Bernard Yerlès: « Moi, acteur de télé? J’assume! »

Si Renaud ne lui avait pas chipé son rôle dans Germinal, Bernard Yerlès serait devenu une vedette de cinéma. Mais c’est la télé qui en a fait un de ses héros.

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Il est Belge, vit à Bruxelles et est pourtant l’un des plus gros cachets de la télévision française (autour de 150.000 euros par épisode de Mes amis, mes amours, mes emmerdes). Dans le milieu, on le surnomme le Depardieu de la télé. A 51 ans, Bernard Yerlès est toujours un boulimique de travail. Ses cheveux blonds et son physique rassurant ont fait de lui l’un des séducteurs préférés de la ménagère. Il rêverait de tourner plus au cinéma, mais l'ex-prof de comédie à l’Insas alterne surtout mises en scène théâtrales et tournages de fictions télé. De retour dans la peau de Fred – avec son compatriote Stéphane De Groodt – pour une troisième saison de Mes amis, mes amours, mes emmerdes sur TF1, il a aussi repris le tournage chez nous de la série A tort ou à raison, pour la RTBF et France 3.

Etre classé "acteur de télé", c’est gênant?
Bernard Yerlès – Absolument pas! Peu importe le média, l'important est d’accepter des rôles de qualité. La télé m’a déjà permis de toucher d'un coup dix millions de téléspectateurs, ce n’est pas rien! Actuellement, mon privilège est justement de jouer dans deux séries de qualité, très différentes, mais qui ont en commun un esprit de troupe. Et comme je fais ce métier par amour de l’art collectif, je suis comblé!

Mais votre premier rêve était quand même de faire du cinéma?
Certes, mais je n’en suis pas frustré. Et vous savez, quand on a la carte de la télé, on n’a pas forcément celle du cinéma bien que les frontières tombent et le snobisme s'estompe. Des bonnes surprises peuvent encore m'arriver. Mais j’assume pleinement le fait de faire beaucoup de télé. Aujourd'hui, je ne la lâcherai plus. Même pour le cinéma.

Votre orientation de carrière a tenu à un casting. En 1993, Claude Berri vous voulait pour Germinal!
Oui, être pris dans Germinal aurait pu complètement changer le cours de ma carrière. J’ai vu plusieurs fois Berri, qui m'avait repéré au théâtre et songeait sérieusement à moi. Jusqu’au dernier moment, Renaud, envisagé pour le même rôle, a tergiversé. Finalement, il l’a fait. Ensuite, Berri, très fair-play, m’a présenté à Patrice Chéreau, qui préparait La reine Margot. J’ai fait des essais pour ce film, mais une nouvelle fois, manque de bol, c’est Vincent Perez qui a décroché la timbale. Cela s'est plusieurs fois répété. Je me suis souvent retrouvé en balance avec Samuel Le Bihan. Un vrai Poulidor. Mais courir les castings m'a fait connaître et c'est comme ça que la télé m'a happé.

Et vous voilà, vingt ans plus tard, pilier de deux séries à succès dont A tort ou à raison. Un rôle dont vous vous dites fier. Pourquoi?
Car la série imaginée par Marc Uyttendaele, en plus d’être belge à quasi 100 %, est novatrice. A tort ou à raison est la série la plus réaliste qui ait été faite chez nous. Elle parle de notre Belgique, de notre système judiciaire et de sa singularité. La fiction française a besoin de ces contenus originaux, car en une décennie, la télé s’est rigidifiée, en se reposant dangereusement sur ses Julie Lescaut ou Joséphine, ange gardien. Cela a figé tout le reste! Pendant ce temps, les Américains ont à peu près tout réinventé et enfoncé la fiction française. On commence à peine à se relever.

Vous avez parfois des retours à propos d’A tort ou à raison?
Oui. Les policiers que j’ai rencontrés pour préparer le rôle ont apprécié ce cachet très réel. Chez nous, la série a superbement bien marché. En France, sur France 3 le samedi soir, elle a réussi à rassembler trois millions de téléspectateurs! Un public qui n'a pas décroché. Ce succès a rendu possible le tournage de nouveaux épisodes, jusqu’en février.

On est quand même loin des 7 ou 8 millions de fans de Mes amis, mes amours, mes emmerdes…
Oui, mais là on est sur TF1 et dans du plus léger et ensoleillé! On joue aussi sur la thématique indémodable de la bande de potes traditionnelle, dans la lignée des films de Claude Sautet et Yves Robert. C'est imparable. Il y a six personnages. Il y en a donc pour tous les goûts. Chacun s’y retrouve, comme dans Friends.

Vous avez toujours eu la réputation de beaucoup tourner. D’où vient cette boulimie?
Peut-être d’une angoisse profonde (sourire). Mais  surtout, j’adore mon travail. A travers lui, je me sens exister. Je suis un passionné. Mais je suis plus sélectif qu’à une époque où je n’arrêtais jamais. Aujourd’hui, je savoure. Je ne suis plus dans l’attente.

Même pas d’un tout grand rôle? Que rêveriez-vous un jour de jouer?
Un personnage ayant existé, une grande figure historique, sur laquelle je pourrais faire un gros travail de préparation. Peut-être que ça aussi viendra avec l’âge. Mais incarner des hommes ordinaires me passionne tout autant. Bien sûr, les jeunes premiers, c'est fini pour moi (rire) et je vis plutôt bien mes cinquante balais…

Acteur belge en France, c’est toujours un plus?
Je fais partie d’une génération charnière, avec les Benoît Poelvoorde, Jaco Van Dormael qui ont largement contribué à améliorer l’image des artistes belges. J’ai vécu l’époque pénible où on se foutait tout le temps de notre gueule et de notre accent. Où des artistes belges comme Claude Volter ou Roger Van Hool cachaient le fait qu’ils étaient Belges! De bouseux folkloriques on est passé à people tendance. Mais méfions-nous d’un excès de belgitude. Je n’ai pas envie de porter sur le front "made in Belgium". Je suis un mélange plus complexe: je suis petit-fils de Flamand, j’ai eu un grand-père français et une maman carolo, alors…

Et totalement enraciné à Bruxelles où, quoi qu'il arrive, vous aimez vivre?
Je me plais beaucoup dans cette ville. De plus, j’ai épousé une Niçoise qui tenait absolument à venir vivre en Belgique. J'ai oublié la notions de plan de carrière qui obligerait à se fixer à Paris. Plutôt que de jouer deux saisons de suite au théâtre là-bas, je préfère alterner avec un projet en Belgique. Et Paris, c'est à une heure vingt en Thalys… Travailler et vivre à Bruxelles est pour moi essentiel. C'est la clé de mon équilibre. Mon chez-moi, mes enfants, leurs études, la bouffe que je prépare personnellement et mon propre potager que je cultive pour mieux manger… Non, c'est trop bien!

Dans la rue, pour quels rôles vous interpelle-t-on?
Je véhicule l’image d’un type simple, accessible et sympa. Je suis finalement un comédien consensuel. Ma notoriété est toute relative d'autant que je suis d'un naturel discret. Vivre à Bruxelles dans le même quartier depuis longtemps m’aide à relativiser les choses. Quand je fais mes courses au GB, on m’interpelle souvent pour la série ou le téléfilm diffusé la veille. Quand je vais au musée, c’est plutôt pour une mise en scène théâtrale. C'est l'avantage d'être tout-terrain.

MES AMIS, MES AMOURS, MES EMMERDES
LUNDI TF1 20h50

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