Benedict Cumberbatch décrypté

Dans The Imitation Game, Benedict Cumberbatch se glisse dans la peau d'Alan Turing. L'homme qui a craqué le code secret utilisé par l’Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale. Un rôle sur mesure pour un acteur hors normes.

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Alors que de nombreux acteurs sont passés du cinéma aux séries télé (Steve Buscemi dans Boardwalk Empire, Glenn Close dans Damages, Kevin Spacey dans House Of Cards, Matthew McConaughey dans True Detective), Benedict Cumberbatch, lui, doit son actuelle notoriété au trajet inverse. Plus précisément par la grâce d’une remise au goût du jour en télévision de Sherlock Holmes.

Mais cette fois, c'est au cinéma qu’on le retrouve. Dans The Imitation Game, il campe le mathématicien et cryptographe Alan Turing, chargé par le gouvernement britannique durant la Seconde Guerre mondiale de percer le secret de la célèbre machine de cryptage allemande Enigma. Un "système" réputé inviolable dont l’occupant se servait pour faire communiquer ses troupes entre elles à l’aide de messages savamment codés. Il arrivera bien entendu à bout de sa mission, au point que ses recherches sur la cryptographie ont aidé à déchiffrer plusieurs messages ennemis essentiels. Ce qui, selon de nombreux historiens, aura permis de déjouer des attaques sous-marines répétées envers les alliés, accéléré la chute du nazisme, rendu possible le débarquement de Normandie, et donc, mis un terme au conflit. En d’autres termes, Cumberbatch nous refait le coup du petit génie aussi génial qu’abject et excentrique, limite autiste. Bref, le type de personnage qu’il maîtrise à la perfection depuis Sherlock Holmes.

 

Une gueule de cinéma

 

Malgré un scénario qui le pousse à superposer les sujets (la guerre, la condition très peu enviable des homosexuels durant les années 40, la cryptologie, la vie après la gloire éphémère), The Imitation Game tient bien la route. Notamment grâce à un bon suspense, à une prestation sans faille de Keira Knightley dans le rôle de la scientifique aussi avenante que savante, et à quelques jubilatoires saillies humoristiques typiquement  british.

 

"Turing me fascine car c’est aussi une sorte de Sherlock Holmes dans son genre,expliquait récemment Cumberbatch. Mais il n’est évidemment pas question que je retourne trop souvent à ce genre de rôle. J’ai bossé dur pour montrer que je savais faire  autre chose que le détective. Et je compte bien continuer." Pour preuve la dizaine de films où on le retrouvera d’ici 2016. Qui iront de la fresque historique (Flying Horse) au thriller pur jus (Black Mass), sans oublier la saga super-héroïque (Doctor Strange, où il est désormais acquis qu’il tiendra le rôle principal). Tout ça couronné par une participation à l’adaptation en motion capture du Livre de la jungle, confiée aux bons soins de l’expert en la matière Andy Serkis (qui a prêté ses traits au Gollum du Seigneur des anneaux alors que Cumberbatch prêtait les siens au dragon Smaug de la saga The Hobbit). "Benedict possède un physique élastique doublé d’une vraie gueule de ciné", nous confiait récemment Serkis.

 

"Il sait tout faire" , avait-il ajouté dans une déclaration pour le moins prophétique. Puisque depuis, Cumberbatch a réussi l’exploit d’imiter juste pour le jeu (en référence au titre de son nouveau film) et de manière parfaitement reconnaissable onze acteurs anglo-saxons en l’espace d’une petite minute. Grâce à un faciès hors normes, qui lui vaut sa renommée actuelle. Et qui lui a aussi garanti quelques solides moments de remise en question. "Je n’aime pas la forme et la taille de ma tête. On m’a même déjà comparé à Sid, le paresseux de L'âge de glace", précisait-il dans les colonnes du magazine Hollywood Reporter voici quelques jours. "Mais je dois bien admettre que cela tient de la bénédiction d'avoir un visage si étrange, quelque part entre celui d’une loutre et quelque chose que les gens trouveraient vaguement attirant. D’un autre côté, j’ai grandi avec cette face, et j’ai travaillé durant plus de dix ans dans le plus parfait anonymat. C’est seulement maintenant qu’on le remarque et qu’on en fait toute une histoire. Là, depuis une poignée d’années, je me retrouve régulièrement dans des listes d’hommes les plus sexy établies par des magazines divers et variés. À mes yeux, tout cela n'a pas vraiment de sens.

Mais s’il se la joue modeste, il est aussi bosseur et parfaitement lucide. D’ailleurs, quand il s’est récemment écrié "Oh mon Dieu! Dire que ce n’est que le début!", lorsque sa prestation dans Imitation Game a été couronnée par le prix du meilleur acteur lors des Hollywood Film Awards en novembre dernier, il ne plaisantait qu’à moitié! Car il n’a jamais perdu de vue son objectif, bastonné à longueur d’interview: "Devenir un grand acteur, mais pas forcément un acteur connu. Sauf si la notoriété est le prix à payer pour obtenir de bons rôles. A la base, je suivais des études de droit. Mais j’ai rencontré plein de personnes qui suivaient le même cursus que moi et me disaient que, dans le job d’avocat, la réussite relevait souvent de la pure coïncidence. C’est là que je me suis dit: pourquoi abandonner mon premier rêve, la comédie, pour travailler dix fois plus? Et, au mieux, finir par faire quelque chose qui ne serait de toute façon pas ce que je veux vraiment? Mes parents ont travaillé incroyablement dur pour m’offrir une éducation. Tous deux sont comédiens. Ils ont galéré toute leur vie, et m’ont donc logiquement déconseillé ce métier. Mais je suis têtu. Au final, c’était vraiment ça que je voulais. J’y suis arrivé. Ma théorie est simple et universelle: on ne rate que ce que l’on n’essaie pas. Dans mon cas, jusqu’à présent, l’essai est plus que concluant." Elémentaire, mon cher Benedict!

Réalisé par Morten Tyldum. Avec Benedict Cumberbatch, Keira Knightley, Matthew Goode – 115’.

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