Biutiful: C’est quand le malheur?

De Amours chiennes à Babel, le réalisateur mexicain Alejandro Inarritu est parvenu à tisser un cinéma de la mondialisation. Pour son quatrième film, il délaisse la trame habituelle de ses scénarios (un puzzle de destins éclatés) pour une ville européenne (Barcelone) dans laquelle il réunit des travailleurs clandestins autour d'un personnage axial.

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De Amours chiennes à Babel, le réalisateur mexicain Alejandro Inarritu est parvenu à tisser un cinéma de la mondialisation. Pour son quatrième film, il délaisse la trame habituelle de ses scénarios (un puzzle de destins éclatés) pour une ville européenne (Barcelone) dans laquelle il réunit des travailleurs clandestins autour d’un personnage axial.

Et l’on n’y perd pas au change. Quel personnage et quel acteur! Sisyphe moderne, condamné à pousser éternellement son rocher de douleur, Uxbal (Bardem inouï, Prix d’interprétation masculine à Cannes), époux et père à bout de forces, traîne derrière lui sa cohorte de fantômes, d’espoirs déçus et de compromis avec la vie. Inarritu capte le moment précis où la réalité revient en boomerang dans la tronche de son antihéros, et ça fait mal.

 Dépouillée jusqu’à l’os, la composition de Bardem s’étire à la limite de l’épuisement, à la fois lourde et aérienne, comme s’il n’appartenait déjà plus au monde des vivants. A ses côtés, il faut saluer une admirable partenaire, hystérique et solaire Maricel Alvarez, formidable en mère junkie. Mais aussi deux enfants criants de vérité, jusqu’à la coiffure de footballeur du Barça, commune au père et au fils. Car Biutiful est également hanté par une réflexion vertigineuse sur la paternité.

 En quelques scènes puissantes (hallucinante arrestation des travailleurs africains), Inarritu déploie son film comme un arbre, un texte, un tissu cinématographique aux ramifications humaines et palpitantes. Mais jamais gratuites malgré les accumulations tragiques du scénario. Mélo sublime, biographie hallucinée, Biutiful nous réchauffe finalement. Car il nous fait comprendre à quel point l’erreur est humaine. Et que nous n’avons qu’à accepter nos destinées. – J.G.
Sortie le 23/02 – 147′.

Biutiful
Réalisé par Alejandro Gonzales Inarritu (2010). Avec Javier Bardem, Maricel Alvarez, Eduard Fernandez.
Notre avis: 3 étoiles

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