Brad Pitt, acteur « inévitable »

A l'affiche de Cogan, Brad Pitt s'impose à nouveau comme l'un des plus grands acteurs de sa génération. Voyons pourquoi.

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Quand on a la chance de rencontrer Brad Pitt dans une suite de l’hôtel Carlton à Cannes pour la promo de son dernier film, on avoue qu’on a les mains qui tremblent. Et pas parce que son rôle de tueur froid dans Cogan nous fait frissonner ni parce qu’on s’enivre trop de Chanel N°5. Brad Pitt n’est pas qu’un mirage hollywoodien marié à la plus belle femme du monde. C’est surtout un grand acteur de cinéma. Une œuvre d’art vivante, un effet spécial en soi. Sans doute le plus bel acteur de son époque. "Inévitable" comme dit la pub Chanel. Voici cinq raisons de le croire. Et de l’aimer encore plus.

Il assume son côté féminin

L’acteur Robert Mitchum disait: "Une actrice est un peu plus qu’une femme, et un acteur un peu moins qu’un homme". Et avec tout le respect qu’on lui doit, il faut avouer qu’il avait tort. La preuve par Brad Pitt. Un homme capable d’exprimer sa part de féminité sans jamais rien perdre de sa virilité. Alors, après Marilyn, Deneuve ou Kidman, Brad Pitt en égérie Chanel pour incarner le mythique parfum pour femmes, ça nous paraît naturel. Il faut dire que côté femmes, Brad est à bonne école. Angelina Jolie qui partage sa vie depuis Mr. & Mrs. Smith et avec qui il élève six enfants est son pendant féminin, à tel point qu’on les surnomme les Brangelina. Aussi couillue qu’un mec, elle s’engage pour les réfugiés en Afghanistan ou pour raconter la guerre en Bosnie (revoyez son film absolument courageux, Au pays du sang et du miel). A eux deux, ils forment l’un des couples les plus glamour, mais aussi les plus engagés de la planète. Une alchimie rare qui fait d’eux des acteurs du monde. Devant et derrière les caméras.

Il est beau comme un ange

Disons-le d’emblée, si Brad Pitt est un comédien exceptionnel, ça n’est pas forcément pour l’expressivité de son jeu – Pitt n’est pas Daniel Day-Lewis ni Joachim Phoenix – mais bien pour le charisme surnaturel qu’il dégage à l’écran. Un don du ciel qu’il manie depuis ses débuts avec une intelligence rare. Il a commencé à jouer de son côté sexy en jean moulant dans une pub Levi’s, puis en faisant grimper Geena Davis aux rideaux avant de lui piquer tout son fric dans une scène culte de Thelma et Louise (souvenez-vous: il la prenait par-derrière sur la table du motel, et c’était presque insoutenable tellement c’était sexy). Puis, sous la houlette de Robert Redford (Et au milieu coule une rivière) ou aux côtés d’Anthony Hopkins (Légendes d’automne), Brad prend une dimension plus bucolique, qu’il s’amuse ensuite à briser allégrement. A coup de films-chocs.

Il casse son image

C’est l’époque trash de Kalifornia et Seven (David Fincher), puis la consécration underground et grand public, avec Fight Club (Fincher encore) et L’armée des douze singes (Terry Gilliam). A la fois angélique et très incarné, Brad peut maintenant tout jouer. La mort en personne (Meet Joe Black), un demi-dieu (Troie), ou même le temps qui passe (Benjamin Button, de Fincher toujours). Avec Le stratège (Moneyball), il revient aux bases de l’Amérique ce qui lui vaut une nomination aux Oscars. La même année, il est le père violent dont Sean Penn se souvient dans Tree Of Life, qui remporte la palme d’or. Un parcours sans faute qui pourrait suffire à faire de lui l’un des acteurs majeurs de sa génération. Mais voilà. Ce serait oublier que Brad n’est pas qu’un acteur…

Il produit des films intelligents

C’est une dimension que Brad partage avec les grands d’Hollywood, comme Sean Penn ou George Clooney. C’est un authentique producteur de films, un des rares qui ose un regard engagé sur notre monde en crise, et pèse dans la sphère d’influence politique américaine. Il produit (avec sa boîte Plan B) Terrence Malick, Andrew Dominik ou 12 Years A Slave, le prochain film de Steve McQueen (Shame). Des films qui récoltent des prix dans les festivals mais font rarement exploser le box-office.

"Ce qui me plaît dans la production, c’est de commencer dès le début du projet puis d’assembler les différents morceaux du puzzle. Mon idée de la production, c’est d’aider des films qui auraient du mal à voir le jour. Aider des cinéastes auxquels je crois très fort à raconter des histoires sur notre temps et sur qui nous sommes. Quand on a décidé de faire Cogan, des gens perdaient leurs maisons sous nos yeux à cause du cyclone Katrina. Ça faisait la une de tous les journaux. Cogan est une manière de répondre à cette crise. On pense qu’on a affaire à un film de gangsters. Il s’agit en fait d’un tableau bien plus large de la crise économique. On a besoin d’une régulation beaucoup plus forte. Le capitalisme sans régulation peut créer de grands dégâts. La corruption existe. C’est dans la nature humaine, alors il faut faire des choix. S’imposer des règles. C’est un problème mondial."

Il s’engage sur tous les fronts

Brad Pitt a beau être l’un des plus riches citoyens américains (sa fortune est estimée entre 150 et 200 millions de dollars), il n’hésite jamais à payer de sa poche pour soutenir les causes qu’il défend. En 2005, après l’ouragan Katrina qui dévaste La Nouvelle-Orléans, il crée l’association Make it Right (Soyez équitables) destinée à construire des maisons vertes et écologiques en Louisiane (http://makeitright.org). Cinquante maisons ont déjà vu le jour sur les 150 habitations prévues. Plus récemment, il met son aura de démocrate déclaré pour promouvoir le mariage homosexuel en versant lui-même 100.000 dollars à l’association Human Rights Campaign. Quitte à se fâcher avec sa mère, républicaine affichée adversaire du mariage gay. Ses opinions, il les affiche haut et fort, pour défendre l’Amérique qu’il aime: "L’Amérique est complexe. Elle a plusieurs facettes. Mon idée de l’Amérique c’est une idée d’innovation, d’intégrité, d’équité, de justice. Ces idées doivent être protégées, et cultivées. Où que l’on soit. Parfois, plus le pays est fort, plus ça peut déraper vite. Ce sont mes préoccupations majeures. Quand je peux mettre le cinéma au service de ces idées, je le fais, même si ça doit passer par la violence. On doit la filmer, car la violence fait partie de notre monde. Je ne vois pas pourquoi le cinéma ferait l’impasse sur ça."

Brad Pitt a pris la décision d’arrêter le cinéma à cinquante ans. Et ça approche. Passant sur l’effet d’annonce, et la joie de le retrouver bientôt chez Ridley Scott dans The Counselor, 21 ans après Thelma et Louise, on se dit pour se consoler qu’il ne cessera jamais d’être un acteur du monde. Alors quand en milieu d’interview il nous sourit soudain, on a vraiment la sensation qu’un ange passe. Inévitable.

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