Belgium’s Got Talent: Le Foire aux talents

Belgium's Got Talent irrite autant qu'il amuse. Mais tout le monde le regarde! A commencer par les jeunes.

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En rameutant 674.400 téléspectateurs devant leurs écrans le lundi 1er octobre, l’émission phare de RTL-TVI a explosé les audiences et étonné tout le monde…

Mais a surtout réussi à surpasser le record de l’enfant prodige de la RTBF, The Voice Belgique,établi à 661.000 personnes. Une performance qui, en plus d’assurer sa pérennité à Belgium’s Got Talent, permet à la télé privée de réaffirmer sa suprématie dans le marché du divertissement. Il était temps! Car après le flop retentissant de la Star Ac’ belge en 2002, un nouvel échec aurait assurément installé RTL-TVI dans le fauteuil du loser première catégorie.

Franchement, jamais nous n’aurions imaginé un tel succès. Le pitch de Belgium’s Got Talent était tentant, mais pas spécialement innovant. Soit une grosse machine bien huilée, un programme un poil chauvin mêlant toutes les disciplines, testé et approuvé dans 49 pays.

Du réchauffé vu et revu chez nous avec la diffusion de plusieurs saisons de La France a un incroyable talent sur Plug RTLsaluée d’audiences correctes, mais sans plus. Seule certitude: le francophone, qui jusqu’à The Voice ne montrait aucun penchant à s’enorgueillir des talents cachés de son terroir, commence tout doucement à se forger une fierté communautaire. Une tendance forte et porteuse, sans doute responsable des 502.000 curieux installés confortablement dans leur salon pour découvrir les perles de leur contrée pour la première édition.

Et c’est là qu’on s’interroge et s’étonne. Contrairement au télécrochet de la RTBF, décidé à balancer ses grosses cartouches dès le premier numéro avec une Lubiana enchanteresse – pour ne citer qu’elle -, BGT a dégainé une flopée de talents plus absurdes les uns que les autres. Une strip-teaseuse cheap, un papy adorable mais descendu en flèche, un ventriloque/mentaliste schizophrène et un duo fraternel digne d’une colonie de vacances: bienvenue à Plouc Land!

Autant dire que notre orgueil en a pris un coup. Stéphane Rosenblatt, directeur des programmes de RTL, donne d’ailleurs à ce choix une clé d’explication un peu étrange. "Qu’on regarde l’émission ici, en Angleterre ou aux USA, c’est toujours un mélange de beaucoup de choses. Et de gens pour qui le talent doit s’accompagner d’une émotion, d’une histoire, qui les a amenés à faire ça."

Heureusement, un petit brainstorming plus tard, "on a mieux mis en avant les candidats, on leur a laissé plus de temps", poursuit Rosenblatt. Et enfin sont apparus de véritables performeurs. C’est le cas du chanteur beau gosse Stefan Gillis, de l’impressionnante imitatrice Laura Patti, ou encore de Dimitri Tarantino, fan de cabaret. "J’avoue que je craignais de me faire descendre, surtout par Paul Ambach, de finir sur les réseaux sociaux et que ma réputation soit détruite, raconte le jeune homme. Mais finalement, tout s’est vraiment bien passé. Evidemment, c’est plus simple à dire quand on n’est pas recalé, mais je ne regrette pas une seule seconde d’avoir enlevé mon pantalon sur scène."

Stefan Gillis

 

L’honneur est sauf!

Du côté des pros, tout roule. Le duo d’animateurs empathiques et sympathiques, Jean-Michel Zecca et Julie Taton, taillés à 100 % pour le rôle, remplissent parfaitement leur mission de coanimateurs. Même sentiment à propos du jury, dont les noms n’évoquaient pas grand-chose à la majorité du public, qui est légitimé. Certes, parfois burlesque grâce aux commentaires acérés d’un Paul Ambach apparemment fan de Jean-Pierre Coffe, au ravissement du magicien-poète Carlos Vaquera et à la personnalité chaleureuse mais un rien énervante de Maureen Dor.

Zéros sociaux

A la manière de The Voice, duquel RTL avoue s’être largement inspirée, Belgium’s Got Talent a fortement déployé sa présence sur les réseaux sociaux. Twitter, Facebook, tout est bon pour faire du clic et rajeunir l’image de la chaîne. Qui dit web dit travers…

De quoi laisser place à un véritable déferlement d’insultes et de commentaires indignés face au niveau des candidats. "Le pire que j’ai vu, c’est quand un type sur Facebook a demandé quelle était la différence entre Claude François et moi, pour répondre ensuite: l’invention du McDo. C’est très difficile à lire, ça fait mal", explique le sosie de Claude François, Renaud Carryn.

Il suffit d’entrer le hashtag BGT dans Twitter pour comprendre l’étendue du phénomène: les gens critiquent, se lâchent, vomissent sur les talents sans se soucier des conséquences. Typique de la génération 2.0, François Descamps, journaliste de RTL, pourra en témoigner longtemps. Pris dans l’euphorie critique des réseaux sociaux, le jeune homme de 24 ans s’est laissé aller à poster un commentaire désobligeant sur le programme de son employeur: "592.000 téléspectateurs ou comment inciter nos chaînes de télévision à continuer de produire de la merde". La réaction ne se fait pas attendre: mise à pied immédiate!

Mais le pari est réussi: l’émission buzze à souhait. Tout le monde en parle, en bien ou en mal. Les médias sont acerbes et le public est rameuté. En quelques semaines à peine, les parts de marché de l’émission explosent jusqu’à atteindre le niveau exceptionnel de 40 % de part de marché. Mieux, plébiscité chez les très jeunes, Belgium’s Got Talent fait  51,3 % de parts de marché sur les 4/14 ans! Du jamais vu.

La suite dans votre Moustique du 17 octobre.

BELGIUM’S GOT TALENT
Chaque lundi RTL-TVI 20h20

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