Benoît Poelvoorde: « Je ne suis pas un homme de bonnes résolutions »

Il confirme ses histoires d'amour. Et joue dans La rançon de la gloire, nouveau film de Xavier Beauvois. A part ça, sa vie est belle et il reste le plus grand acteur comique de sa génération.

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Il a beau confesser de temps à autre qu'il est essoufflé, égaré même, Benoît Poelvoorde continue néanmoins de tourner des films à la pelle. A chaque annonce d'un éventuel arrêt total de ses activités, la presse hurle à la catastrophe. Et lui, dès le lendemain, reprend pourtant la direction des plateaux. Poelvoorde est un boulimique qui aimerait se soigner. Sans succès. Puisqu'il est apparu dans pas moins de trois films cette année: Les rayures du zèbre de Benoît Mariage, Trois cœurs de Benoît Jacquot et La rançon de la gloire de Xavier Beauvois qui sort cette semaine. Pour 2015, deux films sont d'ores et déjà en boîte: Une famille à louer de Jean-Pierre Améris (avec lequel il a déjà fait le très beau Emotifs anonymes) et Le tout nouveau testament de Jaco Van Dormael dans lequel il interprétera Dieu. "Franchement, en lisant le scénario, je n'ai rien compris. Je me suis dit que c'était un enfant qui avait dû écrire ça. Mais j'ai  accepté parce que c'est Jaco. Là, on a fini de tourner et je ne sais absolument pas à quoi le film va ressembler. Je joue Dieu. Tu parles d'un personnage. Mais ce n'est pas Dieu au sens où vous l'entendez, non. C'est une immense raclure, un tas de boue. Il est d'une méchanceté incroyable."

Ce qui occupe aujourd'hui Benoît Poelvoorde, c'est la sortie de La rançon de la gloire, le nouveau Xavier Beauvois qui raconte une histoire vraie relativement méconnue chez nous: celle du vol du cercueil de Charlie Chaplin en 1978 par deux hurluberlus (voir critique). "Beauvois cherchait une manière de rendre hommage à Charlie Chaplin qui est de loin son réalisateur préféré. Et il est tombé sur l'histoire de ces deux réfugiés aux abois, qui décident de déterrer le cercueil deux mois après l'enterrement pour l'échanger contre rançon. J'ai aimé l'idée même si je ne suis pas fan des films de Chaplin puisque je ne les connais pas vraiment. Je n'ai pas cette culture. Et puis, je ne vois pas pourquoi je me serais acheté un écran de 140 cm en couleur pour regarder des vieux films en noir et blanc."

Actuellement, Peolvoorde est donc sur tous les plateaux et toutes les unes des magazines pour évoquer son travail avec Beauvois. Même si la presse semble bien plus intéressée par cette supposée histoire d'amour que l'acteur entretiendrait avec Chiara Mastroianni. Dans une interview pour le magazine Lui accordée à son ami Frédéric Beigbeder, Poelvoorde a déclaré: "Oh, tu peux le dire qu'on est ensemble, c'est sorti dans Voici". Enigme résolue. Et pour en terminer avec les affaires privées, au magazine Psychologies, Poelvoorde a confessé: "Je ne veux pas fonder de famille, sinon je l'aurais déjà fait. J'ai vécu vingt-deux ans avec la même femme. On vient de se séparer. Enfin, je ne sais pas si on peut dire ça. Après vingt ans de vie commune, comment, en quelques heures, ta bouche pourrait ne plus être la mienne? Je n'y crois pas. En tout cas, je n'aurai pas d'enfants: je ne veux pas mettre quelqu'un dans l'embarras. Faire un enfant, c'est comme amener quelqu'un à une soirée où il n'a pas été invité". A partir de là, nous pouvions dès lors consacrer tout notre temps au film de Xavier Beauvois, à l'acteur Poelvoorde, son rapport au public, à la scène, aux bouquins. Et aux gens qu'il croise chaque jour en ce bas monde.

Deux hommes déterrent le cercueil de Chaplin en espérant l'échanger contre rançon. Voilà une histoire étonnante…

Benoît Poelvoorde – Oui. C'est absolument dingue. Même si ce n'est pas l'histoire qui m'intéresse dans ce cas-ci mais bien les personnages. Ils m'émeuvent tellement ils sont bêtes. Et en même temps, je comprends leur réflexion et leur bêtise. Ils se disent que Chaplin était riche et qu'un million ne va pas changer grand-chose à l'héritage. Mais en plus, ils sont convaincus de ne lui faire aucun mal puisqu'il est déjà mort. C'est la poésie de la bêtise et c'est là que ça me touche. J'ai toujours aimé les bras cassés. Les mecs qui ont un plan mais pas les épaules pour le mener à bien. Les idiots. Les vrais cons désespérés. Ma mère dit toujours: "Tous les matins, y a un fou qui se lève, il suffit d'attendre".

Le film commence durant les fêtes et ce n'est pas anodin…

B.P. – Il commence à la mort de Chaplin qui est tombée comme un dernier pied de nez le 27 décembre. Et Beauvois ne filme pas la richesse de la veuve de Chaplin mais bien la pauvreté des deux antihéros. Il y a presque un côté Dickens là-dedans. Ils sont pauvres, ils sont petits. Et pourtant, c'est avec eux que tu aimerais fêter Noel. Car Beauvois filme bien ces deux abrutis.

Ils estiment qu'ils ont droit eux aussi à la part du gâteau. Car il est anormal que certains aient tout et d'autres rien!

B.P. – Non, pour moi ce n'est pas ça. Ce n'est pas qu'ils aient ou pas droit à quelque chose. C'est bien plus puissant que ça même. Le droit et le mérite, c'est un truc qui me fait très peur. Ce que je préfère dans leur discours, c'est pas tellement qu'ils estiment avoir droit. C'est que Charlot est l'image du vagabond. C'est l'ami des pauvres. Et qu'ils estiment donc qu'il est l'un des leurs. Et qu'il ne leur en voudrait pas de commettre cet acte désespéré. Il les comprendrait. Et d'ailleurs, au tribunal, leur avocat utilisera cette phrase pour les défendre: "Nous sommes tous des charlots!"

C'est incroyable de constater que la figure de Charlot reste à ce point forte. Et toujours associée aux petits, aux pauvres, aux bannis. Aujourd'hui, les superstars sont très loin de ça!

B.P. – Je ne sais pas si les stars sont loin de ça car j'en connais plein qui œuvrent pour des fondations et se sentent très concernées par les problèmes qui touchent le monde. Mais par contre, ce qui a disparu, c'est la charité au cinéma. C'est parler des "petits" sans démagogie, sans misérabilisme ou sans faire de politique. Dans cette époque où le cynisme est permanent, être charitable, ça peut vite passer pour de la niaiserie ou de l'idiotie! Mais du charitable bêtement charitable, ça devient très difficile à trouver!

Quel pouvoir vous avez aujourd'hui en tant qu'acteur?

B.P. – Absolument aucun et c'est très bien comme ça. Oh, j'en ai un peu concernant mes conditions de travail. Mais je n'en ai aucun concernant le film à proprement parler. Les gens ont du mal à l'imaginer, mais le métier d'acteur demande beaucoup d'humilité. Parce que vous n'influez sur rien. Votre boulot se limite au fait de vous mettre au service d'un réalisateur. Un point c'est tout. Un acteur, ça fait ce qu'on lui dit de faire! C'est ça mon boulot.

 

La suite dans le Moustique du 7 janvier 2015

Critique

La Rançon de la gloire

Réalisé par Xavier Beauvois. Avec Benoît Poelvoorde, Roschdy Zem, Chiara Mastroianni, Nadine Labaki, Peter Coyote – 114'.

Charlie Chaplin meurt en Suisse le 27 décembre 1977 entouré de sa femme Oona O'Neill et de sa garde rapprochée. Deux mois plus tard, son cercueil est déterré et volé par deux réfugiés qui dans la foulée demandent une rançon d'un million de dollars. Une histoire incroyable. Mais vraie. C'est ce matériau qu'utilise Xavier Beauvois (Le petit lieutenant, Des hommes et des dieux) pour rendre hommage à Charlot. A travers un chapelet de péripéties absurdes et le portrait de ces deux bras cassés qui vont aller d'erreur en erreur. En effet, comment demander un million de dollars de rançon aux proches de Chaplin lorsqu'on ne parle même pas anglais? Ce qui vaudra une série de belles scènes à la limite du burlesque, orchestrées par ce très beau duo d'acteurs que forment Benoît Poelvoorde et Roschdy Zem. Malheureusement, Beauvois ne parvient pas à s'extirper de la carcasse sociale qui lui tient à la peau. Et il oscille donc entre le drame et la potacherie que suggèrent non seulement son histoire mais aussi son casting. On retiendra donc prioritairement quelques scènes d'une jouissive bouffonnerie d'un Poelvoorde très en forme. Mais aussi cet hommage sous-jacent que le film fait aux maladroits, à ceux qui n'ont pas reçu les bonnes armes. Et qui nous pousse à avoir pour eux ne fût-ce qu'un peu d'indulgence. Voilà un message de saison.

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