Belle du Seigneur

Après Sur la route ou Gatsby, la question se pose une nouvelle fois. Peut-on adapter les romans cultes?

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Adapter au cinéma l’un des chefs-d’œuvre de la littérature mondiale a toujours quelque chose de risqué. D’autant plus lorsqu’il s’agit de Belle du Seigneur, roman culte, fleuve et fou (plus de mille pages) d’Albert Cohen, paru en 1968 aux éditions Gallimard. L’histoire des "amants sublimes" de l’entre-deux-guerres est connue.

Celle de Solal, brillant séducteur d’origine juive, secrétaire à la Société des Nations à Genève qui s’éprend d’Ariane, jeune femme mariée issue de la noblesse protestante. Ils vivront l’amour fou, avant de sombrer dans la déchéance. La trame du film reste la même, mais qu’en est-il de la chair?

A première vue, le choix du casting n’est pas déplaisant. L’étrange Solal prend les traits ambigus de Jonathan Rhys Meyers, sorte de Joaquin Phoenix irlandais et maniéré (découvert dans Match Point de Woody Allen, il campait aussi un Henry VIII séduisant dans la série Les Tudors).

Le choix d’Ariane paraît plus casse-gueule, puisqu’il s’agit du premier rôle au cinéma de Natalia Vodianova, sublime mannequin russe qui ne quitte pas les couvertures de Vogue depuis une décennie. Etonnamment, la naïveté de son jeu ne nuit pas au film, tant sa beauté enfantine et son regard à la Romy Schneider éclaboussent l’écran. Mais reste la question du souffle.

Et la grande question du film: peut-on adapter l’inadaptable? Belle du Seigneur est avant tout un roman de l’écriture. Qui s’autorise tout. Des pages entières sans ponctuation, des changements de point de vue permanents pour dire la grande passion, féroce et sublime.

De ce point de vue, la première réalisation du Brésilien Glenio Bonder (décédé en cours de montage) ne s’autorise pas grand-chose. Tout est lissé comme dans un magazine de mode. Et la critique de la société hypocrite de l’entre-deux-guerres, comme l’amour du peuple juif, servent de toile de fond à ce qui hante véritablement le roman. Dommage. Mais vous savez ce qu’il vous reste à lire cet été.

Belle du Seigneur
Réalisé par Glenio Bonder. Avec Jonathan Rhys Meyers, Natalia Vodianova, Marianne Faithfull – 100’.

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