Boardwalk Empire arrive sur la RTBF: Décryptage de la série

Quand Martin Scorsese explore la genèse de la mafia américaine, cela donne la série Boardwalk Empire. Une sublime leçon de style à l'italienne.

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Des casinos, du whisky, des flingues et des filles faciles… Bienvenue à Atlantic City, la ville où les bandits deviennent les rois du monde. Après avoir longtemps produit la majorité des séries les plus novatrices (Oz, Sur écoute, Les Soprano, Six Feet Under…), HBO commençait doucement à perdre la main. Pour cette nouvelle saga mafieuse et ambitieuse, la chaîne câblée a donc sorti la grosse artillerie. Et confié le rôle de producteur à un certain Martin Scorsese… Après David Lynch, Steven Spielberg, Frank Darabont, Michael Mann et bientôt David Fincher, le réalisateur des Affranchis fait lui aussi son coming out télévisuel. À croire que la série continue à souffrir du complexe du petit écran en engageant l’un des maîtres les plus respectables du grand…

Il faut dire que le mec domine plutôt bien son sujet. La filmographie de ce fils d'immigrés siciliens étant d’ailleurs largement inspirée par son enfance dans le quartier new-yorkais de Little Italy. Scorsese était donc la cible numéro un pour mener à bien cette fresque historique dans l’Atlantic City des années 20. Car sous ses airs de station balnéaire huppée, ce Las Vegas de la côte est a vu défiler tous les futurs plus grands gangsters. Après Les affranchis, Casino ou Gangs Of New York, le réalisateur hollywoodien poursuit donc son anthologie de la mafia américaine dans cette superproduction cinq étoiles. Budget pharaonique, showrunner hors pair, casting de haut vol…, Boardwalk Empire est la dernière leçon de style mais aussi d'histoire du grand Martin Scorsese.

Dans l'ombre des Soprano

Une bonne histoire, une bonne histoire et une bonne histoire. Une fois n’est pas coutume, cette série télé trouve son inspiration dans la littérature historique (Boardwalk Empire, Naissance, gloire et décadence d'Atlantic City de Nelson Johnson)… Et qui mieux que Terence Winter, ex-scénariste des Soprano, pour l’adapter au petit écran? Presque trop facile. Si l'ouvrage explore un siècle de magouilles et de rivalités politiques à Atlantic City, la série se focalise sur les années 1920. Et une Amérique encore groggy du traumatisme des tranchées, absorbant les vagues de l'immigration européenne, résonnant des slogans pour le droit de vote des femmes ou des éructations nauséabondes du Ku Klux Klan. Mais le point de départ de la saga est le retour à la prohibition. C'est cette loi qui a paradoxalement changé le visage du gangstérisme américain et fait basculer les Etats-Unis dans le 20e siècle. Dans Boardwalk Empire, on croise notamment la route du jeune porte-flingues Alphonse "Al" Capone, du roi new-yorkais Arnold Rothstein mais aussi de Charles "Lucky" Luciano, classé par le magazine Times comme l'un des principaux bâtisseurs d'empire du 20e siècle…

Et le casting de Boardwalk Empire est à la hauteur de leur réputation. A commencer par le très charismatique Steve Buscemi dont la tête de croque-mort cadre parfaitement avec le décor clair-obscur de la série. Si son "Nucky" Thompson habite un étage entier du Ritz, se lève tous les jours à 15 heures et se déplace en Rolls-Royce, il pratique aussi un clientélisme effréné, empoche des pots-de-vin sur tous les contrats municipaux, rackette les maisons closes, les casinos, et transforme le port d’Atlantic City en plaque tournante du trafic d'alcool. Encore bien plus véreux qu’un Soprano, cet antihéros a tout de la figure romanesque. Il est pourtant le portrait fidèle du réel Nucky Johnson…

Capone vs Capone

Magistralement interprété par Stephen Graham (This Is England, Public Enemies), Al Capone semble tout aussi proche de son modèle. Pour Jonathan Eig, auteur de la dernière bio du roi de la pègre (Get Capone: The True Story Of Al Capone, Editions Simon & Schuster), le Capone de Scorsese serait d’ailleurs plus vrai que nature. "Je pense même n’avoir jamais vu une aussi bonne version. De Niro était au-dessus dans Les incorruptibles mais Stephen Graham ressemble davantage à Capone par son humour et son charisme. La plupart des gens ne le dépeignent pas comme étant une personne sympathique, mais Al Capone était souvent drôle. Si vous étiez de son côté, évidemment…"

Outre l’excellent Michael Pitt, en jeune vétéran de guerre assoiffé de billets verts, la production a également requis les services de la torride Paz de la Huerta pour camper "l’officielle" de Nucky. Avec ses têtes d'affiche, de stars montantes et ses icônes du cinéma indépendant, Scorsese aligne le gang parfait.

Pour mettre en images cette épopée mafieuse, le petit prodige du cinéma américain a fait quelques caprices… Comme les 5 millions de dollars facturés à la chaîne pour la reconstitution en bois du centre-ville et de la célèbre promenade d'Atlantic City. Hallucinant! Tout comme les costumes d’époque, les voitures, les armes à feu et les autres accessoires de ce décor grandeur nature. Avec près de 20 millions de dollars de budget, le pilote réalisé par Martin Scorsese himself est d’ailleurs le plus cher de l’histoire. De ses sombres coupe-gorge aux fêtes fastueuses dans les hôtels guindés de la côte est, force est de reconnaître que la mise en scène de Boardwalk Empire n’a rien à envier à celle de Mad Men. Dès le générique, conçu par le même studio, on en prend plein la gueule. Grâce à ses décors pharaoniques, ses intrigues tentaculaires et ses gangsters mythiques et fidèles, Martin Scorsese signe ici la saga la plus ambitieuse du cinéma mafieux.

Dimanche 22 avril – La Deux 20h10: Boardwalk Empire (VF)

La Trois – 22h20: Boardwalk Empire (VO)

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