Benoît Poelvoorde « Le désamour, c’est ce qui fait notre grâce »

Les rayures du zèbre , nouveau film de Benoît Mariage et Poelvoorde, sortira la semaine prochaine après une année difficile pour le cinéma belge francophone. Autopsie et rencontre, juste avant la 4e cérémonie des Magritte.

1025568

Nous avons de quoi être fiers de notre cinéma. Les récentes nominations aux oscars américains le prouvent, puisque la Belgique s'y retrouve trois fois citée: The Broken Circle Breakdown de Felix Van Groeningen est nominé dans la catégorie "meilleur film étranger", Ernest et Célestine de Renner, Patar et Aubier fera face aux cadors du genre dans la catégorie "meilleur film d'animation". Soulignons également la nomination de Mr Hublot, le court métrage d'animation inspiré de l'imaginaire du sculpteur namurois Stéphane Halleux.

Et pourtant, derrière ces prestigieuses nominations se cache une inquiétante réalité: le cinéma belge francophone additionne les bides alors que le cinéma flamand réalise des performances ahurissantes. L'an dernier, dans une interview accordée au magazine français Télérama, Philippe Reynaert (Wallimage) résumait parfaitement la situation: "Quand un film belge fait cinquante mille entrées, si le producteur est Wallon, il sabre le champagne. S'il est Flamand, il se pend." Un mot d'humour percutant qui témoigne du fossé qui sépare aujourd'hui les cinémas flamand et francophone.

Désamour…

Un fossé qui s'est encore creusé en 2013. En effet, en dépit de réelles qualités, tous les films francophones (Je suis supporter du standard, Une chanson pour ma mère, Tango libre, Au nom du fils, Le monde nous appartient, Kinshasa Kids, Vijay and I, Moroccan Gigolos ou plus récemment La Marche – c'est-à-dire les principaux nominés aux Magritte) ont échoué à rencontrer ne fût-ce qu'un public honorable. Aucun d'entre eux n'ayant atteint le cap des 15.000 spectateurs.

Côté flamand, par contre, la vague de succès s'est plus que jamais amplifiée, le cinéma du Nord plaçant même quatre de ses films dans le Top 40 de l'année. F.C. De Kampioenen (un film dont vous n'avez probablement jamais entendu parler) a par exemple réalisé un meilleur score que Gravity avec 620.000 entrées. Marina de Stijn Coninx comptabilise actuellement 440.000 entrées. Le verdict, 430.000. Et Frits and Franky près de 200.000.

Le désamour du public francophone pour les films de sa communauté est un mal ancestral. Si l'on consulte la liste des vingt films belges les plus vus de l'histoire, on constate que dix-huit sont flamands. Seuls C'est arrivé près de chez vous et Le huitième jour du côté francophone parviennent à s'insérer dans le classement. C'est donc la question de l'attachement du public aux œuvres de notre communauté qui est à poser.

Merci Magritte

Pour que le grand public fasse enfin connaissance avec les auteurs, cinéastes et acteurs de chez nous, les Magritte du cinéma ont été créés il y a quatre ans. Car c'est une belle chose de produire des films. Il faut maintenant qu'ils soient vus. C'est l'objectif principal de cette ambitieuse soirée dont la prochaine édition se tiendra le 1er février à Bruxelles: rendre notre cinéma plus glamour, créer un lien entre le public et les artistes, pour qu'enfin se développe entre ces deux pôles une réelle connivence.

C'est dans cette ambiance d'incertitude que sortira la semaine prochaine Les rayures du zèbre, nouvelle collaboration de Benoît Mariage et Poelvoorde (on leur doit déjà Les convoyeurs attendent et Cowboy). Une comédie dramatique dans laquelle notre star nationale (sous de faux airs de Raymond Goethals) recrute de jeunes joueurs de foot en Afrique et leur fait miroiter monts et merveilles au pied des terrils de Charleroi. Nous avons rencontré Benoît. Pour parler du cinéma belge, des Magritte et de cet étrange désamour… Quant au film, nous y reviendrons la semaine prochaine.

Les Flamands ont leurs stars. Nous avons Benoît Poelvoorde. Comment le vivez-vous?

Voir l'interview dans le Moustique du 29 janvier 2014

Sur le même sujet
Plus d'actualité