Ben Harper: « Quand la musique te touche, tu ne sens plus la douleur »

Le plus cool des guitaristes croise toutes ses idoles sur un album qui sent bon le canyon. Rencontre exclusive à Milan.

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Si les responsables des Grammy Awards décidaient de créer la catégorie "rock star la plus cool de la planète",Ben Harper pourrait revendiquer chaque année le trophée avec son pote Dave Grohl. Comme le leader des Foo Fighters, Harper est un mec adorable que la vie – et le succès – n'a pas rendu aigri ou hautain. Guitariste, chaman, guide spirituel, songwriter et surfer à ses heures perdues, il reste surtout un être humain doté d'une sensibilité à fleur de peau.

Au cours de notre rencontre, dans un studio climatisé de la radio milanaise DeeJay ("Radio Dee Jay, è sempre con te"),l'artiste californien éclatera de rire, retroussera son sweat-shirt pour montrer qu'il a la chair de poule rien qu'à parler de Neil Young, essuiera des larmes en évoquant son père disparu et nous serrera même dans ses bras, tel un big brother. Et, nous le jurons, ce n'est pas du cinéma. Autre exemple de sa générosité. La veille, il avait accepté de jouer une vingtaine de minutes pour une poignée de gagnants de Radio DeeJay. Il s'amusait tellement qu'il a joué l'intégralité de son nouvel album en y ajoutant une poignée de ses classiques. Cool, qu'on vous dit…

Avec son dixième enregistrement studio, "Give Till It's Gone", Benjamin Harper revient à l'essentiel après une poignée de disques un poil trop démonstratifs. Mis en boîte dans les studios de Jackson Browne à Los Angeles, ce disque se veut un manifeste rock, entre œillades à ses idoles de toujours et ballades country boisées. Ecrit alors qu'il divorçait de son épouse, la comédienne Laure Dern, "Give Till It's Gone" accueille les musiciens de son dernier groupe Relentless 7, un hommage à Neil Young (Rock and Roll is Free),deux belles jam sessions avec Ringo Starr, des solos hendrixiens ainsi qu'un splendide final crépusculaire que n'aurait pas renié Tom Petty.

N'est-ce pas un peu naïf de chanter "Le rock and roll est libre" en 2011?
Ben Harper – Je ne suis pas du genre à me dire "la musique c'était mieux avant" mais je crois qu'il faut chercher davantage aujourd'hui pour trouver un rock and roll libre de tout compromis. L'été dernier, j'ai assisté à un concert de Neil Young à Londres. Lorsqu'il a chanté son classique Rockin In The Free World, il a joint le geste à la parole. Rien que dans son attitude, on pouvait se rendre compte qu'il y croyait toujours. C'est une belle leçon. Après l'avoir vu, je suis rentré dans ma chambre d'hôtel et j'ai composé ce morceau.

Pensez-vous que le rock est toujours aussi pertinent aujourd'hui?
Le rock n'est pas mort même si je constate que les nouvelles générations préfèrent exprimer leur différence et leur soif de liberté dans le hip-hop. Mais, peu importe, tout dépend de la sincérité dont vous faites preuve. Je n'ai jamais enregistré un disque ou donné un concert avec des pieds de plomb. Le moteur de ma vie reste le rock, le blues, la country, la soul de chez Stax ou de Motown. C'est la musique qui me permet le mieux de m'exprimer. Comme le disait Bob Marley, "quand la musique te touche, tu ne sens plus la douleur". Je ne l'oublie pas.

Ringo Starr joue sur votre album. Est-il aussi marrant qu'on le dit?
Je le connais depuis cinq ans. On m'avait demandé de l'interviewer à l'époque pour un site Internet et nous sommes restés en contact. Oui, Ringo est un type marrant, mais c'est surtout un grand bavard. Quand il est venu en studio, il n'arrêtait pas de parler tout en jouant de la batterie. Il était prévu que nous fassions un morceau ensemble et finalement on en a fait deux. Sur le disque, on l'entend dire à la fin: "Ben, tu m'as dit que la chanson durerait trente secondes et ça fait une heure qu'on est occupés". Il bavardait tellement qu'il ne s'est rendu compte de rien.

Dans cet album, vous évoquez votre père disparu en 1995 le jour où vous étiez programmé au festival de Torhout/Werchter. Quel souvenir gardez-vous de cette prestation?
C'était un moment de grande quiétude et d'une profonde spiritualité. J'ai appris le décès de mon père quelques heures avant de monter sur scène. Le connaissant, il aurait voulu que je joue. J'ignore si le public avait appris la triste nouvelle, mais j'ai senti que tout le monde me soutenait. C'était magique. (Il pleure.)J'ai le sentiment d'avoir fait ce qui était juste. J'ai repris l'avion juste après, sans pouvoir jouer le lendemain à Werchter. Mais je sais que le public belge a toujours été derrière moi depuis cette prestation. Et je n'ai pas oublié son attitude.

De qui vous sentez-vous proche dans la scène musicale actuelle?
J'ai passé vraiment du bon temps l'année dernière avec Joseph Arthur et Dhani Harrison (le fils de George Harrison – NDLR)lorsque nous avons enregistré en moins d'une semaine un album dans le style feu de camp sous le nom "Fistfull Of Mercy". Je me sens aussi très proche de Jack Johnson, et pas seulement parce que c'est un champion de surf.

Quel est le dernier album que vous avez téléchargé dans votre iPod?
"Let England Shake" de PJ Harvey. C'est, de loin, le meilleur album que j'aie entendu récemment.

Vous pouvez écouter le nouvel album de Ben Harper ici.

Le 7/8 au Dranouter Folk Festival.

Ben Harper
Give Till It's Gone
EMI/Virgin

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