Bon vent, maître!

A 73 ans, Miyazaki, maître de l’animation nipponne, tire sa révérence avec un chef-d'oeuvre.

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Homme de contradictions, c’est à la fois une bien mauvaise et éblouissante blague que nous fait Miyazaki (auteur des magnifiques Voyage de Chihiro, Princesse Mononoké…) en nous assurant qu’avec Le vent se lève, il met un point final à sa carrière de cinéaste. Il est vrai qu'en mixant dans ce film somptueux ses thèmes les plus chers (les objets volants, la poésie de la nature, les fantômes bienveillants et un profond pacifisme), l’auteur semble réaliser une compilation de ses plus belles œuvres, confinant à l’oraison.

Pourtant, cet extraordinaire conteur, ce poète absolu de l’image, cet infatigable chercheur du beau qui rechigne à utiliser le numérique n’a pas dit son dernier mot et continue de nous étonner. Et bien loin de jouer la citation, ou d’en rajouter dans l’expression de sa fantaisie débridée (sans mauvais jeu de mots), c’est une histoire toute simple que le cinéaste nous raconte. Dans le Japon de l’entre-deux-guerres (dont Miyazaki, né en 1941, fut contemporain), Jiro Horikoshi ne pense qu’à une chose: voler. Mais sa vue défaillante le condamne à vivre de frustrations et à s’évader par le rêve sur les ailes de zincs majestueux en compagnie de l’ingénieur italien Caproni. Des rêves qui lui offrent les moyens de son ambition. C’est désormais une obsession: il sera lui aussi concepteur d’avion. Mais pas n’importe lequel: le Zéro, engin au fuselage parfait, mais machine de guerre dont on connaît la très néfaste activité sur Pearl Harbor.

C’est par cette constante dualité du beau et de l’horreur que Miyazaki transcende ce qu’il a fait jusqu’ici pour ce qu’on peut appeler un authentique chef-d’œuvre. Avec son ampleur, sa richesse, son dialogue entre passé recomposé et véritable histoire familiale (le père de Miyazaki a construit des pièces détachées pour l’avion Zéro), son inlassable questionnement sur le Japon et la guerre, son allure étonnante de fresque à la David Lean et son infinie splendeur, on ne comprend d’ailleurs pas pourquoi Le vent se lève n’est pas nommé dans la catégorie reine des meilleurs films aux prochains Oscars (il est cité parmi les meilleurs longs métrages d’animation).

 

Avec un réalisme auquel il ne nous a guère habitués, Miyazaki dépeint ce parcours hors du commun avec une maturité revêche à la pure joliesse. Tout fantasme coloré et puissamment enchanteur s’accompagnant de visions cauchemardesques, d’un lendemain menaçant. C’est ainsi qu’à l’aube d’une belle histoire d’amour entamée à la faveur d’un vent complice, succède l’angoisse de la maladie et de la mort. Mais toujours la foi en la poésie et en ses rêves.

Merci, Maître Miyazaki pour cette exceptionnelle filmographie et ce baisser de rideau qui caresse encore une fois nos imaginaires. "Le vent se lève, il faut tenter de vivre", répète votre héros, citant Paul Valéry. Eh bien, qu’il en soit ainsi: belle continuation, bon vent!

 

> LE VENT SE LEVE, réalisé par Hayayo Miyazaki – 111’. 

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