Bob Dylan: Toujours dans le vent

À 70 ans, celui qui fut l'icône protestataire de nos parents reste un exemple à suivre pour la génération MySpace.

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Lorsque nous effectuons une recherche sur Bob Dylan dans le backup de notre MacBook Pro, on tombe sur plusieurs dizaines d'articles publiés ces derniers mois dans Moustique. Ici, c'est le chanteur Raphael qui cite son nom dans une interview. Là, c'est notre chroniqueur musical qui l'évoque dans une article sur Fleet Foxes. Une autre newsrelate les péripéties de Dylan au Viêtnam en avril dernier, ou la parution d'un nouveau volume de ses fameuses "Bootleg Series". Dylan, Dylan et encore Dylan… Il est partout.

Cinq décennies après ses débuts au café Gerde's Folk City à Greenwich Village, Robert Allen Zimmerman fascine toujours et reste une influence majeure, voire incontournable pour les nouvelles générations. "Sing along, Zimmerman, si je suis cow-boy à Paname, c'est la faute à Dylan",chantait déjà Alain Bashung sur son premier album "Roman-photos" en 1977. De là à dire que nous sommes tous un peu des enfants de Dylan, il n'y a qu'un pas que certains n'hésitent pas à franchir. Et sans pousser le bouchon, il est vrai que même des groupes hip-hop pourront trouver dans son répertoire (sur Subterranean Homesick Blues par exemple) des références proches de leur culture.

Quant à sa démarche artistique, elle force le respect. Bob Dylan n'a signé qu'un seul contrat discographique – avec Columbia – au début des sixties et n'en fait depuis qu'à sa tête. Refus de participer au jeu de l'industrie, refus d'être considéré comme un porte-parole d'une cause, aussi noble soit-elle, refus des règles élémentaires de marketing (il a même sorti un disque de Noël en automne!), refus de se répéter. Alors que le monde célèbre les septante ans de Dylan (il est né le 24 mai 1941 à Duluth, dans le Minnesota), le troubadour fait ce qu'il a à faire. Sans se mêler du reste. Il chante sur scène ses petites chansons avec son petit groupe et il est très heureux comme ça.

La tournée sans fin

Lancée le 7 juin 1988 à Concorde, en Californie, sa Never Ending Tour ("la tournée qui ne s'arrête jamais") ne connaît pas la crise. Il donne une moyenne de 120 concerts par an et modifie à chaque fois le répertoire, allant jusqu'à changer les accords et les paroles de ses classiques. Voici quelques jours, il chantait Desolation Row devant des étudiants chinois hystériques. Demain, il se produira à Ramat, en Israël, avant d'être à l'affiche de festivals en Scandinavie. Il est comme ça, oncle Bob. Pas de nouvel album à promouvoir mais cette nécessité, presque un devoir, de tailler la route. Il sait qu'il peut compter sur le public. Et le public est toujours curieux de savoir ce qu'il va encore inventer ou déterrer comme pépite. En live, Dylan se montre tel qu'il est. Ni plus, ni moins. Un être humain avec ses humeurs et ses moments. C'est souvent très bon, mais ça arrive aussi que ce soit atroce.

Sur des sites de fans américains, dans la presse spécialisée anglaise, dans les talk-shows français, on vante les mérites de nouveaux ouvrages analytiques ou biographiques parus sur Dylan à l'occasion de ses septante ans. Ne les achetez pas. Écoutez plutôt ses disques. "J'aime ce que je fais. Ce que je chante est honnête et consistant. Mais je me fous de savoir ce que les gens pensent de moi. Les critiques ne m'affectent d'aucune manière. Je sais qu'il y a des gens qui aiment lire ce genre de trucs, mais pas moi",déclarait Bob Dylan dans une interview réalisée, en 1966, par le journaliste Robin Shelton.

Mais bon, si vous ne résistez pas à l'envie d'en savoir plus, autant puiser à la source. Dans No Direction Home, documentaire réalisé par Martin Scorsese et inspiré d'ailleurs d'un ouvrage de ce même Robin Shelton, Bob Dylan se confie comme il ne l'a jamais fait. Dans le premier volume de son autobiographie Chronicles, qui est tout sauf une autobiographie, il lève un coin du voile sur ses secrets de fabrication (avec une fantastique évocation de "Oh Mercy") et la ligne de conduite qui est la sienne depuis un 5 octobre de l'année 87 où il a eu une "hallucination auditive" avant de monter sur scène à Locarno, en Suisse. "J'ai eu comme une crise panique", écrit-il dans Chronicles. "Et d'un seul coup, tout a explosé dans tous les sens. C'est après ça que j'ai compris. Je devais aller faire entendre mes chansons partout. Voilà la seule chose que je devais faire." Mission toujours accomplie à l'heure actuelle.

No Direction Home – Trailer

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