[Bravo & Merci les Diables] Marc Wilmots l’avait dit: « Mes Diables, c’est une bande de morts de faim »

Il n’y a pas d’autre mot: la folie. Mais une belle folie. Les Diables Rouges ont suscité un engouement sans précédent, durable et contagieux. Avant la Coupe du monde, nous avions rencontré le coach fédéral. A l'époque, il nous demandait encore de garder la tête froide...

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En juin 2012, l’ancien meneur des Diables, époque Robert Waseige, hérite d’une ruine laissée par Georges Leekens et quelques-uns de ses prédécesseurs: une équipe qui, depuis dix ans, erre d’échec en désillusion. Pour certains journaux flamands, la désignation de "Willy" comme T1 des Diables en juin 2012 était d’ailleurs la garantie que le cauchemar se poursuivrait: "Il ne suffit pas d’avoir un short rouge et de crier "hop hop" au bord du terrain pour être sélectionneur national". Deux ans plus tard, les mêmes ont "bien dû admettre s’être trompés".

 

Très, très lourdement trompés. Le jeune patron des Diables a fait de "son" équipe nationale un rêve éveillé. Un rêve partagé par des millions de Belges. Marc Wilmots a tout transcendé: les joueurs, une Fédération de football moribonde, le comportement des supporters. Et le phénomène déborde largement du cadre sportif. Qu’il le veuille ou non, le sélectionneur national est devenu une icône belgo-belge. Comme son capitaine, Vincent Kompany. Les Diables façon Wilmots auraient même participé à l’émergence d’une nouvelle belgitude. C'était en octobre 2013, l’homme à la légendaire chemise blanche nous recevait au siège de l’Union belge comme à son habitude: sans chichis, autour d’une tasse de café, et avec beaucoup, beaucoup de recul…

 

Comment se sent-on dans la peau de Dieu le Père ou du Sauveur?

Marc Wilmots – Ça y est, ça commence! Tu sais, quand j’ai repris les Diables, je savais comment ça allait se terminer: soit on se qualifiait et c’était la folie, soit on se loupait et c’était le drame. Entre les deux, y a rien. Mais moi, je ne veux être ni un héros, ni un gros nul. Donc, pas d’euphorie. Et je n’en aurais pas fait un drame. Ce n’est que du foot. Un enfant gravement malade ou perdre son job, ça c’est un drame.

 

Cette folie est un peu too much à ton goût?

M.W. – Non! Voir la population belge sur les places du pays devant des écrans géants, qui s’identifient de nouveau à leur équipe nationale et à leur pays, c’est fantastique! Que les femmes et les gamins viennent au stade, qu’ils se promènent en maillot des Diables alors qu’avant tu les aurais payés pour le mettre, ils auraient refusé! Je l’ai dit aux joueurs et au staff: profitez du moment parce qu’une atmosphère pareille, vous ne la revivrez peut-être pas. 

 

Tu veux dire que tout ça est quand même très fragile?

M.W. – Non, je ne crois pas. On a bâti des fondations solides. Je dis "on" parce que ce sont bien sûr 23 joueurs mais aussi un staff de 18 personnes à l’Union belge dont je fais partie, comme le secrétaire général Steven Martens ou le directeur technique Philippe Collin. Moi, j’ai voulu une manière de fonctionner. Tant sur le sportif que la logistique, le médical, le marketing, c’est du 100 % pro. Derrière, on prépare les Diablotins de moins de 21 ans et les moins de 19 ans dans le même esprit. Le jour où je m’en irai, je crois que cette ossature fera qu’on pourra se qualifier régulièrement pour de grands tournois. Aujourd’hui, nous sommes un groupe de 45 personnes qui donnent le maximum. Et tout le monde sait que si on perd, ça arrivera un jour, on n’aura rien à se reprocher. Donc, dans ce cadre, l’état d’esprit des joueurs ne peut être que remarquable. Et il l’est. 

 

 

Les + de Marc Wilmots

# Son + grand étonnement

"Voir comment le banc participait aux matchs. Ils étaient avec, sur le terrain! Sur le moment, je ne le voyais pas puisqu’ils étaient derrière moi. Mais en revoyant les images, je me disais: là, on est sur la bonne voie…"

 

# Son + beau moment d’intimité avec les Diables

"Dans le vestiaire après la victoire en Croatie. C’était très fort. J’ai vu de tout. Des rires, des silences, des pleurs… Mais je ne te dirai pas qui."

 

# Son + bel acquis humain

"L’envie de se retrouver. Pas seulement avec les joueurs. Avec le staff, aussi. Quand on a une réunion programmée à l’Union belge à 15 heures, ils sont déjà tous là à 11 heures. Parce qu’il y a du plaisir collectif, maintenant."

 

# Son + beau coup de maître tactique

"Avoir titularisé Steven Defour en Ecosse. Personne ne s’y attendait, et moi je savais qu’il allait faire un gros match. Je le connais tellement bien. Il me suffisait de regarder ses yeux pour savoir. Et il l’a fait."

 

# Le Diable qui s’est le + transformé au contact de l’équipe nationale

"Il y en a deux: Christian Benteke et Kevin De Bruyne. Ils ont explosé. Humainement, je ne peux pas dire, parce que tu vois ça quand les choses ne vont pas bien. Et je n'ai pas encore connu ça avec ce groupe."

 

 

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