portes de la gloire

Sensation belge et déjà phénomène international, le groupe bruxellois projette en quatre majuscules sa vision décomplexée de la pop en imposant une démarche atypique. On se lève tous pour BRNS!

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A quelques jours de la sortie de son premier album, BRNS (prononcer "Brains") est déjà sur toutes les lèvres. En Belgique, d’abord, on fait valoir les qualités du quatuor en français et en néerlandais. Fait rare pour une formation francophone, BRNS a déjà réussi à s’imposer des deux côtés de la frontière linguistique. Ailleurs, en France, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Angleterre et même jusqu’en Russie, les quatre consonnes se sont hissées au top de la pop. Depuis le succès de dEUS et Girls In Hawaii, jamais un groupe d’ici n’avait porté ses chansons aussi loin sur le continent. Oui, avant même de signer ses véritables débuts discographiques avec "Patine", BRNS a déjà une partie de l’Europe à ses pieds.

Cet engouement sans précédent trouve ses origines aux racines du projet. "On s’est toujours positionnés dans une optique de développement", explique le bassiste et claviériste Antoine Meersseman. "De nombreux musiciens s’arrêtent à la question du cachet. Avec BRNS, on a accepté de jouer pour quelques pièces dans les pays de l’Est, par exemple. On considère que chaque concert à l’étranger nous permet d’aller plus loin. C’est un processus assez lent. Il faut savoir se montrer patient. À chaque fois, c’est un pari. On n’est pas du tout dans une logique de rentabilité. Dès qu’un nouveau territoire s’offre à nous, on fonce. Si un public t’attend quelque part, pourquoi ne pas y aller?" Aventureuse et indépendante, cette démarche symbolise parfaitement la détermination affichée depuis les débuts par ces quatre garçons qui ont pris le temps de se construire une image et un son.

De Mexico à l’Olympia

L’histoire de BRNS est un conte moderne, forcément connecté à l’époque et ses réseaux sociaux. A l’été 2011, le groupe finalise ses trois premières chansons et les glisse sur YouTube. Dans la foulée, un mec s’excite derrière son écran. Xavier Daive est programmateur à l’Atelier 210, une salle de spectacles de la commune d’Etterbeek, et il n’en croit pas ses oreilles. Surtout, le garçon tombe sous le charme du morceau Mexico. Séduit par cette avalanche d’harmonies vocales, de refrains excentrés et de rythmiques excentriques, il contacte les musiciens et, sur le coup de l’émotion, leur propose un deal: enregistrer les trois titres sur vinyle.

"A l’époque, on avait seulement ces chansons, rien de plus , raconte le guitariste Diego Leyder. On a accepté la proposition. Je pense qu’on a eu raison: cet enregistrement nous a véritablement servi de rampe de lancement." Vendu et épuisé en quelques semaines, le disque attise la curiosité des pros et attire l’attention des radios. La musique de BRNS se retrouve propulsée sur les ondes et, de Bruxelles à Paris, suscite un incroyable emballement médiatique. Pour répondre à la demande, le groupe compile hâtivement sept compos sur "Wounded", un mini-album qui voit grand.

A partir de là, BRNS va s’imposer un rythme de marathonien, enchaînant près de 200 dates de concert en trois ans. De cafés malfamés en clubs super-branchés, de petits festivals en géants estivaux (Pukkelpop, Les Vieilles Charrues, Dour ou Paléo Festival), la formation se taille une réputation de bête de scène. Entièrement convaincus par les prestations cinq étoiles des Bruxellois, les compatriotes de Girls In Hawaii les invitent même en ouverture de leur concert parisien à l’Olympia. Officiellement, BRNS n’a jamais arrêté de tourner.

C’est tellement vrai qu’on en vient à se demander à quel moment les garçons ont trouvé du temps pour enregistrer leur premier album. "En réalité, ce sont les tournées qui ont amené les nouveaux morceaux, révèle Timothée Philippe, batteur métronomique et chanteur à la voix atmosphérique. Quand on a commencé à jouer à l’étranger, on disposait seulement de quelques chansons. Le problème, c’est que les programmateurs des salles de concerts nous demandaient de jouer un show d’une heure. On s’est donc efforcés de composer de nouveaux titres pour allonger la durée de nos sets."

"L’atmosphère des morceaux a beaucoup évolué , note Antoine Meersseman. Avant, on était systématiquement dans quelque chose de frontal. Aujourd’hui, nos chansons reposent sur des structures plus sinueuses. Pour nous, c’est une véritable prise de risque parce qu’on a construit notre réputation sur des prestations scéniques musclées, souvent focalisées sur l’énergie et la puissance de frappe." Pour assembler les morceaux de "Patine" et créer une harmonie d’ensemble, le groupe s’est tourné vers le méticuleux producteur Staf Verbeeck, explorateur du son à qui l’on doit notamment la découverte des premiers trésors de dEUS. Les douze chansons du premier album de BRNS s’épanchent ainsi dans un tourbillon de mélodies aériennes, de décharges électriques, de chœurs solennels et de refrains scandés comme les slogans d’une révolution pacifique.

Comme pour mieux brouiller les pistes, BRNS s’infiltre sur les sentiers balisés par les autres (Alt-J, Animal Collective) pour imaginer un disque parsemé d’expériences hallucinantes (Void,Behind The Walls) et d’explosions de joie (My Head Is Into You,For Now,Slow Heart). Sur la pochette de "Patine", on peut observer un étrange phénomène, une sorte de tectonique de plaques métalliques: une œuvre oxydée et intrigante. "On a donné carte blanche à un graphiste, indique César Laloux, touche-à-tout et percussionniste foufou. "Il a écouté nos chansons et est parti sur une création autour du métal et de sa corrosion. La patine, c’est l’empreinte du temps sur un matériau." Ce travail naturel de la matière prend ici tout son sens au contact de la musique. En moins de quatre ans, BRNS a, en effet, réussi à faire son trou en affûtant ses morceaux à l’écart des sonorités prémâchées et des tubes formatés. Du grand art.

Le 10/10 à l'AB (Bruxelles), le 11/10 aux Heures InD (Liège), le 5/12 à l'Eden (Charleroi).

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