Bénévolat: La Belgique des gens bien

Ils sont un million et demi à donner de leur temps pour les autres. Sans eux, notre société serait méconnaissable. Au passage, ils se font du bien, au corps et à l'esprit.

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Saviez-vous que 2011 est l'année européenne du volontariat? Grand sourire des 92 à 94 millions de bénévoles actifs dans l'Union. Pour une fois, ils sont mis à l'honneur. En Belgique, ils sont 1,5 million, soit une personne sur six. Autant dire qu'ils sont partout. Et totalement indispensables. Nous pouvons compter sur eux dans les situations les plus dramatiques. Pensez aux volontaires de la protection civile sur la brèche lors des inondations de janvier dernier, aux brancardiers accourus suite à l'accident ferroviaire de Buizingen, aux pompiers de Ghislenghien… Les bénévoles sont aussi présents à nos côtés dans des circonstances heureuses, de la fête du village au camp scout en passant par le pouvoir organisateur d'une école…

Qui sont ces gens bien? Les plus jeunes ont 10 ans et sont délégués de classe, les plus âgés en ont plus de 80. Entre ces deux extrêmes, ils sont 700.000 en Communauté française à se donner, en moyenne, cinq heures par semaine à la collectivité dans le domaine du sport (17 %), de l'action sociale (17 %), de l'éducation et de l'enseignement (10 %). "Les volontaires, c'est tout un peuple", affirme Jacques Defourny, professeur d'économie sociale à l'ULg. C'est ce que met en avant l'exposition Toi+moi+nous. Elle rassemble cinquante-deux portraits de volontaires (en couverture et sur www.moustique.be) et circule pour l'instant en Wallonie et à Bruxelles. Hommes et femmes, de tous âges, posent avec un objet qui les aide dans leur activité bénévole. Des clés pour Coline, 23 ans, qui accompagne des enfants qui rendent visite à leur parent en prison. Une bêche pour Stéphane, 38 ans, volontaire pour une association de protection de la nature. Parmi cette multitude de gens, il est difficile de dresser un profil type. Mais on observe des tendances: les volontaires sont plus souvent des actifs que des chômeurs et sont plutôt issus de la classe moyenne supérieure. "Les très riches et les très pauvres sont moins souvent volontaires", constate Jacques Defourny.

Sainement égoïstes

Qu'est-ce qui pousse les humains à donner ce qu'ils ont de plus précieux – leur temps – à d'autres? Au Moyen Age déjà, l'Eglise prenait en charge "les nécessiteux" dans les hospices, hôpitaux et orphelinats. "Avec la Révolution française, est née la défense des droits de l'homme", explique Jean-Marie Pierlot, coauteur de Communication des associations (Dunod, 2009). Aujourd'hui, il n'est plus seulement question de charité chrétienne ou de militance laïque. Le volontariat répond à un besoin de réalisation de soi. "La première motivation, c'est le plaisir et la rencontre", selon Frédéric Possemiers, président de la Plate-forme francophone du volontariat. Ce plaisir est accentué par l'envie de transmettre ce que l'on sait et l'envie de changer les choses, souvent après avoir vécu une injustice. Il n'est donc pas seulement question d'altruisme, mais aussi d'égoïsme sain. Parce que faire du bien, ça fait du bien. Et pas seulement au moral.

L'euphorie de l'aidant, vous connaissez? C'est cette sensation de bien-être, comparable à celle provoquée par les substances morphiniques, qui nous envahit quand nous nous consacrons à autrui. Le Dr Herbert Benson, cardiologue à l'Université de Harvard, affirme même que les bénéfices pour la santé de l'altruisme sont similaires à ceux du yoga et de la méditation: ralentissement du rythme cardiaque et diminution de la pression sanguine. Le bénévolat réduirait aussi le stress et renforcerait le système immunitaire. Selon une étude des Mutualités chrétiennes, s'investir dans l'associatif et participer à la citoyenneté fait gagner cinq années de vie en bonne santé!

Ce ne sont pas les 106 bénévoles de l'association Abracadabus – tous des seniors – qui les contrediront. Une matinée par semaine, ils se rendent dans des écoles maternelles pour faire la lecture et jouer avec des enfants qui accusent un retard de langage, en général parce que leurs parents ne parlent pas français. "Souvent, les bénévoles disent: "Je ne sais pas ce que j'apporte aux enfants, mais je sais qu'eux, ils m'apportent énormément", rapporte Suzanne Daws, qui gère l'ASBL. Pour les seniors, c'est important d'avoir une activité: se lever, partir à l'heure, maintenir une vie sociale et garder le contact avec la jeunesse." Des projets intergénérationnels, comme Abracadabus, il y en a des dizaines. "Et beaucoup seraient impossibles sans bénévoles", assure Marie Lamoureux de Courants d'âges, une ASBL qui participe aux Carrefours des générations dans soixante communes wallonnes et bruxelloises les 2 et 3 avril prochains (plus d'infos: 02/660.06.56, www.carrefoursdesgenerations.be).

Les vieux ont de l'avenir

Les aînés (55-75 ans) sont d'ailleurs en train de devenir un véritable moteur du volontariat. "Cela va générer de nouvelles formes d'organisation pour l'associatif, car les seniors ont des compétences et une disponibilité particulières, observe Frédéric Possemiers. Quel contre-pied du discours ambiant sur les aînés, lesquels constitueraient un poids et un risque budgétaire pour la société. Au contraire, ils sont disposés à offrir une richesse, un patrimoine extraordinaire."

Et les jeunes, alors? Répondent-ils à l'appel lancé par Stéphane Hessel, résistant nonagénaire qui, après avoir écoulé 1,7 million d'exemplaires d'Indignez-vous!, publie Engagez-vous! (éditions de l'Aube)? Oui, ils s'engagent encore, mais différemment. Dans les années 60 et 70, ils se battaient toute leur vie pour une seule cause. "Aujourd'hui, on observe de nouveaux combats, en faveur de l'environnement ou des sans-papiers notamment, pointe Jacques Defourny. Mais les militants sont moins nombreux. Les jeunes s'engagent moins durablement et agissent par coup de cœur, par projet." Selon Jean-Marie Pierlot, ce phénomène est lié à Internet et aux réseaux sociaux, qui présentent une énorme quantité de causes à soutenir.Puis, les jeunes de 2011 sont particulièrement pragmatiques. "Les volontaires de moins de 40 ans ont besoin de sentir à quoi ils servent concrètement, directement, observe Jacques Defourny. Ils recherchent l'efficacité, le résultat."

Pourtant, en matière de volontariat, la durée et la persévérance s'imposent. La plupart des ONG ou de grandes ASBL ont commencé petit. A force d'énergie, elles ont réussi à se faire reconnaître et même subventionner, par les autorités qui ont compris leur plus-value. On n'a pas idée de ce que serait notre pays sans les heures de travail que ces bénévoles consacrent aux autres. Certains services à la population disparaîtraient tout simplement. Sans bénévolat, il n'y aurait plus d'écoles des devoirs, plus de visites de personnes âgées isolées, plus de banques alimentaires, ni de spectacles et de concerts amateurs… "En Communauté française, sans volontariat, on perdrait 55 % de l'offre scolaire organisée par les bénévoles des pouvoirs organisateurs, assure Frédéric Possemiers. On perdrait aussi 55 % de l'offre des lits en milieu hospitalier et en maisons de repos!"

Ils multiplient l'argent par dix

Continuons à parler chiffres. Le Centre d'économie sociale de l'ULg a calculé que l'ensemble des mouvements de jeunesse fonctionne avec 22 millions d'euros par an. Vingt millions sont payés par les parents, soit de 165 à 245 € par enfant et par an, et deux millions d'euros octroyés par les pouvoirs publics. "Si on devait valoriser ces heures de bénévolat, on atteindrait 200 millions d'euros par an, calcule Jacques Defourny. Donc, les animateurs volontaires multiplient par dix l'argent investi!" C'est ainsi qu'une heure d'activité au Patro ne "coûte" que 0,06 € par enfant. "En fait, résume le professeur Defourny, si le volontariat disparaissait, les effets seraient plus graves pour les citoyens que ceux de la crise économique puisque au total, il représente 200.000 équivalents temps plein par an. Sans compter les permanents salariés. Ce serait un cataclysme sociétal!"

Isolement grandissant des personnes, vieillissement croissant de la population, inégalités de plus en plus criantes: le bénévolat n'a jamais été à ce point indispensable. C'est pourquoi la Plate-forme francophone du volontariat appelle à faciliter l'accès au statut de bénévole pour les allocataires sociaux. Et pour les travailleurs, elle rêve d'un "congé citoyenneté" de quelques jours par an qui éviterait de perdre des jeunes volontaires au début de leur vie professionnelle. Car les organisations qui cherchent des bénévoles sont toujours plus nombreuses (les candidats trouveront leurs annonces sur www.yaquasengager.org). Ils veulent se faire du bien en se rendant utiles. Et vous?
 

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