Bernard Tapie: « La crise? Quelle crise? »

En spectacle à Bruxelles, "Nanard" pensait parler théâtre. Il a accepté de se rabattre sur la Belgique, ses affaires, la crise financière et Noah. Rien que ça.

134260

Les montagnes russes, ça monte et ça descend. Cette pièce, c'est votre histoire.
Bernard Tapie – Pas du tout. J'incarne un personnage de vieux comme il y en a beaucoup, des types qui ne se rendent pas compte qu'ils sont vieux, veulent continuer à croire qu'ils sont jeunes, ou qu'ils peuvent le rester avec le blé ou l'apparence du blé. Je vous l'assure, cela ne me concerne pas: je suis de la race des mecs qui estiment que sortir avec une jeunette les vieillit. C'est comme un gros qui porte un costume trop petit. Voilà pourquoi je ne sors qu'avec des vieilles. Pour que les gens s'exclament: "Eh ben, Tapie, il ne fait pas son âge!" Pour tout vous dire, ce personnage est même totalement aux antipodes de ce que je suis. Mais il est parfois difficile de lutter contre l'image qu'on se fait de vous. La marionnette de "Nanard", dans les Guignols, me représentait avec pochette, gourmette, montre en or, etc. Je n'ai jamais eu ces accessoires de toute ma vie. Je déteste cela. Mais bon, c'est comme cela qu'on vous voit. Voilà!

Vous avez entamé le métier d'acteur au milieu des années 90 après vos démêlés judiciaires, après que vous avez fait faillite. Depuis, vous avez gagné votre procès contre l'ancien Crédit Lyonnais, vous vous êtes renfloué. Pourquoi continuer à être acteur?
Parce que c'est un pied géant d'être sur scène. Je ne le fais pas pour recevoir de l'amour des gens, ce genre de truc. Non, je suis là pour donner en direct, à des mecs que je connais même pas, un peu de joie et de bonheur. C'est énorme.

Vous débarquez bientôt à Bruxelles dans un pays que vous connaissez bien. On a même dit que vous étiez tenté de vous y domicilier, pour raisons fiscales. Vous vous installez quand?
Jamais. Il y a eu une confusion importante. La situation de la Belgique en Europe est incomparable pour les affaires. Avec mon fils, on a donc créé une filiale importante en Belgique, pour un dossier d'investissement. Je ne peux pas révéler grand-chose. Juste vous dire que cela touche l'aviation, et que c'est à Liège et que j'ai 200 millions prêts à être dépensés dans l'affaire.

Vous êtes donc toujours dans les affaires…
C'est dû à mon fils, Laurent (propriétaire du site de bonnes affaires bernardtapie.com – NDLR). Il est parti, comme moi autrefois, à fond dans les affaires. Sauf que lui, il ne démarre pas de zéro. Ça aide.

Acteur, homme d'affaires, politique, c'est quoi votre job préféré?
La politique. Y a que là qu'on a une influence réelle. Y a que là où tu peux agir sur les gens, sur l'essentiel. Sur l'organisation de la société. Mais je n'en ferai plus jamais. J'en ai trop pris. C'est à cause de la politique, après que la gauche et la droite ont décidé de me fracasser, parce que je prenais trop de place, que j'ai eu des soucis avec la justice, que j'ai été mis en liquidation de biens, qu'on m'a retiré une série de droits civiques comme le droit de paternité. Vous vous rendez compte? Le droit de paternité…

Vous en pensez quoi, justement, de la politique française actuelle?
Rien du tout…

Et de la crise financière?
Quelle crise? Mon père bossait 75 heures par semaine, y avait pas la télé, ma mère faisait la lessive à la main, on n'avait pas de bagnole… Je peux vous dire que le chômeur d'aujourd'hui dans la société en crise, il est vachement mieux loti que ma famille quand j'étais petit. La crise, c'est dur à vivre, c'est chiant. Mais quand on mesure l'état de nos vies d'aujourd'hui avec ce qu'il se passe ailleurs – et qui correspond souvent, en gros, à ce que nos grands-parents vivaient -, on peut pas se plaindre. Quand j'étais gosse, c'était café au lait le soir trois fois par semaine. Point barre. Et on n'en mourait pas!

Il y a quand même des raisons de s'inquiéter.
En fait, je suis atterré par l'exigence, l'intransigeance des gens, conséquences du confort dans lequel ils se sont installés. Un chômeur aujourd'hui, quand il est malade, il est quand même soigné. Quand j'étais petit, on n'était pas soigné! Ma mère, elle n'allait pas chez le docteur.

Nos sociétés ne sont pas malades?
Elles sont surtout repues, gavées.

C'est quoi, aujourd'hui, l'ambition professionnelle de Bernard Tapie?
La seule qui compte, c'est celle d'acteur. Mon objectif, c'est qu'un jour les gens cessent d'aller voir le Bernard Tapie des affaires. Qu'après avoir assisté à un de mes spectacles, ils oublient qui je suis, mon passé, mes histoires.

Comme Yannick Noah? Vous savez que plein de gens ne savent pas qu'il a été tennisman?
Et y en a plein, comme moi, qui regrettent cette période où il ne jouait qu'au tennis. S'il avait joué au tennis comme il chante, je peux vous dire qu'il n'aurait jamais gagné Roland-Garros…

Les montagnes russes, le 28/11 à 20h30 au Théâtre Saint-Michel, à Bruxelles. À Charleroi le 29/11. À Liège le 4/12. À Namur le 6/12.

Sur le même sujet
Plus d'actualité