Beverly Jo Scott: " Le chagrin est la source de mon équilibre "

Avant de revenir dans la quatrième saison de "The Voice", la chanteuse nomade plonge dans les racines de son Alabama natal sur un album qui sent bon le bayou.

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Le gazouillis d'un oiseau, des doigts qui pincent des cordes en nylon, un harmonica bluesy et un chœur gospel féminin sur le refrain de la ballade ensoleillée Mobile Bay. Il ne faut qu'une vingtaine de secondes à Beverly Jo Scott pour planter le décor de son nouvel album "Swamp Cabaret". Enregistré entre son Alabama natal et la Belgique où elle a débarqué en 1982 à l'âge de vingt et un ans, "une valise dans une main et la guitare acoustique dans l'autre","Swamp Cabaret" est un disque roots, organique, sensuel, authentique et chargé de vécu. Dans ce mélange de blues, de gospel, de rock et de soul qu'elle affectionne, cette éternelle nomade exhume des bayous ses souvenirs d'enfance, évoque des rencontres insolites, et revient entre rires et larmes sur les épreuves qu'elle a traversées.

Ce disque, son meilleur à ce jour, tombe à point. A la veille du démarrage de la quatrième saison du télé-crochet The Voice, "Swamp Cabaret" rappelle que Beverly Jo Scott est bien plus qu'une nanny coachqui distille ses conseils éclairés parsemés de "darling", "baby" et autre "shit" délicieusement sulfureux. C'est aussi une artiste en mouvement perpétuel et au parcours impressionnant. Des dizaines de collaborations prestigieuses comme "backing vocalist" (chez Souchon, Arno, Eddy Mitchell, Higelin ou Cabrel), six albums studio, trois disques live, deux DVD et des tournées euphoriques qui l'ont menée des bars de la rue des Bouchers au vintage Saenger Theatre de sa ville natale de Mobile en passant par les plus grandes festivals… Oui, ça en jette.

Votre nouvel album s'ouvre par une évocation de votre ville natale Mobile Bay. Quand vous fermez les yeux, quelles sont les premières images qui vous viennent de l'Alabama?

Beverly Jo Scott – Je vois le soleil et l'eau. Celle de la baie de Mobile qui donne dans le golfe du Mexique, celle des marécages, celle du Mississippi. J'ai écrit Mobile Bay en Belgique un jour de pluie alors que la nostalgie s'emparait de moi. C'est dans ces moments que l'Alabama me manque.

Vous retournez chaque année à Mobile pour donner des concerts. A quoi ressemble votre public là-bas?

B.J.S. – Je joue dans les bars, les théâtres, en plein air. Parfois, le cachet ne dépasse même pas 50 dollars, mais c'est très fun. Cela fait aussi cinq ans que j'organise avec ma fille et des copines le Fest Chick, un festival qui se déroule dans un ancien bar de bikers. Sur les flyers que nous distribuons, j'insiste pour que tout le monde vienne: les gays, les hétéros, les lesbiennes, les Noirs, les Blancs… Mes amis m'ont dit: "B.J., tu es folle, on ne fait pas ça ici". Et pourtant tout se passe bien, il n'y a jamais eu de problème.

Vu de Belgique et même du reste des Etats-Unis, l'Alabama est considéré comme le bastion des beaufs, des puritains et des racistes. Ça vous blesse?

B.J.S. – Il y a des trous du cul partout et l'Alabama en compte beaucoup en effet. L'Alabama a une histoire assez tordue. C'est un Etat qui a pratiqué très longtemps la ségrégation, mais c'est aussi le berceau des droits civiques. Ce passé est toujours bien ancré dans les esprits et les avis restent très tranchés, quel que soit le côté où tu te poses. Un conseil? En Alabama, il ne faut jamais parler politique, car ça part toujours en couille. Tu discutes musique, bouffe, pêche, météo mais jamais politique…

Quel est votre premier souvenir musical?

B.J.S. – Dès mon enfance, j'ai baigné dans le gospel parce que nous allions plusieurs fois par semaine à l'église. A la maison, c'était plutôt la country de Hank Williams (voir par ailleurs – NDLR) que passait le tourne-disque de mon père. A l'âge de trois ans et demi, j'ai eu la révélation. Mes parents avaient invité le prédicateur local pour dîner. Pour faire une surprise, mon père m'a déguisée en petit garçon et m'a posée debout sur la table pour me faire chanter devant toute l'assemblée. Ma mère était horrifiée, mais tout le monde a applaudi et j'ai été la vedette de la paroisse pendant plusieurs jours. Je me suis dit: "Ouais, c'est cool ça. Plus tard, je veux être chanteuse".

Dans la chanson Love Me Wild, vous dites que dès l'adolescence, vous vous êtes sentie différente des autres filles. L'avez-vous vécu comme un handicap?

B.J.S. – Non, je crois plutôt que c'était un handicap pour le autres! J'ai toujours été une fille sauvage avec une drôle d'hygiène de vie et parfois un drôle de langage. Le message de cette chanson, c'est qu'il faut me prendre telle que je suis. J'ai écrit Love Me Wild en pensant à mon mari. Au tout début de notre relation, nous sommes allés voir ensemble un groupe punk dans un festival à l'ULB, à Bruxelles. Je m'éclatais aux premiers rangs dans le pogo et lui, il était derrière. A un moment, il a eu peur pour moi, est venu me chercher au milieu de la foule et m'a enlacée. J'ai pris ça comme une déclaration d'amour. Je me suis dit: "S'il est à tes côtés quand tu fais la sauvage, c'est qu'il en pince pour toi".

"Swamp Cabaret" est dédié à votre frère Timothy qui a été emporté par un cancer. Sa mort a-t-elle eu un impact sur ce disque?

B.J.S. – L'idée d'un disque en forme d'aller-retour entre l'Alabama et l'Europe remonte à quatre ans. Mais "Swamp Cabaret" a pris très vite une tournure encore plus autobiographique. Alors que le grand public me découvrait dans The Voice, je devais repartir régulièrement en Alabama pour m'occuper de mon frère qui luttait contre un cancer de l'œsophage. Sa maladie m'a permis de me rapprocher de ma mère avec qui j'avais coupé les ponts. On s'est reparlé et plein de bons souvenirs de mon enfance sont alors remontés à la surface. Après avoir aidé mon frère à partir, c'est ma mère qui a été diagnostiquée d'un cancer. Ces deux épreuves m'ont permis de terminer le travail de ce disque et d'être finalement en paix avec moi-même et mon passé.

Comme vous, les héros de vos chansons ont tous la bougeotte. Qu'est-ce qui vous fascine dans cette existence de nomade?

B.J.S. – J'ai fait ma première fugue à l'âge de dix-sept ans et j'ai atterri dans un terminal de bus où un nettoyeur de nuit m'a apporté du café et du réconfort. C'est lui, le héros de ma chanson Working After Midnight. Ce mec, il bossait douze heures par nuit pour se payer un ticket de bus et retrouver les siens dans le nord des Etats-Unis. Il avait un boulot de merde, un salaire de merde, mais il gardait l'espoir. J'ai toujours été attirée par les gens qui veulent tout quitter, mais qui restent au fond d'eux-mêmes profondément attachés à leurs racines. Il y a un autre point commun dans toutes ces destinées, y compris la mienne: le chagrin. Pour moi, le chagrin et le voyage ont toujours été source d'équilibre.

Un nouvel album, des concerts, la reprise de The Voice, votre émission BJ's Sunday Brunch sur Classic 21. A 56 ans, vous êtes une femme particulièrement occupée. Parfaitement comblée aussi?

B.J.S. – Le bonheur parfait me fait peur. J'ai besoin de coups du sort et de moments de désespoir pour me stimuler. Par contre, je suis heureuse de mon parcours et des mauvais choix que j'ai pu faire. Ce sont mes erreurs qui m'ont amenée là où je suis aujourd'hui. Et pour répondre à votre question, je me sens bien dans le présent…

 

Le 23/10 au Centre culturel de Woluwe (Bruxelles), le 24/10 à l'Alhambra (Mons), le 25/10 au Coliseum (Charleroi), le 25/11 au Trocadéro (Liège), le 11/12 à la Maison de la Culture (Namur).

ROCK

Beverly Jo Scott

Swamp Cabaret

T4Action/PiaS

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