Bodybuilding – Les fous de la fonte

Pour ressembler le plus possible à des planches d'anatomie, ces hercules ne reculent devant aucun sacrifice. Le muscle est la matière dont ils façonnent leurs rêves.

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Ils passent plusieurs heures par jour à souffrir sur les machines de musculation, leur régime est plus strict que celui d'un top-modèle et devant le jury, ils "donnent tout" jusqu'à trembler d'épuisement. Le pire, c'est qu'ils adorent ça! Pour eux, sculpter son corps et prendre du muscle est devenu un besoin vital. Ils dorment, mangent, boivent et bougent pour pouvoir présenter à un jury impassible des muscles parfaits, aussi striés et visibles sous la peau que s'ils étaient des écorchés vifs. Les moqueries et les accusations de dopage (voir cadre), ils essaient de passer au-dessus. Seul l'avis des connaisseurs leur importe. Nous avons suivi quelques-uns de ces "façonneurs de corps", dans leur salle près de Fosse-la-Ville, puis à Anvers, où ils concouraient pour le titre de champion de la Natural Contest Organisation Bodybuilding Belgium (NCOBB).

Christophe Chasseur est une sommité dans le milieu. Cet ancien double champion de Belgique (il a aussi terminé 4eau championnat du monde) est désormais patron d'une salle de fitness, le Chris Power Gym. Ici, on l'appelle affectueusement "Chris", "le Padre" ou "the best coach". Il a la réputation d'être l'un des meilleurs préparateurs du pays. C'est aussi un dénicheur de talents. Ce soir, il nous présente quatre de ses "poulains" chez qui il a "repéré un potentiel" et qu'il entraîne depuis des mois en vue du championnat de Belgique. Patrick, Dogan, Bruno et Vincent sont certes baraqués, mais ils ne ressemblent pas non plus aux Hulks qu'on s'attendait à rencontrer. Première leçon: il est très difficile de savoir ce qu'un culturiste "cache sous sa chemise". On ne découvrira leurs montagnes de muscles que plus tard, à l'entraînement. Pour l'heure, ils répondent poliment à nos questions. Avec une certaine réserve, au début, habitués qu'ils sont à être raillés au sujet de leur passion.

Dogan, 26 ans, est manager chez McDo. Il a commencé la muscu il y a six ans parce que "un peu comme tout le monde", il se trouvait trop mince et n'aimait pas son corps. Depuis un an, il est suivi par Chris sur le plan nutritionnel. Car, contrairement à ce que l'on pense, les haltères ne sont pas l'instrument principal des bodybuilders. "En fait, 70 % de la progression passe par l'alimentation et le repos", résume Vincent, 32 ans, ingénieur industriel. "La musculation donne de la masse, mais de la masse grasse", explique Dogan. Or le but du bodybuilder n'est pas tant d'être le plus musclé que de pouvoir le montrer à un jury. Pour cela, il faut réduire au maximum la graisse sous la peau, afin que le muscle soit aussi dessiné que s'il était à nu. "Un corps est constitué d'environ 20-25 % de graisse en moyenne. Mais moi, par exemple, je suis descendu à 3,5 %", explique Patrick, 54 ans, professeur d'éducation physique et champion de Belgique 2013, dans sa catégorie. Le secret? Un régime strict pour éliminer au maximum la graisse. C'est la "période de sèche".

Une bien coquette conquête

Pendant dix ou quinze semaines avant un concours, le culturiste prive son organisme de glucides, de lipides, de sel et se gave de protéines. Au menu: petit-lait, blancs d'œufs et surtout blanc de poulet, sous toutes ses formes. Tout est pesé et l'horaire, minuté. Vincent se lève à 5 h pour faire une heure de "cardio à jeun". Après le boulot, il s'entraîne pendant deux heures au Chris Power Gym et rentre préparer sa demi-douzaine de Tupperware du lendemain. Ces contraintes ne sont pas toujours faciles à comprendre pour l'entourage des athlètes. Leur famille, leurs amis les poussent à prendre "juste un petit verre", ou "une salade, tu peux quand même!".

C'est encore plus difficile pour les femmes culturistes, témoigne Anne-Claire, l'épouse de Vincent. Alors que ses proches ont plus ou moins accepté qu'il soit bodybuilder, elle-même a essuyé beaucoup de critiques. "On m'a déjà dit que c'était moche, que je ressemblais à un garçon. Je m'en fous, je sais pourquoi je le fais." Ce qui est certain, c'est qu'il faut du soutien. "Quand la femme ne suit pas, c'est compliqué", remarque Chris. Vincent et Anne-Claire, eux, se soutiennent mutuellement. Ils se comprennent et savent combien on peut déprimer pour un peu de graisse reprise.

Par contre, pas question de préparer un concours en même temps. "Impossible: j'ai trop mauvais caractère", rigole Anne-Claire. Car la période de sèche, c'est la faim permanente. Et une irritabilité maximale. Alors que pendant l'année, certains avalent jusqu'à 6.500 ou 8.500 calories par jour (contre 2.500 recommandées pour un homme adulte), le séchage réduit méchamment la taille des portions. "Pendant des semaines, on ne pense qu'à manger,raconte Dogan. On mange toutes les deux heures. On est rassasié pendant cinq à dix minutes, mais dès la onzième on pense au repas suivant!" Ils opinent tous du chef. "Ne vous inquiétez pas,relativise Chris, même en période de sèche, ils avalent des assiettes que le commun des mortels ne finirait pas. Pour l'instant, Dogan mange encore 4.500 calories par jour."

La suite dans le Moustique du 11 février 2015

 

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